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Les couturières du Sud s’unissent

, par IPS

 

Ce texte, publié originellement en espagnol par Inter Press Service (IPS), a été traduit par Houria Lyoubi, traductrice bénévole pour rinoceros.

 

BUENOS AIRES, octobre 2010 (IPS) - Autrefois elles passaient des mois voire des années derrière une machine à coudre, privés de repos et contre un salaire médiocre voire inexistant. Mais se libérer de ce joug moderne n’a pas suffi à un groupe de travailleurs argentins et thaïlandais qui ont décidé de créer un nouveau genre de coopération, par delà les océans.

Marcela Valente, avec des contributions de Marwaan Macan-Markar (Bangkok)

L’organisation argentine Mundo Alameda et l’organisation thaïlandaise Dignity Returns, créées par des ouvrières qui travaillaient dans des conditions d’esclavage, se sont alliées en 2009, puis ont lancé en juin de cette année la marque No Chains (sans chaînes).

En Argentine persiste un secteur textile souterrain quasi esclavagiste, qui emploie surtout des immigrés boliviens sans-papiers. En Thaïlande, « on observe partout des cas d’exploitations au travail ainsi que de traitements injustes », a indiqué à IPS la dirigeante de Dignity Returns à Bangkok, Boosaba Meechai.

Grâce à leurs dessins et motifs sélectionnés lors d’un concours international, les membres des deux coopératives se sont lancés dans la production de T-shirts, de sacs et chapeaux qu’ils vendent sur internet, lors de foires, sur les marchés ou encore dans quelques boutiques, tout en espérant avoir l’occasion de diversifier un jour leur production.
Quatre mois après le lancement, bien que les ventes ne soient pas encore à la hauteur de leurs attentes, « de plus en plus de personnes entendent parler de Dignity Returns et de No Chains. », poursuit Boosaba.
« Dignity Returns [la dignité revient] est une entreprise de travailleurs, pour les travailleurs et par les travailleurs. », précise-t-elle.

« Notre mission n’est pas simplement de vendre, mais de produire des vêtements pour les organisations, presque toujours non gouvernementales, qui mènent des campagnes contre la main-d’œuvre esclave, les produits transgéniques, le virus du Sida ou encore militent en faveur de l’environnement. », explique-t-elle. Dignity Returns a été créé par des ouvrières thaïlandaises de la firme Bed and Bath. Ces femmes confectionnaient des produits pour des marques internationales comme Nike, Gap ou encore Reebok ; elles avaient des journées de travail exténuantes et encouraient le risque d’être pénalisées au moindre signe de fatigue.

Malgré ces sacrifices, elles n’ont pas réussi à préserver leurs emplois : l’usine a fermé en 2002, et elles ont été licenciées sans indemnisation.
La majorité des participants au projet, âgés de 18 à 50 ans sont des travailleurs qui ont, à certains moments de leur vie, été confrontés à l’injustice et à la maltraitance de la part de leurs employeurs. Certains continuent leur combat dans le cadre des tribunaux du travail, selon Boosaba.

En 2009, ils firent connaissance avec les membres de Mundo Alameda, une coopérative créée à Buenos Aires par des Argentins et Boliviens sans-papiers qui ont réussi à s’échapper d’ateliers clandestins où ils étaient réduits en esclavage.

Leurs paires dans la capitale argentine vivaient également pour le travail, exploitées avec leurs familles dans le même atelier, sans répit et sans possibilité de voir le monde extérieur. Ils produisaient pour des marques prestigieuses comme Puma, Bensimon ou Kosiuko.

Les deux coopératives se sont retrouvées à Hong-Kong lors d’une réunion menée par l’organisation non gouvernementale Asia Monitor Ressource Centre et, grâce à l’aide d’un traducteur, elles ont décidé d’unir leurs forces afin de dénoncer le travail esclave.

Olga Cruz, une Bolivienne qui travaille pour Mundo Alameda, a expliqué à IPS qu’« il n’y a toujours que peu de ventes ». Outre la boutique même de la coopérative, la distribution des produits se fait à travers d’autres petits commerces ou dans des marchés alternatifs qui ont noué un partenariat avec les anciennes usines récupérées par les ouvriers.

Allant dans le sens de Boosaba, Cruz rappelle que le succès commercial n’est pas fondamental. « Le message que nous voulons faire passer est que pour travailler dans une organisation, une coopérative, il n’est pas nécessaire d’avoir un modèle. », dit-elle. « Ce que nous recherchons est le contact direct avec les clients car il est important que les consommateurs sachent que la marque ne doit pas avoir d’importance si finalement le capitaliste garde pour lui la plus grande partie des gains et, en plus, exploite le travailleur. »

Elle et ses camarades, d’anciens travailleurs d’ateliers clandestins, parviennent à vivre de ce que produit la coopérative bien qu’ils n’arrivent toujours pas à se verser de salaires fixes. En revanche, ils ne sont pas à court d’acheteurs.

« Parfois nous arrivent de gros clients, qui connaissent la qualité de nos produits et nous commandent 4000 à 6000 vêtements, mais pour quelques centimes, et pour que tout cela soit rentable nous devrions travailler beaucoup plus que huit heures par jour. », explique-t-elle.

En revanche, d’autres clients ont accepté leurs conditions, et avec le temps elles ont réussi à imposer sur le marché des marques compétitives, dégageant une marge de bénéfices moins importante mais respectant leurs conditions de production.

L’expérience est probante dans les deux pays. En Thaïlande, on fabrique des T-shirts, des sacs, des bonnets et des chapeaux. « Nous ne pouvons pas faire plus compte tenu de nos limites financières. », précise Boosaba.
Cependant, elle précise qu’ils prévoient de créer un réseau d’organisations connexes dans les pays voisins comme le Cambodge et les Philippines. « En matière de travail, les préoccupations sont partagées. »

« La majorité des travailleurs thaïlandais voit encore l’exploitation au travail comme un fait normal. C’est la raison pour laquelle ils ne se battent pas pour leurs droits. Ils n’osent encore penser que leurs conditions de travail peuvent être améliorées s’ils luttent dans ce sens. Ils ont peur de perdre leur emploi. », dit-elle.

En Argentine, No Chains ne confectionne pour le moment que des T-shirts. « Nous aimerions nous unir à d’autres coopératives pour pouvoir produire des jeans, des uniformes, des portefeuilles ou des chapeaux. » ajoute-t-elle.

Dans ce but, ils sont en train de prendre des contacts, « de monter un réseau avec des organisations des provinces qui opèrent de la même manière et des les encourager à s’unir ».

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