Accueil > S’informer > Dossiers > Où vont les Sans-papiers ? > Luttes des Sans papiers et Mouvements

Dossier Où vont les Sans-papiers ?

Luttes des Sans papiers et Mouvements de soutien

, par CIIP

Le 18 mars 1996, 300 Africains réclament leur régularisation en sortant de l’église Saint-Ambroise à Paris dans le onzième arrondissement. Ce fut le début d’un mouvement mettant en lumière une catégorie d’étrangers habituellement cachés et ignorés : les sans-papiers.

Ecouter l’hymne des sans-papiers :

Aux yeux de tous, du pouvoir comme de l’opinion publique, ils revendiquent le droit à des « papiers », condition essentielle de leur existence enfin affirmée. Très vite, un large mouvement de soutien va se constituer et se manifester, surtout après leur expulsion : les forces de police ont brisé la porte de l’église Saint-Bernard à coups de hache, le 23 août 1996.
Le mouvement de soutien aux sans-papiers culmine en 1998, avec le parrainage de centaines de sans-papiers par des personnalités mais aussi par des citoyens révoltés par la situation de ces individus et familles.

Par la suite, le mouvement s’essouffle inévitablement face au blocage des régularisations et à une politique d’immigration et de droit d’asile de plus en plus frileuse et répressive. Les soutiens ressentent également cette lutte comme interminable et montrent de moins en moins d’espoir de faire fléchir les gouvernements. Mais cette cause touche bon an mal an l’opinion publique et est perçue malgré tout comme juste, notamment l’action inlassable du Réseau Éducation Sans Frontières qui essaie pied à pied d’empêcher l’expulsion des familles d’enfants scolarisés, et qui y parvient souvent. En mars - avril 2002, une grande marche Marseille - Paris aura un impact incontestable, à laquelle succédera la Marche Paris-Nice en mai 2010. Par ailleurs, à partir de 2008, se multiplient en région parisienne les grèves des travailleurs sans papiers : entre avril et mai 2008 cinquante huit entreprises sont affectées par ces grèves… Les organisations de sans-papiers et les syndicats solidaires, notamment la CGT, ont arraché des Accords définissant des critères de régularisation, hélas, au cas par cas et appliqués à minima par le Ministère du Travail.

Certes, il y a des désaccords dans les associations de soutien sur les mots d’ordre et les revendications à affirmer : faut-il demander la régularisation de tous les sans-papiers ou seulement de ceux qui en ont fait la demande ? Est-il juste d’exiger la fermeture des centres de rétention ou faut-il faire pression pour les rendre plus vivables et humains ? Le débat reste ouvert et vif. Cela dit, tous les soutiens s’accordent pour dire que la France a tourné le dos à son devoir d’asile et que la mobilisation doit plus que jamais se poursuivre et s’intensifier. La grande journée nationale du samedi 28 mai 2011 intitulée "D’ailleurs nous sommes d’ici !", appelée par plus de 100 organisations associatives, syndicales et politiques, avec des manifestations dans une vingtaine de villes, illustre ce "réveil" des organisations de soutien…

Historique d’une mobilisation en dents de scie…

1993  : La Loi Pasqua (de Charles Pasqua, ministre de l’intérieur en 1993) sur l’entrée et le séjour multiplie les obstacles à la régularisation des sans-papiers. Premières mobilisations.

18 mars 1996 : 300 Africains sans papiers occupent l’église Saint-Ambroise, à Paris (11ème). Le 22, elle est évacuée, à la demande de l’archevêché de Paris.

23 août 1996 : les forces de l’ordre enfoncent les portes de l’église St Bernard à coups de hache et expulsent les Africains.

1er octobre 1996 : 15 000 personnes manifestent à Paris en solidarité avec les sans papiers.

Février 1997 : le Conseil des Eglises chrétiennes en France demande que les sans papiers ne soient pas laissés « sans réponse et sans droits ».

24 juin 1997 : une circulaire de Mr Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur, définit les critères de régularisation. La majorité des dossiers seront rejetés.

Avril 1998 : Mr Jean-Pierre Chevènement s’en prend à Mgr Olivier de Beranger, évêque de Saint-Denis, qui approuve l’occupation d‘une église à Bobigny : « S’il y a un jour un gouvernement hégémonisé par l’extrême droite, l’évêque en rendra compte au jugement dernier ».

Automne 1998 : une centaine de personnalités parrainent des sans papiers en solidarité.

