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Migrants et réfugiés : amalgames et mensonges... ou comment certains États ont détricoté les politiques d’accueil

Limites et contradictions de l’approche française et européenne de la question des migrants : des années 80 à nos jours

, par ASIAD , M’BODJE Mamadou

Jungle de Calais, 18 janvier 2016. Crédits : Malachybrowne.

Rétrospective historique

La France, qui a depuis 1789 affirmé le primat de la politique et de ses valeurs démocratiques sur l’économique, ou sur l’affirmation du désir de puissance, au cœur de son action aussi bien dans la colonisation que dans la construction européenne, semble traverser une difficulté politique particulière à faire nation ensemble dans un monde saisi simultanément par la mondialisation et par les désirs de particularismes et de proximité ; à faire nation ensemble, dans la réinvention d’un destin commun, au sein des autres communautés, et y compris en pensant les minorités nouvelles qui s’affirment en son sein.

Cependant, au milieu des années 80, la sécurisation de l’immigration s’appuyait notamment sur des politiques symboliques et s’accompagnait d’une transformation des logiques de contrôle comme dans les précédentes décennies.

Sur le plan symbolique, dans pratiquement tous les discours anti-immigrés les arguments rhétoriques déployés sont plus ou moins semblables, avec toutefois des couplages différents selon les contextes et les politiques publiques adaptées. Globalement, ils peuvent être articulés autour de quatre axes majeurs :

1- L’axe économique, où l’on met en avant le rapport immigration/chômage/crise de L’État providence ;
2- L’axe sécuritaire, où sont couplés les thèmes de souveraineté/frontière/sécurité (extérieure et intérieure) ;
3- L’axe identitaire, où l’on insiste sur le rapport immigration/invasion/démographie/perte d’identité nationale ;
4- L’axe politique où les discours de racisme et de xénophobie permettent, croit-on, l’obtention de gains électoraux.

Chacun de ces axes est pourtant marqué par de fortes ambivalences. Ainsi, on évoque l’impact négatif de l’immigration tant sur l’emploi et les salaires des nationaux que sur le système de protection sociale et l’éducation, et on rétablit une corrélation entre migrants et travail illégal.

On associe souvent le migrant à la hausse du chômage et au développement du phénomène de l’exclusion, mais on omet de mettre en avant le fait que l’arrivée de cette main d’œuvre bon marché et facile à exploiter permet la réalisation de certains objectifs économiques, souhaitables à court terme, comme la baisse du coût de production, la survie, voire l’essor de nombreuses entreprises et la hausse des exportations. On omet également de souligner le rôle important que peuvent jouer les « migrants » en matière de sauvegarde des régimes de sécurité sociale actuels.

Sur le plan sécuritaire, tout en craignant une perte de la souveraineté, on établit une corrélation entre migrants, criminalité, trafic de stupéfiants et violence urbaine. Pour y faire face, on instaure des contrôles en amont, on renforce les contrôles aux frontières et on établit des contrôles à l’intérieur du territoire. D’un point de vue juridique, la criminalisation du migrant fait qu’il se transforme de facto en « déviant » qu’il faut contrôler et que même le migrant légal devient suspect. Cette politique sécuritaire, qui est présentée comme indispensable à la lutte contre l’immigration clandestine, ne cesse de remettre en cause les libertés publiques des migrants, des citoyens et, en général, de la société qu’elle est censée protéger.

Sur le plan identitaire, on évoque le clash civilisationnel, l’insaisissabilité des migrants venus du « Sud », l’incompatibilité des modes de vie, les menaces sur l’identité culturelle et ethnique, le déséquilibre démographique. On sous-évalue le fait que les sociétés d’accueil elles-mêmes sont le fruit de multiples métissages et que leur culture est profondément marquée, parfois même déterminée par les apports des immigrés. En plus, on est réticent à prendre en considération l’impact de l’immigration sur la démographie des pays d’accueil.

Sur le plan politique enfin, les discours de racisme et de xénophobie, développés par les partis d’extrême-droite (et d’autres ?), servent d’appui aux jeux électoraux puisque c’est autour d’eux que s’articulent en grande partie, par identification ou par opposition, les politiques respectives des autres partis. Mais, jusqu’à présent, les gouvernements se sont montrés peu inventifs en matière d’adoption de mesures concrètes, susceptibles d’endiguer ce problème.

Par ailleurs, la sécurisation de l’immigration est corrélative à une modification des modalités de contrôle depuis plusieurs années. Dorénavant, celles-ci ne portent pas seulement sur les entrants mais aussi sur ceux qui sont déjà légalement installés dans le pays d’accueil.

