Croissance/décroissance : une polémique à dépasser

Le Développement durable en question

, par CDTM 34

Pour les « objecteurs de croissance » le terme « développement durable » est un oxymore, un moyen de changer les mots pour ne rien changer aux pratiques. En effet, ils critiquent la conception de « soutenabilité faible » qui soutient le développement durable et qui montre la croissance économique non pas comme le problème mais comme la solution : elle permettrait à l’humanité de développer la recherche et le capital technologique nécessaires pour faire face aux problèmes environnementaux, sans avoir besoin de remettre profondément en cause nos habitudes de production et de consommation. Le caractère trompeur de cette approche est bien démontré par ce qu’on appelle l’« effet rebond » : chaque fois qu’on arrive à économiser une matière, l’effet est compensé par un accroissement des quantités produites. Par exemple, si la technologie nous permet de construire des voitures qui gaspillent moins de carburant, le résultat est qu’on achète plus de voitures puisqu’il coûte moins cher de les utiliser ! L’autre reproche que les partisans de la décroissance font à ceux du développement durable est d’ordre social : la croissance ne réduit pas la pauvreté et les inégalités puisque la croissance est forcément inégale, se nourrissant des inégalités pour créer des frustrations et des besoins nouveaux.

La notion de développement durable est devenue un instrument de politique publique depuis sa reconnaissance au Sommet de la Terre en 1992, à Rio de Janeiro. Vingt ans après, on doit constater un échec général des engagements pris à Rio : les émissions de gaz à effet de serre augmentent, les négociations internationales ne changent pas le mode de production et de consommation et l’aide au développement n’atteint pas les objectifs que les pays industrialisées se sont assignés. En somme, le « développement durable » serait une nouvelle expression de l’idéologie dominante fondée sur l’omnipotence de la science et de la technologie, qui évite de remettre en question la logique de croissance.

La décroissance pour lutter contre les inégalités

La critique la plus fréquente contre la décroissance est celle de son incompatibilité présumée avec la démocratie : la liberté et l’esprit d’entreprise seraient inséparables de la démocratie et il ne serait pas politiquement juste de demander aux pays du Sud d’accepter le fait qu’ils ne connaîtront jamais le même niveau de vie que les pays développés et aux pays du Nord de baisser leur niveau de vie. Á cela les partisans de la décroissance répondent que la démocratie est définie comme le « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple », ce qui n’a rien à voir avec la hausse du PIB ; il faut aussi remarquer qu’il y a eu et il y a aussi des totalitarismes liés au système capitaliste, par exemple le nazisme et la dictature en Arabie Saoudite, ce qui témoigne qu’il n’y a pas de relation systématique entre démocratie et croissance économique. Selon les partisans de la décroissance les limites physiques du monde nous conduiront inéluctablement à une récession. Si nous l’ignorons et si nous ne prenons pas le chemin de la décroissance, nos sociétés seront entraînées dans le chaos, la barbarie et l’échec de la démocratie.

Par ailleurs, il est reproché à la décroissance de vouloir empêcher le développement des pays du Sud, d’être un prétexte pour le Nord, qui constitue 20% des « convives », pour continuer à manger 80% du gâteau. Les défenseurs de la décroissance répondent que le premier objectif de la décroissance est la résolution du problème des inégalités dans le monde, qui peut être réalisé par la hausse du PIB de certains pays en garantissant la satisfaction des besoins primaires (constructions d’écoles et hôpitaux…).
A ceux qui craignent que la décroissance puisse créer un chômage croissant au Nord, ils répondent qu’une société de décroissance créerait de nombreux emplois grâce, notamment, à l’abandon de la course à la productivité et à la reconversion écologique.

Et au Sud ?

Les « objecteurs de croissance » soulignent le fait que croissance et inégalités ont partie liée : depuis 30 ans, la croissance économique s’est accompagnée d’un accroissement des inégalités aussi bien entre pays du Nord et ceux du Sud qu’au sein des pays eux-mêmes. Pourtant, les partisans de la croissance continuent à croire qu’une économie croissante dans le Nord a des retombées positives dans le Sud, ce qui a été longtemps l’approche des institutions financières internationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International). En plus, ils accusent les partisans de la décroissance de vouloir interdire aux pays du Sud de se développer. Toutefois, la transposition du modèle occidental à l’échelle de la planète s’est révélée une faillite presque totale : bien qu’une aisance matérielle ait été apportée, dans l’ensemble on constate la déstructuration des sociétés, le déracinement des paysans, l’urbanisation sauvage, le saccage de l’environnement et le développement de nouvelles formes d’inégalités qui transforment la pauvreté en misère. Cela signifie que l’urgence pour les pays du Sud est de sortir de la dépendance économique et culturelle vis-à-vis du Nord et de prendre conscience du fait que la religion de la croissance économique prônée par le capitalisme n’a rien à voir avec la possibilité pour les sociétés de s’épanouir. Le défi de la décroissance au Sud passe par la décolonisation de l’imaginaire commun.

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