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Madagascar : La lente et difficile construction démocratique

Madagascar, la France et le monde

, par CRIDEV

La république malgache de 1959 à 2002

Sous la présidence de Philibert Tsiranana (1959-1972), les Français continuent à exercer un contrôle direct sur l’administration et l’armée de la nouvelle république, ainsi que sur les activités économiques et la vie culturelle. En 1972 cependant, la révolte des étudiants, massivement appuyée par les lycéens et le monde ouvrier de la province de Tananarive aboutit à la chute du régime.

En juin 1975 enfin, au terme d’une instabilité de plusieurs mois, une conjuration militaire place à la tête de l’État le capitaine de corvette Didier Ratsiraka, qui avait en charge le ministère des Affaires Etrangères sous le gouvernement de Ramanantsoa.

Dès son accès au pouvoir, Ratsiraka proclame sa volonté d’instaurer un régime « révolutionnaire », proche du « bloc socialiste », sous l’égide d’une Deuxième République. De nombreux secteurs de l’économie sont ainsi nationalisés et un parti unique, l’AREMA (Avant-garde de la révolution Malgache) domine toute la vie politique. Découragés, les investisseurs se retirent, entraînant une dégradation rapide de l’activité économique et une aggravation de la paupérisation. Des troubles, chaque fois durement réprimés, éclatent alors un peu partout, achevant de démoraliser la population.

En février 1993, sous l’impulsion du mouvement Hery Velona (Forces Vives), l’opposition au régime réussit à faire tomber Ratsiraka. Le nouveau président, Albert Zafy, procède aussitôt à la libéralisation de toutes les institutions dans le cadre d’une Troisième République. Mais la situation, au lieu de s’améliorer, se dégrade davantage encore. Les investisseurs boudent Madagascar, d’autant que le pouvoir lui-même est paralysé par les intrigues entre les clans rivaux dominant le Parlement, sur fond de corruption généralisée. Tout cela aboutit à la destitution de Zafy par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) le 5 septembre 1996.

Le 31 janvier 1997, la nouvelle élection présidentielle consacre le retour de Didier Ratsiraka au pouvoir pour cinq ans. En 1998, celui-ci organise un référendum renforçant le pouvoir présidentiel tout en procédant à la mise en place des « provinces autonomes » qui demeurent en fait sous son contrôle direct.

La présidence de Ravalomanana

Au terme de son mandat, Ratsiraka perd l’élection présidentielle fin 2001, au profit de Marc Ravalomanana. Après un bras de fer de plusieurs mois, Didier Ratsiraka quitte l’Ile en 2002 avec les barons de l’ancien régime et se réfugie en France

Marc Ravalomanana est réélu le 3 décembre 2006 au premier tour avec la majorité absolue devant 13 autres prétendants.

En avril 2007, Ravalomanana veut modifier la Constitution, par référendum : cette révision augmente les prérogatives présidentielles, il pourra en effet promulguer des ordonnances en cas d’urgence sans passer par le pouvoir législatif ; de plus, il supprime le caractère laïc de l’Etat. Enfin, il définit l’anglais comme troisième langue officielle, afin d’attirer les investisseurs étrangers. Le 24 juillet 2007, Ravalomana dissout l’assemblée nationale pour renforcer sa majorité et évincer l’opposition ; manœuvre largement dénoncée comme preuve d’un exercice solitaire du pouvoir. En parallèle, le pays s’enfonce dans la crise économique : augmentation du prix des denrées de base provoquant une crise alimentaire, hausse du taux de chômage et de l’inflation ; on reproche également au président de profiter de sa fonction pour assouvir ses intérêts personnels. Tous ces facteurs font monter l’opposition au pouvoir, incarnée par le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina.

L’instabilité politique (2008-...)

En décembre 2007, Andry Rajoelina surnommé « TGV », remporte les élections municipales d’Antananarivo. Il manifeste très rapidement son opposition au président Ravalomanana, qui suspend la chaîne de télévision Viva (propriété du jeune maire) en décembre 2008. Du 28 janvier au 7 février 2009, des émeutes paralysent la capitale, orchestrées par le leader de l’oppostion ; le bilan de la violente répression est de 38 morts. La population reproche au pouvoir la hausse des prix des denrées alimentaires et la volonté de céder en location une grande partie des terres agricoles (1,3 million d’hectares)à la firme coréenne Daewoo.L’opposition dénonce la gestion solitaire du pouvoir, la corruption et le profit personnel du président, ainsi que les conditions économiques et sociales précaires de l’île : en dépit de la croissance économique de l’île, qui profite à une minorité, 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le pays se classe 143 sur 177 dans l’indice de développement humain. En mars 2009, Ravalomanana déchoit Rajoelina de son poste de maire, cet acte renforce le bras de fer entre les deux acteurs.