En effet, on remarque que, dans de nombreux pays comme la France, les législations de l’immigration ont remplacé dans leurs énoncés le terme « régulation » des flux migratoires par celui de « contrôle ». Ceci se traduit par la mise en place d’un système où coexistent différents types de contrôle : le contrôle externe (contrôle en amont aux frontières), le contrôle interne (à l’intérieur du territoire) et le contrôle sociétal (contrôle des modes de vie). La prédominance de cette approche sécuritaire en Europe a souvent été associée au processus d’européanisation s’éloignant encore plus du droit des migrants extra-européens (l’impact de ce processus, visible dans les pays d’Europe du Nord, a été particulièrement fort sur les pays d’Europe du Sud qui, jusqu’aux années quatre-vingt, étaient essentiellement des pays d’émigration).

Cette association reste pourtant réductrice dans la mesure où la politique de contrôle de l’immigration adoptée aux États-Unis, par exemple, semble être élaborée suivant des préoccupations similaires à celles observées en Europe, donnant lieu (à l’époque) à des dispositifs de contrôle semblables. Pour justifier ce nouveau système dans les pays de l’Union européenne, on évoque la construction européenne et le « déficit de sécurité » qu’entraînerait la libre circulation des personnes, tandis qu’aux États-Unis on met en avant la proximité avec le Mexique et on avance le danger d’une hispanisation rampante de la société. En revanche, si dans ces derniers on garde les frontières étatiques traditionnelles, dans les pays signataires des accords de Schengen on leur substitue la notion de « zone frontalière ». Cette substitution produit un triple glissement des contrôles aux frontières :

- glissement spatial, puisque les contrôles se déroulent à présent dans une zone de 20 km en deçà des frontières ;
- glissement temporel, puisque leur déroulement ne s’inscrit plus dans un moment clairement précisé ;
- glissement de leur gestion du public vers des agences de sécurité privées.

L’éclatement des contrôles frontaliers a alors impliqué la multiplication des contrôles d’identité sur l’ensemble du territoire des pays concernés. Dès lors, ce sont tous les citoyens qui peuvent faire l’objet de ces contrôles. Ceux-ci sont légitimes auprès des opinions publiques en fonction du temps et des événements comme des mesures nécessaires à la répression de l’immigration clandestine et/ou du trafic de drogue, de terrorisme… Il faudra toutefois rappeler que si, en tant que lieu de contrôle, la frontière continue à faire sens aux yeux des autorités publiques et des agences de sécurité, elle est moins significative dans la vie quotidienne des populations transfrontalières. Sa force symbolique, comme représentant la souveraineté, marquant l’identité et protégeant les populations contre les dangers extérieurs, continue certes, à alimenter les discours sécuritaires mais contrairement à l’image véhiculée par les discours étatiques, l’efficacité des contrôles aux frontières reste toujours faible et les plus de seize années d’impuissance face à la présence de migrants à Calais, le démontre en partie.

Seize années d’impuissance publique à Calais

Automne 1999, à la suite d’un afflux de personnes provenant du Kosovo en guerre, un centre d’accueil pour migrants est créé à Sangatte. L’État réquisitionne un hangar de 27000 m2 appartenant à Eurotunnel, dans cette petite commune limitrophe de Calais, point de passage le plus proche de l’Angleterre. La gestion du centre, destiné à l’hébergement et à l’accueil d’urgence humanitaire est confiée à la Croix-Rouge. En transit vers l’Angleterre, les candidats au passage attendent dans ce hangar qu’on leur donne les autorisations nécessaires. Mais les contrôles sont de plus en plus stricts, et les migrants s’entassent dans des conditions épouvantables. Prévu pour accueillir 800 personnes, le centre doit très vite faire face à un flux exponentiel de migrants et en accueillera jusqu’à plus de 1 800.

Trois ans après son ouverture, le centre est supprimé sur décision de Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, le 5 novembre 2002 : «  nous mettons fin à un symbole d’appel d’air de l’immigration clandestine dans le monde…  ». La situation était devenue terrible : étrangers entassés, habitants exaspérés, et gouvernements impuissants à gérer ce qui était devenu un véritable goulot d’étranglement pour le passage vers l’Angleterre. Le hangar abritait 1 600 migrants lors de sa fermeture. 70 000 migrants y avaient transité en trois ans. Après la destruction de ce lieu d’accueil, le nombre de migrants chute alors jusqu’à tomber à 400 fin 2005, pour remonter à la fin des années 2000.

