La financiarisation des ressources naturelles

Par Monica Bruckmann

, par ALAI

Cet article a initialement été publié en espagnol, et il fait partie d’un dossier intitulé Ressources naturelles et géopolitique de l’intégration sudaméricaine. Il a été traduit par Amélie Boissonnet, traductrice bénévole pour rinoceros .

L’analyse économique et politique des ressources naturelles nous conduit inévitablement à une question centrale du capitalisme contemporain : celle de la durabilité de l’environnement, de la nature et par extension, de la viabilité de la planète. L’écologie économique critique attire l’attention sur le caractère non durable du mode de production et de consommation actuel.

La « capitalisation de la nature » ne symbolise pas seulement sa marchandisation, elle ouvre aussi un nouveau champ d’accumulation et de valorisation qui se nourrit de la destruction accélérée des ressources naturelles qui, à travers un certain « droit à polluer », provoque des dommages irréversibles dans la biosphère. La théorie néoclassique prônait déjà la transformation de la nature en « capital naturel », à travers la création de droits de propriété privée qui offrent à leurs tenanciers la garantie d’une rente combinée avec une plus-value en capital (SERFATI, 2010, p. 47).

Au cours des dernières décennies, les matières premières et denrées alimentaires, appelées commodities, sont devenues un type d’actifs financiers à part entière. Ce processus de transformation se compose de trois éléments : 1. Les marchés des commodities sont devenus une sphère d’investissement pour le secteur financier en quête de bénéfices élevés après l’éclatement de la bulle internet, attirés par la promesse de profits considérables et rapides de même que par la perspective de diversification des portefeuilles. Pour les institutions financières non bancaires, les commodities ont joué un rôle similaire à celui du secteur immobilier pour les banques. 2. L’intégration des marchés de commodities, comme composante des marchés financiers, facilitée par la création de véhicules d’investissement destinés à la spéculation, comme les dénommés « marchés du futur ». Ceux-ci ont renforcé les liens entre les marchés de commodities et les marchés boursiers. 3. Le fort pouvoir d’attraction exercé par le marché des commodities sur les investisseurs financiers a été stimulé par la dérégulation de ce secteur.

Claude Serfati nous offre une définition assez précise du système financier globalisé qu’il est intéressant de réutiliser pour analyser, de manière plus précise, la nouvelle dynamique des ressources naturelles dans l’économie mondiale contemporaine.

On entend par système financier globalisé, l’ensemble des institutions et acteurs qui créent, centralisent et échangent des actifs financiers, et dont le fonctionnement est organisé sur la base de fortes interdépendances. Le système financier globalisé a progressivement acquis une place centrale dans l’organisation de l’économie mondiale, de même qu’il a exercé une influence déterminante dans les processus d’accumulation du capital, dans les trajectoires technologiques et dans les relations entre l’économie et la nature (SERFATI, 2010, p. 38).

En ce qui concerne la gestion économique des commodities, l’auteur définit trois catégories d’acteurs économiques : les « arbitragistes », directement intéressés par la vente ou l’acquisition de produits physiques ; les « spéculateurs traditionnels » qui prennent, en général, une position risquée que les arbitragistes rejettent ; et les « spéculateurs d’indice » (fonds de pension, fonds spéculatifs, compagnies d’assurance, banques, etc.) qui ne s’intéressent pas au produit physique mais seulement aux bénéfices potentiels. C’est la raison pour laquelle ces derniers adoptent généralement, une position d’acheteur et spéculent sur la hausse des cours, alimentant de cette manière une hausse permanente. La participation de ces « spéculateurs d’indice » dans le marché à terme n’a pas cessé de s’accroître : elle est passée de 7 % en 1998 à 40 % en 2008 alors que durant la même période, les « arbitragistes »sont passés de 79 % à 34 % et les « spéculateurs traditionnels », de 14 % à 36 %. C’est-à-dire que 66% des marchés à terme de commodities est aux mains des spéculateurs traditionnels et financiers.

La logique financière qui domine les marchés des commodities est la responsable directe de l’augmentation fictive des prix des denrées alimentaires et des matières premières enregistrée entre 2005 et 2008. Contrairement à ce que soutiennent les manuels d’économie, ce sont les prix futurs qui définissent les prix courants des commodities, et non l’inverse (SERFATI, 2010, p. 52).

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