Le complotisme, les théories conspirationnistes et le confusionnisme (et ce que le Covid nous aide à comprendre à leur sujet)

Introduction

, par Rédaction, WEILL Caroline

La pandémie de coronavirus aura eu des effets plus spectaculaires les uns que les autres au cours de l’année 2020. Comme nous l’avons déjà souligné ailleurs, elle a mis en exergue la fragilité du système socio-économique néolibéral actuel, les inégalités et fractures profondes de notre monde, et la vulnérabilité de pans entiers de nos sociétés face à la maladie, à la mort et aux aléas économiques. Nous avons également pointé les dérives autoritaires liées aux états d’urgence sanitaires, le recours aux technologies numériques complexes comme remède magique, et les profits que certains grands groupes continuent à faire alors que le monde sombre dans l’incertitude et la crise économique. Combinée à une gestion de crise hésitante ou même douteuse de la part de nombreux gouvernements – incluant revirements de position abrupts et parfois même mensonges plus ou moins assumés –, cette crise ne pouvait manquer d’alimenter les ressentiments, la défiance, l’angoisse, l’incertitude… autant d’ingrédients fondamentaux pour la propagation de théories conspirationnistes.

Pendant cette pandémie, nous avons tous et toutes été confronté·es à des personnes affichant des croyances irrationnelles et parfois farfelues à propos de la situation sanitaire. Parfois, les relations personnelles et familiales en ont réellement souffert. En un large éventail - de la mésinformation plus ou moins bénigne aux grands projets de domination du « Nouvel Ordre Mondial », des simples remèdes de grand-mère à des affirmations que ce virus aurait été intentionnellement propagé afin de dépeupler le monde - l’influence des théories conspirationnistes a prospéré au point que le phénomène contribue à la désinformation et à la mésinformation [1] des citoyen·nes. D’où viennent ces théories qui peuvent parfois sembler absurdes, mais qui sont défendues becs et ongles par leurs promoteur·rices ? Pourquoi y adhère-t-on, et pourquoi les temps de crise (sanitaire, sociale, économique) sont-ils des ferments de leur multiplication ? En quoi peuvent-elles être dangereuses et quelles sont les stratégies – individuelles et collectives – pour y faire face ?

Le tour d’horizon proposé ici formule quelques réponses à ces questions, pour relever les défis que le complotisme pose à l’information et à la démocratie.

La communauté QAnon s’est rapidement développée au cours de l’année 2020 autour de la théorie qu’une conspiration serait à l’oeuvre au sein de l’ "Etat profond" états-unien, au sujet d’un réseau pédofilo-satanique que Donald Trump œuvrerait à erradiquer. Des pistes seraient laissées par un mystérieux Q Anonymous, qu’il faudrait suivre pour "connaître la vérité".
Crédit : Mike MacKenzie (CC BY 2.0). Image via www.vpnsrus.com

Notes

[1Nous ferons ici la différence qu’établit le journaliste scientifique Florian Gouthière : la mésinformation fait référence à un « processus par lequel s’élabore et se diffuse une information distordue ou incomplète, du fait du manque de vigilance, d’un excès de confiance, de l’indolence, du manque de méthode, de l’ensemble des maillons de la chaîne d’information. » Au contraire, la désinformation serait un « processus aboutissant à l’intégration, par un public, d’informations distordues, incomplètes ou fausses [...], ces altérations trouvant leur origine dans une démarche volontaire, avec pour objectif de tromper. »