Depuis la fermeture de Sangatte, les migrants erraient dans des squats et des campements de fortune dans un espace dit « jungle de Calais ». Dans cette zone proche du port de Calais s’entassaient jusqu’à 700 migrants. Au vu des conditions insalubres et de la multiplication des problèmes d’insécurité, décision est prise de démanteler le camp, le 23 septembre 2009. Devant les caméras et les photographes, le Ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale Eric Besson, assiste à la destruction du camp par les bulldozers et à son évacuation par les CRS. Le Nombre de migrants baisse ensuite : ils sont de 300 à 500 en transit chaque année dans la zone de Calais.

Le 25 mai 2015, le Front national obtient 31% des voix aux élections européennes à Calais, un chiffre largement supérieur à la moyenne nationale (25%). Les tensions se multiplient entre les habitants et les migrants. Après plusieurs années « d’accalmie », leur nombre a en effet explosé en 2014, passant de 250 à 700 en moins d’un an, conséquence de l’instabilité grandissante en Afrique et au Proche-Orient. Le 28 mai 2014, trois camps contenant 550 migrants afghans, syriens, libyens, éthiopiens, sont démantelés. Les autorités invoquent une épidémie de gale et des raisons sanitaires. Enfin, de 2014 à 2017, de déplacements d’une région à une autre, le problème des migrants reste toujours posé, sans aucune solution politique viable.

Ceci n’a en fait rien d’étonnant puisque la mise en place d’un dispositif de contrôle garantissant l’imperméabilité des frontières serait totalement impossible, et par définition, incompatible avec les principes propres à un régime démocratique et à une économie libérale. Tant par les politiciens que par les agences de contrôle, cette réalité n’apparaît guère dans les débats sécuritaires. Qu’ils soutiennent ou qu’ils critiquent les mesures de contrôle aux frontières, les acteurs concernés ne mettent jamais en cause leur efficacité car une attitude pareille équivaudrait à une mise en cause de l’incapacité de l’État d’assurer une des principales fonctions de sa souveraineté, le contrôle de ses populations à l’intérieur de ses frontières. Cette mise en cause serait d’autant plus redoutable que la souveraineté des États occidentaux semble être de plus en plus ébranlée par le processus de la mondialisation et par la construction de l’Union européenne ou de l’ALENA (en 1994, l’Accord de Libre Échange Nord-Américain est entré en vigueur, créant l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde et jetant les fondements d’une augmentation de la croissance économique et de la prospérité au Canada, aux États-Unis et au Mexique).

A l’époque déjà, tout discours associant la maîtrise des flux migratoires au renforcement des mesures de contrôles aux frontières reposait alors sur le mythe de l’existence de l’État souverain, capable de contrôler pleinement son territoire. Tout en réconfortant les classes politiques ce mythe satisfaisait une partie de l’opinion publique, qui voyait en ce mouvement transnational une menace pour sa sécurité et son identité. Semblable est d’ailleurs la logique qui sous-tend la médiatisation des résultats des opérations policières en matière d’éloignement des étrangers qui, en devenant de plus en plus impressionnants, renforcent l’image d’une police luttant de manière efficace contre les vagues de migrants. En réalité, cette image, qui contribue par ailleurs à alimenter la thèse de « l’invasion migratoire », est en partie erronée puisque dans la plupart des cas où la police reconduit à la frontière des ressortissants d’un pays limitrophe ceux-ci tentent aussitôt d’y entrer de nouveau -la même personne pouvant faire ainsi l’objet de nombreuses reconduites à la frontière par an, voire par jour.

Aux contrôles à la frontière et aux contrôles d’identité s’ajoutent des contrôles socio-économiques. Ainsi dans certains pays non seulement les gouvernements interdisent aux « clandestins » la jouissance des droits sociaux mais limitent l’accès des migrants légaux à certaines prestations. On va même jusqu’à appeler à limiter leur accès aux emplois et à demander un « contingentement » des étrangers. On modifie la loi sur la nationalité pour refuser l’automaticité du jus soli, on limite les regroupements familiaux, on contrôle les mariages mixtes, on constitue des fichiers, on vérifie la légalité du séjour des parents à travers l’inscription des enfants à l’école, etc.

