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Dossier Forum social mondial : Dakar du 6 au 11 février 2011

L’information alternative au service des mobilisations politiques et sociales

Pourquoi ce séminaire ?

Participer à la construction d’un autre monde

Partout dans le monde, des groupes de citoyens, des organisations de base, des associations, des syndicats, des associations professionnelles, des militants, des politiques, des chercheurs, des mouvements divers, cherchent à construire un monde moins inégalitaire, cherchent des solutions pour briser les inégalités, cherchent à promouvoir des pratiques qui respectent l’environnement et la terre, car ils veulent mettre l’homme au cœur de l’économie et non l’inverse.

Le rôle des médias et de la communication

Médias indépendants, médias libres qui donnent la parole aux exclus, sites d’informations citoyens, journalistes promoteurs d’informations porteuses de transformation sociale, informations plurielles favorisant le débat public démocratique, actions de dénonciation de la répression, réseaux pour plus de visibilité des actions alternatives, communication en réseau pour faire contrepoids à la logique dominante qui laissent les médias traditionnelles décider de quoi on parle et de quoi on ne parle pas. Voilà le programme de ce séminaire : un état des lieux de ce qui existe aujourd’hui, des actions que nous devons poursuivre, et celles que nous pourrons mettre en œuvre ensemble (les alliances et les convergences).

La diffusion d’information pour favoriser le passage à l’acte de changement social

Comment informer le plus grand nombre de personnes sur nos continents, leur dire que ce monde tel qu’il est n’est pas inéluctable, qu’il n’est pas à accepter parce qu’il n’est pas acceptable, puisque fondamentalement inégalitaire et destructeur, et que le champ des possibles reste ouvert.

L’information au cœur de la démocratie

Ce travail d’information est primordial pour la construction d’un autre monde possible. L’information procède de la connaissance, de la compréhension des choses donc de la transparence, de l’éducation, de l’esprit critique et donc de la démocratie, question qui est au coeur de notre projet d’égalité.

L’information objet de pouvoir

Mais l’information a ses ombres, la répression, la désinformation, le populisme, l’utilisation partisane et guerrière, le tout propriétaire, la surveillance, la destruction des données virtuelles. C’est donc un objet de pouvoir d’où la prise en main des groupes de presse par des grands groupes financiers et politiques.
La liberté d’expression, la démocratisation de la « communication » (selon la définition latino américaine), le renforcement des médias libres, les sites pour un partage de la connaissance, l’open source…
Voici les enjeux de notre travail à tous. Dénonciation des atteintes aux droits humains, veille citoyenne, contre-expertise, lutte contre les monopoles de communication.

L’échange de pratiques, la valorisation de nos thèmes et nos expertises, la construction d’espace commun

Comment connaître mieux ce qui se fait ici ou là, comment profiter des avancées, comment s’allier pour donner plus de force à ces projets.
Aujourd’hui, avec les nouvelles techniques, nous avons une opportunité immense de prendre une place dans ce concert. Et d’aller plus loin que l’information pour communiquer de façon horizontale. Les exclus eux-mêmes prennent la parole avec des radio, des téléphones portables, Internet quand ils sont connectés. Il y a aussi l’enjeu des nouvelles formes de communication comme les réseaux sociaux.

Le travail en réseau pour avoir plus de poids

Travailler en réseau pour avoir plus de poids, pour être transnationaux tout en favorisant le fait que les acteurs locaux parlent de leur propre réalité, pour que le Nord ne confisque pas les paroles du Sud, et que cesse le monopole des médias monopolistiques.

Le déroulement du séminaire

1ère Session

La première session de l’atelier a fait un état des lieux du paysage médiatique sur 4 continents (Afrique, Amérique latine, Europe et Asie), pour voir quelle est la place disponible pour une « autre information », en marge des médias traditionnels.

Intervenants
Philippe Merlant, journaliste et fondateur de Reporters citoyens, une initiative pour la formation en journalisme de jeunes issus des quartiers sensibles de la banlieue parisienne. > Ecouter l’intervention
Sally Burch de l’Agence latinoaméricaine d’information (ALAI), organisme de communication basé en Equateur qui s’inscrit dans la lutte pour la démocratisation de la communication.
Rita Freire, éditrice pour Ciranda au Brésil, une organisation de communication partagée très liée aux processus des forums sociaux.
Alymana Bathily, coordonnateur de l’association mondiale des radios communautaires (AMARC) au Sénégal. > Ecouter l’intervention
Maris de la Cruz, de Network for Transformative Social Protection, aux Philippines, réseau qui travaille pour la dignité des personnes et le respect de leurs droits, qui travaille également sur la communication.
Mohammed Leghtas, du portail des sociétés civiles Maghreb/Machrek e-Joussour, basé au Maroc, accompagné de Mahmoud Adawy, vidéaste égyptien.