Le 8 mars 2009 se produit le tournant de la crise politique : l’armée, traditionnellement fidèle au pouvoir en place, se mutine et se joint à Andry Rajoelina, à cause des violentes répressions contre les manifestations et l’arrivée présumée sur l’île de mercenaires. Ce ralliement de l’armée à l’opposition met fin au bras de fer qui dure depuis deux mois : le 16 mars, l’invasion du palais présidentiel pousse Ravalomanana à démissionner rapidement (son mandat s’achevait en 2011) et confier son siège présidentiel à un directoire militaire. Le 17 mars, le directoire remet les rênes du pouvoir à Andry Rajoelina qui s’auto-proclame président de la Haute Autorité de Transition(HAT). Ce dernier bénéficie du soutien de l’armée et de la cour constitutionnelle qui reconnaît la légitimité d’Andry Rajoelina. Le 18 mars, le transfert des pleins pouvoirs fait d’Andry Rajoelina le nouveau président de la République Malgache, pendant une période de transition de deux ans. Officiellement, son objectif est de modifier la constitution par référendum afin de limiter le nombre de mandats présidentiels à deux (ce qui écarterait Ravalomanana) et d’organiser des élections législatives le 30 septembre ; face à la méfiance de la communauté internationale, il promet l’organisation d’élections démocratiques en 2011.

Sous la pression des partenaires de l’île qui souhaitent l’achèvement de la crise, les quatre acteurs politiques se rencontrent à Maputo le 9 août 2009. Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy signent un accord : il stipule l’organisation d’élections démocratiques au plus tard fin 2010 et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale regroupant les différentes tendances politiques ; toutefois, aucun consensus n’a été trouvé sur la répartition du pouvoir. Un deuxième accord est alors signé lors du sommet d’Addis Abeba le 6 novembre 2009 : il prévoit la mise en place de deux co-présidents de transition aux côtés du président de Transition, Andry Rajoelina qui exerce les fonctions de chef d’Etat. Alors que Marc Ravomanana et Didier Ratsiraka ont choisi de ne pas faire partie de ce gouvernement de transition, Albert Zafy est nommé président du conseil national de réconciliation. Malgré la signature de ces accords, Andry Rajoelina et son gouvernement refusent de les appliquer et empêchent les trois autres signataires de revenir sur l’île. Les sanctions affligées par la communauté internationale et l’ultimatum lancé par l’armée qui souhaite une sortie de crise poussent Rajoelina à accepter une nouvelle rencontre à Pretoria du 28 au 30 avril 2010 : si la nécessité de retourner à l’ordre constitutionnel et d’instaurer un gouvernement de transition pour organiser des élections législatives est reconnue par les quatre personnalités politiques, la question de l’amnistie et du retour de Marc Ravalomonana est bloquée. Début mai 2010, Andry Rajoelina annonce son opposition à organiser une deuxième rencontre à Pretoria, il mettra en place un gouvernement d’union avec ou sans les autres mouvances politiques ; ce qui renforce le face-à-face avec Marc Ravalomanana.

Le 12 mai 2010, Andry Rajoelina déclare ne pas vouloir se présenter à l’élection présidentielle pour assurer selon lui, la neutralité de son gouvernement de transition.
Fin 2010 les tentatives de la société civile réunie dans une coordination, la Cnosc,( la Coordination nationale des organisations de la société civile ) et des églises ne réussissent pas à imposer un accord entre la mouvance d’Andry Rajoelina et les trois autres mouvances politiques.

Madagascar et le monde

La communauté internationale est engagée dans la résolution de la crise politique inaugurée en décembre 2008.

Elle ne reconnaît pas le gouvernement d’Andry Rajoelina et dénonce le coup d’Etat, « processus anticonstitutionnel », qui a contribué à sa mise en place. Dans un premier temps, elle fait pression sur le gouvernement et soutient les processus d’accords entre les différentes mouvances politiques pour permettre le retour à l’ordre constitutionnel. L’Union Africaine, la SADC et les Nations Unies ont participé à la signature des accords de Maputo et d’Addis Abeba en 2009. Afin d’aboutir à un accord définitif de sortie de crise, la rencontre de Pretoria a été largement impulsée et préparée par la France, l’Afrique du Sud et la SADC. Mais face au refus du gouvernement de Rajoelina d’appliquer les divers accords, les différents acteurs internationaux prennent des sanctions.

