Colombie, un peuple pris en otage

Le bilan controversé des deux mandats du président Uribe

, par Al Manba

Le bilan de l’action d’Alvaro Uribe, tel qu’il est présenté par les médias contrôlés par sa famille politique, est très flatteur pour lui. Il est considéré comme « le meilleur président que la Colombie ait jamais eu ». L’examen de la situation après deux mandats donne un autre éclairage sur la politique menée par le gouvernement.

Les débuts en politique d’Alvaro Uribe : vers les années 1980, ils ont été marqués par une compromission notoire de sa proche famille et de lui-même avec les milieux de la drogue et des milices paramilitaires. Ces liens expliquent son peu d’engagement pour lutter contre le narcotrafic et sa clémence vis-à-vis des paramilitaires. Le respect de la Constitution se trouve mal en point lorsqu’une instruction judiciaire a été ouverte pour des activités illégales d’un service rattaché à la présidence de la République, le DAS (département administratif de sécurité) : en Colombie et à l’étranger (notamment à Madrid et en Belgique en vue de l’accord de libre-échange), espionnage d’hommes politiques, de magistrats, de journalistes, de syndicalistes, de défenseurs des droits humains et manœuvre de dénigrement et d’intimidation, actes de sabotage…

L’exécution de plusieurs milliers de civils innocents pour gonfler les statistiques de la lutte contre la guérilla a fait scandale. Le Général Montaya, chef des armées, a été conduit à démissionner.

Une conséquence de la politique économique décidée par le Président est une augmentation des déplacements forcés de populations rurales pour libérer des espaces au profit de la culture d’agrocarburants. En vingt ans, les narcotrafiquants et les paramilitaires se sont emparés de la majorité des terres cultivables. Les propriétés de plus de 500 hectares, qui occupaient 32 % des terres arables, en représentent désormais plus de 62 % et appartiennent à 4 % des propriétaires terriens.

De plus, la guerre menée contre la guérilla a coûté cher à la Colombie qui y a consacré une grande partie de son budget, ce qui a accru son endettement à un niveau jamais atteint dans le passé. Elle a eu aussi pour conséquence des restrictions dans la politique sociale, une précarisation du travail avec un chômage élevé et une progression du travail informel. Les assassinats de syndicalistes sont toujours à déplorer.

Les proches voisins de la Colombie, l’Equateur et le Venezuela s’inquiètent de la persistance du conflit et de sa militarisation. Ils n’approuvent pas l’intervention des Etats-Unis qui radicalise un conflit dont ils supportent les prolongements dangereux sur leur territoire avec l’infiltration de paramilitaires colombiens.

Il est évident que sous la présidence d’Uribe, la Colombie n’a pas progressé sur le chemin de la réconciliation, de la paix et d’une démocratie moins formelle.