Mais ces politiques sont-elles seulement symboliques ou vont-elles plus loin en déterminant des logiques d’interaction des conditions d’accès aux droits ? Il semble en effet que loin de se limiter à la seule logique symbolique, celles-ci transforment les registres de signification et ont des effet sur le processus d’intégration. Ceci apparaît clairement dans les pratiques des contrôles aux frontières, dans les relations de face à face entre les policiers et les personnes contrôlées. Souvent, les contrôles se font sur des bases autres que celles fixées par la loi. En fait, ces pratiques sont le reflet des perceptions que la police/les agences de sécurité se font des étrangers et des citoyens, perceptions qui révèlent de plus en plus des constructions sécuritaires et identitaires. Les faits récents qui se sont déroulés à Calais (juin 2017) montrent à quel point cette analyse est encore d’actualité.

Atteintes aux droits fondamentaux des migrants à Calais

Depuis plusieurs mois, c’est toujours le même rituel, comme le relate Justine Canonne dans Alternatives économiques :

« Des bénévoles qui organisent des distributions alimentaires itinérantes, bientôt rejoints par les forces de l’ordre qui contrôlent leurs papiers d’identité. Pendant ce temps, les migrants se dispersent. L’atmosphère est lourde. La nuit précédente, un conducteur polonais est décédé sur l’A16, son véhicule ayant pris feu dans une collision provoquée par un barrage monté par des migrants. Le drame exacerbe les tensions. "Vous avez raison, nourrissez-les, grâce à vous ils vont pouvoir continuer à tuer des gens sur l’autoroute", s’emporte un gradé face au responsable d’Utopia 56. "C’est la frontière qui l’a tué, c’est la politique menée par l’État", rétorque ce dernier, avant de plier le camp avec les autres bénévoles.

Discrètement la camionnette de l’association part vers un autre lieu où se rassemblent des migrants, principalement des afghans. Quelques-uns saluent les bénévoles qu’ils connaissent, puis se mettent en file pour la distribution de repas, avant de se disperser peu à peu. Certains tenteront le passage vers le Royaume-Uni dans la nuit. Cette fois la police ne s’est pas montrée. Les bénévoles d’Utopia56 retournent à l’entrepôt qu’ils partagent avec d’autres associations, dont l’Auberge des migrants. Sur place, ils rechargent les bidons d’eau, reprenant au passage repas et vêtements. Direction la zone industrielle des Dunes, l’ancien emplacement de la Jungle démantelée à l’automne dernier. Aux alentours de minuit, sur un terrain vague cerclé de hauts grillages, les migrants sont là en nombre. Depuis quelques jours, les distributions alimentaires, qui étaient auparavant restreintes à une heure par jour sur cette zone, sont désormais "tolérées" de 5 heures à 20 heures. Les consignes qui changent aléatoirement sans qu’aucune réglementation ne les encadrent, soulève le mécontentement des bénévoles.

Sitôt arrivés, ceux-ci font à nouveau face aux agents de police, bientôt rejoints par une voiture de la Brigade Anti-Criminalité (BAC) . La plupart des migrants observent la scène, le regard anxieux. Semblant accoutumés au manège qui se déroule sous leurs yeux, quelques-uns se font des passes avec un ballon, à seulement quelques mètres d’une voiture de police. Bientôt, la vingtaine d’agents armés, munis de lampes torches et de bombes lacrymogènes, s’avancent vers les migrants, les repoussant vers le bois de l’autre côté des grillages cerclant une partie du terrain.

Quelques policiers sont restés près de la camionnette de l’association. Nouveau contrôle d’identité, suivi d’une inspection du véhicule. Les esprits s’échauffent, le dialogue de sourds entre les forces de l’ordre et les bénévoles se poursuit. Un agent verbalise finalement l’un d’eux pour non-présence de l’insigne de jeune conducteur à l’arrière du véhicule. Le camion de distribution repart tandis que les policiers achèvent de disperser les migrants dans le sous-bois. Le jeu du chat et de la souris entre police et bénévoles s’arrêtera là pour cette nuit, et les membres d’UTOPIA 56 parviendront à écouler d’autres repas auprès d’Érythréens croisés sur la route, venus seuls ou en petits groupes. »

Il ne s’agit là que d’un aperçu de ce que vivent au quotidien, les migrants et leurs soutiens à Calais.

