La lutte environnementale est-elle plus urgente que les autres ?

Guide ritimo "L’écologie, un problème de riches ?"

, par Rédaction

Dans ce mini-podcast, ritimo revient sur les imbrications des différents formes de domination et d’exploitation : la justice environnementale ne peut aller que de pair avec la justice sociale et les luttes anti-racistes et féministes.

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TRANSCRIPTION

« On entend régulièrement l’idée que l’écologie passerait avant le reste — du fait de l’urgence à agir. Mais au fond, la lutte climatique et écologique est-elle plus urgente que les autres ? Y a-t-il une hiérarchie des luttes qui justifierait des priorités d’engagement ?

Il faudrait nuancer. Depuis toujours, la lutte pour l’environnement a des connexions très fortes avec d’autres luttes : les luttes sociales, féministes, anti-racistes... Le désastre écologique s’inscrit dans une histoire de rapports de domination. Il est important de mieux la connaître, afin de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là, collectivement.

Pas de justice environnementale sans justice sociale !

La mobilisation écologiste doit prendre en compte les personnes précaires du Nord comme du Sud, depuis leurs réalités et leurs priorités. Car ce sont elles, les premières impactées : parce qu’elles dépendent plus directement de leur milieu naturel pour survivre ; parce qu’elles sont les plus exposées aux catastrophes climatiques ; ou encore parce qu’elles vivent à proximité de grands sites industriels polluants…

Dans les faits, ce sont aussi les plus pauvres qui ont les pratiques les plus écologiques. Si les classes plus aisées portent plus facile le discours écologiste, celles-ci ont une empreinte carbone bien plus élevée que les classes populaires – principalement du fait de posséder de nombreux équipements numériques et d’utiliser l’avion. Selon les études, ce décalage entre intentions écologiques et réalité des pratiques n’est pas vraiment compensé par les gestes quotidiens comme l’achat en vrac ou le covoiturage.

Les discours sur l’écologie ont été progressivement accaparés par les classes supérieures. Cela contribue à les rendre inaccessibles et peu pertinents pour les premiers affectés par les désastres environnementaux. Une forme de dépolitisation de l’écologie, où les plus aisés se donnent bonne conscience et les plus précaires sont rendus responsables de la dégradation de leur environnement. Ce qui également finit par creuser la fracture sociale et rendre les luttes inefficaces.

Alors, comment s’inspirer (et soutenir !) les luttes pour une écologie sociale et populaire ? Comment construire un mouvement qui parte des vies et des voix des plus précaires pour résister aux projets industriels qui les exposent, en premier lieu, aux pollutions ?

Pas de justice environnementale sans luttes antiracistes !

Les quartiers populaires sont trop souvent des lieux privilégiés pour installer des projets polluants. Incinérateurs à déchets, autoroutes, usines... voilà des décors bien familiers aux banlieues. A croire que quand on est pauvre et racisé, notre vie a moins de valeur que celle des plus riches... Révoltant, pas vrai ?

Ici, là-bas, même combat : aux États-Unis, le racisme environnemental est de plus en plus systématiquement dénoncé. Le cas de Flint, cette commune du Michigan où vivent 60 % de Noir·es, est édifiant : pour faire des économies, le gouverneur a distribué de l’eau issue de la rivière contaminée au plomb pendant 18 mois à ses habitants — et n’a jamais été démis de ses fonctions malgré les graves conséquences sur la santé de la population. En Louisiane, se trouve ce qu’on a appellée "l’allée du cancer" : 150 usines et raffineries concentrées près des quartiers populaires où vit une population principalement noire et latino.

Mais c’est aussi la façon de faire de l’écologie qui est parfois raciste ! Dès le 18e siècle, les colons chassaient les peuples autochtones de leur territoire dans le but de préserver une nature vierge fantasmée. Certaines organisations sont encore imprégnées de cet imaginaire colonial : c’est le cas de l’organisation WWF qui, dans sa gestion de réserves protégées au Cameroun, a été accusée de violer systématiquement les droits du peuple baka et d’avoir recours à des expulsions de leurs terres ancestrales…

Alors, comment construire une écologie qui prenne en compte et améliore la vie des personnes racisées dans leur environnement ? Et comment s’inspirer de leurs combats et de leurs idées pour construire une écologie véritablement décoloniale et antiraciste ?

On veut respirer, partout, toujours ! dans nos quartiers, dans nos rues, dans nos vies !
À partir des derniers mots de Georges Floyd, afro-états-unien tué par la police en 2020, ce slogan fait le lien entre le dérèglement climatique qui nous asphyxie, et la mort par asphyxie aux mains de la police en France également. Un beau symbole de l’alliance entre la génération Adama et la génération climat ; et un slogan martelé lors de la marche commune en juillet 2020.

Pas de justice environnementale sans luttes féministes !

L’éco-féminisme nous interpelle : quels liens y a-t-il entre l’oppression des femmes et la destruction de la nature ?

Avec la révolution industrielle en Europe, le salariat (masculin) se développe et les femmes sont renvoyées à la sphère domestique. Leur travail, parce que non rémunéré, n’est plus considéré comme un travail : l’exploitation des femmes n’a alors plus aucune limite. Dans le même temps, le développement industriel exige une extraction de plus en plus massive des ressources naturelles, perçues comme "gratuites". La dévalorisation du travail des femmes d’une part, et des services écosystémiques d’autre part, va de pair dans la logique du capitalisme globalisé.

Les premiers éco-féminismes se sont dressés contre le nucléaire, contre le militarisme et pour l’écologie. Aujourd’hui, parmi les différents courants éco-féministes, certains cherchent à imposer l’inversion des valeurs : plus que la compétition, la coopération ; plus que le profit, le prendre soin de, ce qu’en anglais on appelle le "care".

En Inde, dans les années 70, des mouvements spontanés de femmes cultivatrices mènent un combat pour disposer de leur corps comme de leurs terres. S’enchaînant aux arbres pour s’opposer à la marchandisation de leurs forêts, ces femmes défendent une agriculture locale aux mains des femmes qui restent au village tandis que les maris migrent vers la ville, en recherche d’emploi.

Le combat environnemental s’inscrit dans une histoire longue et complexe. En agissant pour "sauver la planète", on rencontrera forcément d’autres combats, tout aussi essentiels, parce que profondément liés à cette lutte-ci. On ne peut pas faire l’économie de mener toutes ces luttes de manière articulée, et de les amplifier.

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