La longue marche des Roms vers la conquête de leurs droits

Les revendications et les luttes

, par CIIP

La communauté Rom ne constitue pas un ensemble unique qui parlerait d’une seule voix : les associations sont très nombreuses dans toute l’Europe, leur poids peut être important particulièrement en Europe orientale où existent aussi des partis politiques roms : la reconnaissance du statut de minorité nationale dans la majorité des pays de l’Europe de l’Est leur permet de constituer des partis politiques ethniquement identifiés.

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Manifestation à Grenoble
Alain Keler

Les Roms obtiennent un rôle consultatif à l’ONU en 1978. C’est l’Union Romani Internationale, fondée en 1971 à son premier Congrès à Londres, qui est reconnue par l’ONU avec le statut consultatif spécial (dit de catégorie 2) et a un représentant à l’Assemblée Générale. Ils sont reconnus au Conseil de l’Europe et peuvent désormais par l’intermédiaire de leurs représentants veiller à la préservation de leur culture et à son respect. Tout en participant ainsi aux instances pour faire avancer leurs revendications, ils conservent un fond de méfiance dû au vécu atroce du génocide pendant la Seconde Guerre mondiale.

La communauté Rom aspire aux mêmes fondamentaux que tout un chacun ; en ce sens elle demande l’adaptation du droit commun plutôt que la définition d’un droit particulier et donc de :

  • favoriser l’accès effectif aux droits fondamentaux
  • accompagner vers l’intégration les populations marginalisées
  • lutter contre les obstacles politiques à l’intégration.

Le "Réseau rrom des activistes et des spécialistes sur les questions juridiques et politiques" (RANELPI) propose, depuis 2000, un "statut-cadre du peuple rroms dans l’Union Européenne", dont la portée dépasse les 10 à 12 millions de Roms citoyens de l’Union, puisque son idée-phare est l’adoption d’une conception multidimensionnelle de l’identité, c’est-à-dire la reconnaissance dans les États-membres de l’UE, à côté des identités nationales (correspondant aux États-nations), de l’existence de diverses identités nationales sans territoire compact, qu’elles aient eu ou non un territoire de référence historique ou actuel à l’extérieur de l’Europe.
Ainsi, l’ensemble des Rroms, Sintés et Kalés s’est défini comme "nation rromani sans territoire compact et sans prétention à un tel territoire" lors du 5e Congrès de l’Union Rromani Internationale (Prague, juillet 2000) et demande à l’Union Européenne qu’elle "proclame la nation rromani vivant sur son territoire l’une des nations européennes constitutives de l’Europe en pleine égalité avec toutes les autres nations qui la constituent, indépendamment de leurs rapports à des États et à des territoires" ainsi que la reconnaissance des persécutions et discriminations multiséculaires, dont un génocide (Samudaripen) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les autres revendications définies dans ce texte concernent :

  • la reconnaissance des identités complexes et multiples par l’adoption de politiques multiculturelles permettant de faciliter leur articulation mutuelle tant au niveau de l’individu qu’entre les diverses collectivités et qui reconnaissent la richesse qu’apporte cette diversité
  • la reconnaissance du droit à la mobilité comme droit imprescriptible avec les conditions concernant par exemple les papiers exigés
  • le développement d’aires de stationnement dignes de ce nom et construites dans un esprit d’intégration, en concertation avec les populations mobiles, les populations locales et les juristes compétents
  • le droit à la reconnaissance d’un habitat mobile comme domicile c’est-à-dire avec toutes les prérogatives attachées à un "domicile en dur" : inviolabilité sans mandat, allocations logement, aide au crédit pour l’achat, etc.
  • la reconnaissance de la citoyenneté du pays de résidence habituelle
  • le développement d’une politique de valorisation de la culture romani, sous ses diverses formes, aux yeux des autres populations (introduction dans les programmes scolaires et les livres qui les accompagnent d’informations sur la participation de la nation romani à la construction du génie européen, information dans les mass -médias sur les différents mécanismes historiques, sociaux, culturels et psychologiques qui ont conduit à la situation présente...).

Les femmes roms quant à elles sont victimes d’une double discrimination fondée sur l’ethnicité et sur le genre (tests de virginité, mariages précoces et arrangés, danger de faire l’objet d’un trafic ou de se prostituer, violence domestique, difficulté d’accéder aux soins…). Elles constatent le manque de sensibilisation du mouvement des droits roms lui-même (si mouvement il y a) vis-à-vis de la problématique des femmes. Même si de plus en plus de femmes roms occupent des positions de force, il faut bien reconnaître que les problèmes roms sont surtout évoqués par des dirigeants roms masculins, ce qui complique encore plus la prise en compte des questions féminines. Pour elles, il s’agit de bien faire la distinction entre les aspects propres à la culture rom et les traditions propres à une communauté patriarcale contre lesquelles les femmes roms doivent se défendre.