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« Malédiction des ressources naturelles » et mines artisanales : le cas de l’or au Burkina Faso

, par The conversation

Au Burkina Faso, le nombre de mines artisanales est passé de 200 en 2003 à plus de 700 en 2014. Photo : Gilles Paire / shutterstock.

Existe-t-il une « malédiction des ressources naturelles » comme la qualifient les économistes ? Cette question, brûlante, se pose dans tous les pays riches en ressources où la majorité de la population connaît la pauvreté. Pour expliquer cet apparent paradoxe, on évoque souvent l’instabilité politique, les conflits, ou encore les mauvaises institutions. Mais est-ce suffisant ? Les ressources peuvent être extraites de manière artisanale ou industrielle. Les effets sur les populations locales diffèrent alors très largement.

Dans un récent article, nous nous intéressons au cas du Burkina Faso. Ce pays d’Afrique de l’Ouest a connu une explosion de sa production d’or dans les années 2000-2010, après la forte croissance du prix de ce minerai et les investissements massifs de firmes internationales telles que le canadien True Gold. En cinq ans, le Burkina Faso est ainsi devenu le quatrième exportateur d’or en Afrique. Cette explosion de la production s’est traduite par la création de huit mines industrielles entre 2007 et 2014. Quant aux mines artisanales, leur nombre est passé de 200 en 2003 à plus de 700 en 2014. Malgré cela, 43 % de la population vivait toujours sous le seuil de pauvreté.

Les mines artisanales jouissent d’une très mauvaise réputation. L’extraction, rustique sur le plan technologique, mais intensive en travail, entraîne de sérieux risques de santé et des dégâts conséquents sur l’environnement. Les bénéfices économiques sont en outre supposés faibles, du fait de leurs rendements comparativement faibles par rapport à ceux des mines industrielles.

Ces mines artisanales feraient vivre aujourd’hui plus de 100 millions d’habitants dans le Monde. Ainsi, en 2014, 640800 Burkinabés travaillaient dans le secteur extractif, soit 3,6 % de la population du pays. Paradoxalement, les études mesurant quantitativement les effets des mines artisanales sont extrêmement limitées.

Pour tenter de comprendre la réalité de cette « malédiction des ressources naturelles », nous comparons dans l’article le niveau de vie des ménages vivant à proximité immédiate des mines avec la situation de ceux vivant plus loin, avant et après le boom minier. Nous nous penchons sur la consommation des ménages, qui est le meilleur témoin de leurs ressources économiques en l’absence de données fiables sur le revenu. Nous bénéficions de données géolocalisées concernant les ménages enquêtés, les mines industrielles, les mines artisanales déclarées, et les zones géologiques de formation des roches vertes birimiennes, qui constituent la principale formation géologique expliquant le développement de l’or au Burkina Faso (voir figure 1).

Figure 1 : Emplacement des villages enquêtés, des mines industrielles, artisanales et des roches birimiennes au Burkina Faso. Bazillier et Girard (2018)

Les orpailleurs stimulent la demande locale

Nos résultats indiquent que les mines artisanales ont un fort effet positif sur le niveau de vie des populations locales. Une augmentation de 1 % du prix de l’or augmente ainsi la consommation des ménages de 0,15 %. Pendant le boom du prix de l’or (2009 et 2014), ces ménages ont consommé 10 % de plus que les ménages ne vivant pas à proximité immédiate des mines. La figure 2 résume ces effets en comparant la consommation des ménages avant et après l’explosion du prix de l’or.

Les ménages bénéficiant des mines artisanales ont deux types d’activités. Soit ce sont des ménages susceptibles de diversifier leur activité économique, soit ce sont des ménages qui bénéficient d’une plus forte demande locale de biens et services en raison de l’activité des orpailleurs. Nous montrons par exemple que les ménages travaillant dans le secteur public ne voient pas leur revenu modifié par l’explosion du prix de l’or, tandis que les effets sont forts pour ceux travaillant dans l’agriculture, les services et le commerce.

L’activité d’orpaillage apparaît par ailleurs comme un complément et non comme un substitut aux activités agricoles, même lorsque le prix de l’or est élevé. Il s’agit en effet d’une activité saisonnière, ayant principalement lieu en hiver quand le travail dans les champs est limité.

Des mines industrielles « en enclave »

Sur la même période, huit mines industrielles ont ouvert. Le volume d’or extrait depuis dépasse largement celui extrait dans les mines artisanales. Les techniques de production utilisées diffèrent largement. Les mines industrielles sont très intensives en capital et peu en travail, notamment non qualifié. Nous comparons ainsi le niveau de consommation des ménages vivant à proximité des mines industrielles avant et après l’ouverture de ces mines, comparativement aux autres ménages.

Nous n’observons aucune différence significative dans les trajectoires de consommation entre les ménages vivant dans un rayon de 25 kilomètres autour des mines industrielles et les autres ménages (voir figure 3). Nous n’observons donc aucun effet sur le niveau de vie des populations locales. Ce résultat peut être rapproché des travaux d’Alfred Hirschman décrivant les activités extractives comme des activités fonctionnant « en enclave », avec peu d’effets sur le développement local.

Cela n’empêche évidemment pas les mines industrielles d’avoir d’autres effets, notamment au niveau macroéconomique puisque, comme nous l’avons vu, le Burkina Faso est devenu le quatrième exportateur mondial d’or. Selon le ministère des Mines, les recettes d’exportations minières sont ainsi évaluées à 1 022 milliards de Francs CFA en 2016 (1,56 milliard d’euros), et les mines industrielles ont par ailleurs contribué à hauteur de 190 milliards de Francs CFA (290 millions d’euros) au budget de l’État.

Repenser les politiques minières

Alors que nous ne trouvons aucun effet lié à l’ouverture et à l’expansion des mines industrielles, nous trouvons un impact significatif lié à l’essor des mines artisanales au Burkina Faso, qui aurait entraîné une hausse de revenu de 5 centimes d’euros par jour pour les ménages vivant à proximité de celles-ci (pour un revenu moyen de 50 centimes d’euros par jour, soit 10 % d’augmentation). Nos résultats appellent donc à une meilleure prise en compte de l’importance des mines artisanales pour les populations locales dans les politiques minières.

Ces politiques pourraient par exemple s’efforcer de faire cohabiter au mieux les mines artisanales et industrielles quand elles sont situées dans des zones voisines. Cela pourrait permettre de maximiser les bénéfices tirés des ressources minières, à la fois par l’État central, et par les populations locales. Se pose enfin la question des investissements locaux réalisés par les mines industrielles. Malgré une politique de responsabilité sociale affichée par la plupart des investisseurs, celles-ci ne semble pas avoir d’effet systématique sur le niveau de vie des populations locales.

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