Dès la prise de pouvoir de Rajoelina en mars 2009, l’Union Africaine exclut Madagascar de la participation aux organisations et aux réunions des institutions de l’Union. En février 2010, elle lance un ultimatum au gouvernement malgache : il doit appliquer les accords de Maputo et d’Addis Abeba sous peine de sanctions. Ces sanctions sont appliquées le 17 mars à l’encontre des membres du gouvernement, des officiers supérieurs de l’armée et de certains magistrats : interdiction de voyager, gel des avoirs financiers dans les banques étrangères, refus de visas, interdiction d’assister aux réunions des grandes organisations internationales.

Le 23 décembre 2009, le président américain Barack Obama annonce que Madagascar ne bénéficiera plus, à partir de 2010, de la loi African Growth and Opportunity Act (Agoa) : elle permet à 40 pays d’Afrique Subsaharienne d’exporter sur le marché américain sans taxes commerciales, à condition de satisfaire certains critères, dont le respect de la démocratie et de l’Etat de droit. Cette rupture représente une catastrophe économique pour l’île ; en effet, le secteur du textile qui emploie 200 000 personnes, exportait la moitié de sa production vers les Etats Unis grâce à l’Agoa.

De même, le 7 juin 2010, l’Union Européenne déclare qu’elle suspend les aides à Madagascar, soit 500 millions d’euros sur 5 ans. Le motif de cette sanction est l’absence de consensus par le gouvernement pour régler la crise politique. Cela représente un nouveau coup dur pour l’île qui voit ses projets de développement, axés sur la construction de routes, bloqués.

Fin 2010 la priorité pour la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et les autorités en place est de parvenir à un accord sur les conditions d’un soutien international au processus électoral.

Madagascar et la France

Les relations franco-malgaches sont sans doute les plus anciennes que la Grande Ile ait eues avec une puissance étrangère. La France, qui a occupé Madagascar de 1883 à 1960, accueille une forte communauté malgache et plus de 20 000 Français sont établis dans l’île.

En 2002, la France aurait pu avoir plus de poids dans la résolution de la crise malgache si elle l’avait souhaité. Mais elle s’est retranchée derrière son appartenance à l’Union Européenne pour préconiser une médiation africaine. Plus prosaïquement, la France sortait d’une période électorale et la crise ivoirienne battait son plein.

Pour beaucoup, cependant, la France a soutenu Ratsiraka qui pensait pouvoir profiter des réseaux de la Françafrique pour s’accrocher au pouvoir.

Ce soutien à Didier Ratsiraka, président évincé, et la reconnaissance tardive de Marc Ravalomanana a provoqué des tensions dans les relations diplomatiques avec l’île en 2002. En effet, Marc Ravalomanana accuse la France d’agir exclusivement pour ses intérêts économiques ; toutefois la position de la France, premier bailleur de fonds et premier partenaire commercial, a permis dès l’année suivante (lors de la visite de Marc Ravalomanana à Paris, du 26 au 30 avril 2003) de renouer officiellement des relations.
Face à la crise politique que traverse l’île depuis 2009, la France a une position ambigüe. Le président français Sarkozy a condamné le « coup d’Etat » de Rajoelina dès janvier 2009. Mais, en mai 2009, Marc Ravalomanana, exilé en Afrique du Sud, accuse publiquement la France d’avoir soutenu le coup d’Etat d’Andry Rajoelina afin de garder son emprise sur les richesses de lîle et de réinstaurer un régime colonial.

Le gouvernement français semble partagé entre une volonté de maintenir des relations privilégiées avec son partenaire malgache et celle de condamner l’absence de consensus du gouvernement. L’événement le plus caractéristique est le 25e sommet France Afrique, en juin 2010 : le gouvernement français aurait souhaité inviter Andry Rajoelina à Nice, suite à son renoncement de se présenter à l’élection présidentielle de novembre. Mais étant donné les sanctions de l’Union Européenne et de l’Union Africaine à l’égard du gouvernement malgache, cela aurait été perçu comme une provocation par les deux organisations.

Enfin, le 14 juillet 2010 l’ambassadeur de France réclame au président de la HAT (Haute Autorité de la Transition) la transparence des finances publiques, le respect des règles de droit et la dissolution des milices et de la Force d’intervention spéciale (FIS) rattachée à la présidence.

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