Les racines coloniales de la protection de la nature

, par Radio Parleur

La pandémie a donné de nouveaux élans à la protection de la biodiversité. L’objectif semble imperméable à la critique. Les mesures pour l’atteindre n’héritent pourtant pas moins de logiques coloniales, et font payer aux peuples du Sud la dette écologique du Nord.

Anti-braconnage
L’Unité anti-braconnage de Bumi Hills (Zimbabwe) en patrouille pour protéger les éléphants.
Photo Bumi Hills Foundation (CC-BY-SA-4.0) sur Wikimedia Commons

Pour retracer les formes contemporaines du colonialisme vert, Radio Parleur dans son émission "Penser les luttes" donne la parole à Guillaume BLANC, historien spécialiste de l’Éthiopie, maître de conférences à l’Université Rennes 2, et Fiore LONGO, responsable de recherche et de plaidoyer à Survival International, ONG investie dans la défense des droits des peuples autochtones.

Aux racines de la protection de la nature

Face à la catastrophe écologique, les appels à protéger les quelques îlots restants de nature dite sauvage se multiplient. La sanctuarisation d’un tiers de la planète est bien l’une des mesures phare du One Planet Summit organisé à Paris en janvier 2021. L’envers de ces politiques est toutefois moins vendeur. C’est l’expulsion des communautés qui habitent ces territoires - parfois depuis des siècles - et la militarisation des nouvelles frontières. Au nom de l’humanité, les peuples autochtones deviennent des indésirables dans leur propre lieu de vie. Leurs modes de subsistance, eux, sont pointés comme cause de la destruction de la planète.

Dans son dernier ouvrage publié à l’automne 2020, [1] Guillaume Blanc retrace l’histoire du fantasme de l’Éden africain. L’Occident colonial a rêvé une Afrique jadis regorgeant de vie et détruite par ses habitant‧es. Le souci de la protéger - des Africain·es avant tout - émerge précisément au tournant des indépendances. Il précise : « Ça peut paraître choquant, mais protéger la nature c’est une politique comme une autre : ça revient d’abord à exercer le pouvoir ». Les anciens administrateurs coloniaux relèveront volontiers le fardeau de préserver ce que l’Afrique aurait de plus précieux à léguer, sa nature. Et pour cause : le filon est porteur et assurera à nombre d’entre eux une reconversion professionnelle heureuse.

Du racisme en écologie

«  On n’est pas en train de se focaliser sur la vraie cause de la destruction de l’environnement : la consommation dans les pays du Nord et l’exploitation des ressources » . C’est ce qu’affirme Fiore Longo, responsable de plaidoyer chez Survival International. Pour elle, la mise en parcs naturels de pans entiers de la planète est profondément injuste. Elle fait payer les peuples autochtones pour des dégâts écologiques qu’ils n’ont pas causés.

Pire encore, cette logique est incapable de traiter en égaux les habitant‧es de ces espaces. Pourtant ceux-ci ont développé parfois des modes de subsistance qui participent à l’entretien des écosystèmes en question. Des ONG comme la WWF viendront ensuite mythifier ces milieux et effacer les communautés locales de l’équation. « Ce mythe est lié au racisme » , affirme Fiore Longo. « C’est impossible pour ces ONG de reconnaître que les peuples autochtones en Afrique et en Asie sont totalement capables de gérer leur environnement de la meilleure manière possible ».

Ecouter l’émission sur le site de Radio Parleur