Une situation de plus en plus tendue

Entraves aux distributions d’eau et de nourriture, verbalisations récurrentes et immobilisations de véhicules sont le quotidien des réseaux associatifs venant en aide aux migrants qui ont fait leur retour dans le Calaissis en début d’année. « J’en suis à 1300 euros d’amende depuis le début du mois, illustre Christian Salomé, président de l’Auberge des migrants. Mais c’est pour les migrants que la situation est plus difficile, ils ne peuvent ni se doucher, ni dormir, leurs sacs de couchage sont aspergés de gaz lacrymogène afin de les rendre inutilisables... »

En se basant sur le nombre de repas distribués chaque jour, les associations estiment qu’ils seraient entre 500 et 600 sur place, principalement des Érythréens, des Éthiopiens et des Soudanais, ainsi que des Afghans et quelques Irakiens. La situation sanitaire est particulièrement inquiétante, des cas de gale ont notamment été recensés. «  Les migrants sont certes moins nombreux aujourd’hui qu’avant l’évacuation de la Jungle, mais ils sont en plus grande vulnérabilité, car totalement isolés  », s’inquiète Richard Matis, responsable de l’association Gynécologie sans frontières, qui intervient dans le Calaisis mais aussi dans le Dunkerquois, où se situait le camp de Grande Synthe incendié en avril dernier. « Nous prenons en charge principalement des femmes, mais nous avons aujourd’hui élargi notre offre de soins aux hommes, car peu d’associations médicales sont encore présentes. La volonté des autorités d’éviter la constitution de "points de fixation" rend nos interventions beaucoup plus difficiles. Une partie du public est invisible, alors nous nous greffons aux maraudes associatives pour essayer de les attendre.  »

Les associations calaisiennes dénoncent régulièrement cette « invisibilisation » des migrants. Une position qui fait écho aux observations formulées par le Défenseur des droits1 le 14 juin dernier . Relevant de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux des migrants, celui-ci regrettait également la fin des départs vers les Centres d’accueil et d’orientation (CAO), organisés lors du démantèlement de la Jungle à l’automne, pour amener les personnes évacuées à entrer dans la procédure d’asile. « Le problème est éminemment politique, soulève Didier Dégremont, président de la délégation du Secours Catholique du Pas-de-Calais. La mairie refuse tout dispositif de mise à l’abri sur place au prétexte que cela créerait un "appel d’air". Nous essayons de notre côté d’informer les migrants sur la procédure d’asile, mais avec des moyens bien insuffisants. Les démarches sont d’autant plus complexes qu’ils n’est désormais plus possible de la demander en sous-préfecture à Calais. Les migrants qui veulent demander l’asile doivent pour cela se rendre à Lille, où ils sont fréquemment interpellés par la police.  »

Conséquence de l’évacuation de la Jungle : un manque d’anticipation ?

« La situation actuelle est largement née de l’absence d’anticipation des conséquences de l’évacuation », analyse pour sa part Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité, qui regroupe des associations d’accueil de sans-abri et de demandeurs d’asile. « Après l’évacuation de l’an dernier, nous avions soutenu la nécessité d’organiser un dispositif d’hébergement temporaire dans le Calaisis afin de poursuivre les orientations en CAO sur le territoire national. Mais il y a eu une volonté gouvernementale de ne pas maintenir de dispositif d’accueil dans le Calaisis. C’est pourtant une nécessité, de même qu’il faut aujourd’hui une politique volontariste de réouverture de places en CAO ».

Depuis l’élection présidentielle (2017), la fédération associative pointe le « silence radio » du gouvernement sur la question. «  La réponse apportée par le ministre de l’Intérieur est pour l’heure essentiellement répressive  », déplore Florent Gueguen, alors que le ministre Gérard Collomb était à Calais. Rappelons que Beauvau est aussi responsable de la mise en œuvre du droit d’asile, droit pour lequel la France ne peut se soustraire à ses engagements internationaux.

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Bibliographie

ANDERSON Malcolm : Les frontières : un débat contemporain, Ed. L’Harmattan, 1997, p.15–34.

BASTIÉ Eugènie : « L’afflux de migrants à Calais : retour sur 15 ans d’impuissance publique », Le Figaro, septembre 2014.

CANONNE Justine : Réfugiés : « A Calais, migrants et bénévoles face au harcèlement policier », Alternatives économiques, n° 369, juin 2017 et sur : www.alternatives-economiques.fr

FOUCHER Michel : Fronts et frontières : un tour du monde géopolitique, Ed. Fayard, 1991.

KING Mike : Le contrôle des différences en Europe : l’inclusion et l’exclusion comme logiques sécuritaires et économiques, Ed. L’Harmattan, 1997, p. 35 – 49.

PETRINIOTI Xanthi : L’immigration en Grèce, Odysseas/Bibliothèque de l’Institut de Relations Internationales, Athènes, 1993.

WITHOL de WENDEN Catherine, TINGUY Anne (dir.) : L’Europe et toutes ses migrations, Bruxelles, Ed. Complexe, 1995.

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