Août-Octobre 1999 : 25 sans-papiers marchent de Toulouse à Paris

2000  : face au blocage des régularisations, multiplication des grèves de la faim, parfois très longues (Rouen, Lille…).

2001  : 130 signataires, dont Guy Bedos, se dressent de nouveau contre un « scandale indémodable » et affirment leur soutien aux sans papiers.

Septembre 2001 : le centre de Sangatte, près de Calais, où affluent des centaines de sans papiers (Afghans, Irakiens…) qui espèrent gagner la Grande-Bretagne, symbolise l’angoisse et l’extrême galère des sans-papiers.

Mars-avril 2002 : grande marche Marseille - Paris. Les 50 marcheurs défileront le 27 avril à leur arrivée à Paris, en tête de l’immense manifestation (un million de personnes) en opposition à Jean-Marie Le Pen, après le 21 avril 2002…

2003  : des dizaines de milliers de personnes signent le « Manifeste des délinquants de la solidarité » dans lequel ils déclarent avoir aidé des étrangers en situation irrégulière.

Novembre et Décembre 2003 : promulgation de deux lois (Sarkozy et Villepin) qui durcissent notablement les conditions d’entrée et de séjour des étrangers ainsi que de l’obtention du statut de réfugié.

31 mars 2004 : manifestations dans toute l’Europe contre les camps et les centres de rétention.

31 mai / 12 juin 2004 : Marche Bruxelles - Paris, à l’initiative de la Coordination nationale des sans-papiers et avec le soutien de nombreux mouvements européens.

18 juin 2004 : 460 sans-papiers grévistes de la faim, à Lille, arrachent leur régularisation après plus d’un mois de grève de la faim (pour certains d’entre eux).

Été 2004  : émergence du Réseau éducation sans frontières (RESF), qui s’implante partout en France, s’oppose aux expulsions des enfants et de leur famille sans-papiers ainsi que des jeunes majeur(e)s sans-papiers et donne un nouveau souffle au Mouvement des Sans-papiers.

À partir de 2006 : multiplication des opérations et cérémonies de "parrainage républicain" pour apporter aux Sans-papiers une protection face à la politique de harcèlement. Poursuite judiciaire de citoyen-ne-s pour "délit de solidarité" avec des personnes sans-papiers.

Décembre 2007 : mouvement de révolte dans les centres de rétention contre la politique d’enfermement des étrangers dits illégaux.

Avril-mai 2008 : La Confédération générale du travail (CGT) et l’association Droits devant ! organisent et soutiennent conjointement des grèves de travailleurs étrangers en situation irrégulière dans près d’une soixantaine d’entreprises de la région parisienne.

Octobre 2008 : "Directive RETOUR" et "Pacte européen sur l’immigration" qui arrête notamment les conditions d’internement des étrangers dans les zones d’attente et les centres de rétentions ainsi que les conditions de "réadmission" de ces étrangers dans leur pays d’origine. Une Directive qui a suscité des réactions très vives, notamment au sein du monde associatif qui a parlé de "Directive de la honte".

3 novembre 2008 : Contre-Sommet à Vichy en riposte au Sommet des Ministres européens de l’intérieur et de l’Immigration. De nombreux manifestants interceptés en cours de route… Manifestation au centre ville violemment réprimée.

8 avril 2009 : Journée nationale – avec des rassemblements devant les palais de Justice- lancée par de nombreuses associations : "La Solidarité n’est pas un délit !". Affluences très importantes.

22 septembre 2009 – 7H30 : plusieurs centaines de policiers et de CRS arrêtent brutalement 450 migrants, et 145 mineurs, la plupart Afghans, réfugiés dans la "jungle" de Calais, et détruisent totalement les "installations" précaires de ce camp. Vidage, nettoyage…

12 octobre 2009 : Plus de 1 000 salariés sans papiers entament des grèves coordonnées et occupent plusieurs sites à Paris, dont le siège du patronat des travaux publics (FNTP), pour exiger l’application identique pour tous des critères de régularisation par le travail.

1-30 mai 2010 : Marche Paris-Nice des Sans Papiers : bon accueil dans la plupart des villes étapes, contact avec la population, les élus, les associations solidaires…

28 mai 2011 : grande Journée nationale "D’ailleurs nous sommes d’ici ! " contre le racisme, la politique migratoire, pour la régularisation des sans papiers. Manifestations dans une vingtaine de villes (environ 8 000 personnes à Paris).

Agenda Tous les événements

S'abonner aux lettres Les dernières lettres

Suivez-nous