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Dossier L’Indonésie, un géant asiatique à la lisière de la démocratie

Le cheminement vers la démocratie

, par CDTM 34

Quarante années de régimes autoritaires

Depuis l’indépendance, le cheminement de l’Indonésie vers la démocratie a été long et tortueux. Après la proclamation d’indépendance le 17 août 1945, l’indépendantiste javano-balinais Sukarno devient le premier président indonésien. En août 1950, la démocratie parlementaire est instaurée par voie constitutionnelle. Mais, en 1957, Sukarno décide de faire fi de la nouvelle Constitution pour restaurer celle qui était en vigueur en 1945 car elle dotait le Président de la République de plus larges pouvoirs. Son régime autoritaire dure jusqu’au 30 septembre 1965, quand il est destitué par un coup d’État portant le Général Suharto au pouvoir. Celui-ci fonde l’OrdeBaru, régime de l’Ordre nouveau. Avec l’armée il dirige l’Indonésie d’une main de fer jusqu’à ce que sa dictature s’effondre en 1998.

Elections. Photo DFAT, prise le 8 juillet 2009.

Sous Sukarno comme sous Suharto, sous prétexte de maintenir l’ordre, liberté d’expression et liberté de la presse sont supprimées. Les élections se font rares et sont truquées. Tout est fait pour une dépolitisation du peuple. Les opinions divergentes sont bannies, en atteste le grand massacre des communistes indonésiens de 1965 [1] . Enfin, malgré les efforts accomplis lors de l’indépendance pour apaiser les craintes des Indonésiens d’une domination de Java sur le pays, les deux régimes autoritaires consacrent la puissance javanaise par le biais d’une très forte centralisation faisant de Jakarta, capitale de Java, le cœur du pays.

La chute de l’Ordre Nouveau de Suharto

En 1998, le régime de l’Ordre Nouveau, gravement affaibli par la crise économique ayant frappé de plein fouet l’Asie, s’effondre comme un château de cartes. Suharto prend des mesures qui ne passent pas et c’est surtout sa décision d’augmenter le prix de l’électricité (+ 60 %) et des carburants (+ 70 %) qui met le feu aux poudres. La capitale indonésienne devient le théâtre de très violentes émeutes qui coûtent la vie à plus de 1 000 personnes, sans compter les centaines de viols et destructions de commerces visant principalement la communauté chinoise [2]. Incapable de faire face aux mouvements populaires de protestation et vivement critiqué de toutes parts,Suharto n’a d’autre choix que de prendre acte de son échec. Il démissionne et cède la place à son vice-président Habibie. S’étant assuré de sa protection et de celle de ses proches, Suharto se retire en Égypte, laissant son pays en plein chaos.

L’ère de la démocratie

Après avoir vécu sous des régimes autoritaires depuis 1957, les Indonésiens connaissent une fulgurante démocratisation du pays. Un an après la chute du dictateur sont enfin organisées les premières élections libres depuis des décennies. En 2004 se tient la première élection au suffrage universel direct qui est une véritable révolution pour le peuple indonésien auparavant tenu à l’écart de la vie politique.
Avec Habibie et ses successeurs, tout un socle de libertés fondamentales est reconnu et on assiste à une véritable démocratisation de la société. La création de partis politiques libres est autorisée, le pays passe de 3 à quelques 200 partis dont 48 peuvent participer aux élections. [3]
Sans rejeter en bloc la Constitution, les institutions sont modifiées de façon à devenir plus démocratiques, le Parlement obtient de très larges pouvoirs qui viennent contrebalancer ceux du président autrefois tout puissant. C’est ainsi que le Parlement peut désormais destituer le président grâce à des procédures d’impeachment. Abdurrahman Wahid, président de l’Indonésie entre 1999 et 2001, en fait les frais : visé par une procédure d’impeachment, il doit démissionner. Une cour constitutionnelle pouvant juger le président est également créée. Enfin, l’armée jadis très liée au pouvoir perd les 75 sièges qui lui étaient réservés au Parlement, une grosse partie de ses considérables avantages financiers et déclare sa neutralité.

D’autre part, en avril 1999, pour apaiser les tensions séparatistes secouant le pays, Habibie prend la décision d’enclencher un processus de décentralisation du pays. Les 33 provinces ont tous les pouvoirs sur leur territoire, à l’exception des fonctions régaliennes, et le budget alloué aux provinces revient aux élus locaux. L’Indonésie devient l’un des pays les plus décentralisés au monde.

L’Indonésie fait preuve d’une incroyable force de changement.

Après tant d’années sous des régimes autoritaires, le peuple se mobilise et le taux de participation aux élections atteint 70 et parfois 80 % . Mais le vote n’est pas tout… Les Indonésiens créent de nombreuses associations ayant pour objectif la défense de la démocratie et des droits fondamentaux : la surveillance des finances publiques, la lutte contre la corruption, contre la peine de mort, pour la défense de l’environnement, pour les droits des travailleurs et des femmes… Les associations se regroupent en fédérations, souvent en lien avec des ONG internationales basées en Occident.
On assiste à la création de syndicats [4] et des grèves sont organisées. Les manifestations sont très courantes et la société civile exerce une vigilance et un contre-pouvoir réels, face aux pouvoirs politique et économique.

Notes

[1En 1965, des militants et sympathisants du Parti communiste indonésien, soupçonnés de vouloir prendre le pouvoir, sont massacrés par les forces armées du général Suharto. Le bilan de ces violences qui durent plusieurs mois est de plus de 500 000 morts et des milliers de prisonniers et déportés dans des camps.

[2La communauté chinoise, qui forme une importante minorité en Indonésie et contrôle en grande partie les entreprises privées est le bouc émissaire traditionnel lorsque le pays rencontre des difficultés.

[3Aujourd’hui, 10 partis sont représentés au Parlement.

[4Le 7 juin 2011, à Jakarta, syndicats indonésiens, industrie et marques de sport signent un accord visant à renforcer les droits syndicaux des travailleurs dans le secteur des vêtements de sport. https://www.ritimo.org/Indonesie-accord-historique-pour-la-liberte-d-association ;

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