Pour ce premier tour de table-ronde, les constats convergent largement : si les législations en matière de droit à l’information et de liberté d’expression sont plus ou moins libérales selon les continents, on assiste partout à une marchandisation des médias. Qui a pour conséquence une vision uniforme du monde, présentée par des journalistes qui sont soumis à divers types de pressions et contraintes : puissances industrielles, financières ou politiques sont les propriétaires de la plupart des grands groupes médiatiques et exercent donc une influence sur les contenus, les restrictions budgétaires empêchent de plus en plus les journalistes d’aller sur le terrain et de faire du vrai travail d’analyse.

Tous les constats partagés sur cette pressurisation du milieu journalistique conduisent à donner une vision uniforme du monde dans les médias et du coup, conduisent à une défiance de plus en plus importante des citoyens par rapport à leurs médias qui ne sont plus perçus comme un contrepouvoir efficace.

Pour contrer cet état de fait, un nombre croissant de citoyens et organisations de la société civile s’attachent à construire une autre information, une information indépendante, plurielle et diversifiée.

Malgré un contexte difficile pour le droit d’informer et à être informé dans le monde, les nouveaux médias sociaux, communautaires, populaires, prennent une place croissante dans le champ informationnel.
Les radios communautaires se sont démultipliées en Afrique et permettent aux couches populaires et peu alphabétisées d’avoir accès à l’information ; les citoyens deviennent de plus en plus informateurs en temps réel grâce à l’utilisation des portables ; les sites d’information alternatifs se développent largement, portés notamment par les mouvements sociaux qui se sont rendus compte de la nécessité d’avoir leurs propres médias pour faire connaître leurs mobilisations.

Pour cloturer cette session de 3 heures, Mahmoud Adawy, vidéaste égyptien, a créé la surprise en venant parler de la révolution égyptienne en cours et du rôle des réseaux sociaux pour accélérer cette insurrection (voir la vidéo).

2ème session

En quoi les nouveaux médias, médias communautaires, sites d’information et médias sociaux peuvent renforcer et diffuser les mobilisations politiques et sociales ?

Intervenants

Mario Lutbekin, délégué général de l’agence de presse alternative IPS
Michel Lambert, du réseau Alternatives, Québec > Ecouter l’intervention
Renato Rovai, de la revue alternative Revista Forum, publiée à Sao Paolo, Brésil
Agnès Rousseaux, journaliste pour Bastamag, agence d’informations sur les luttes sociales et environnementales, France
Anne-Laurence Mazenq, journaliste pour Radio Grésivaudan, émise dans la région de Grenoble, France.
Fazila Farouk, directrice du portail d’information Sacsis en Afrique du Sud.

Pour cette 2ème partie du séminaire, de nombreuses initiatives autour de la création de sites d’information, de structures visant à démocratiser les médias, de radios communautaires, de projets de réseautage sur cette question d’une « autre information »... sont présentées.

La question de l’alliance avec les médias traditionnels suscite un débat contradictoire : alors que certains des intervenants pensent que les acteurs des médias alternatifs doivent créer des passerelles avec les « grands médias », d’autres pensent que les objectifs et les cultures de chacun de ces types de médias sont trop divergeants et qu’il faut plutôt renforcer l’assise des supports alternatifs pour accélérer les luttes sociales et politiques.

Pour peser plus dans le débat public et créer des passerelles et du réseautage entre acteurs investis dans le champ de l’information alternative, une idée revient à plusieurs reprises : on ne peut pas décréter qu’il faut travailler ensemble. Il faut apprendre à se connaître, à développer une culture du travail commun. De nombreux acteurs présents à la table ronde travaillent déjà dans ce sens, en reprenant les articles qui sont écrits sur les portails de leurs partenaires.

Un des principaux enjeux qui va préoccuper les acteurs de l’information dans un avenir proche est celui du modèle économique : quel modèle construire pour que les sites d’information puissent se pérenniser tout en restant dans une logique « alternative », en n’ayant pas recours aux moyens de financement traditionnels (pub, recettes du lectorat...) ?

Les intervenants relèvent un autre enjeu fort : faire entrer le sujet de la communication (au sens latino-américain du terme : on communique à plusieurs, l’information est à voie unique, le droit à communiquer est donc la liberté d’informer et d’être informé) comme un débat au coeur de la société civile et pas un débat juste entre communicateurs. L’idée d’une réunion internationale autour de cette question émerge...

3ème session

Quelles convergences, quelles alliances possibles pour que les échanges d’information soient au service de la justice sociale ? Quelles propositions concrètes pour la pérennisation de ces sites et pour leur assurer une visibilité ?

Débat avec la salle pour émettre des propositions en vue de l’assemblée de convergence qui va suivre.

Plusieurs préoccupations ressortent au fil des discussions :

- la nécessité que nos mouvements pour la démocratisation de la communication s’insèrent plus largement dans les mouvements sociaux ;

- la nécessité de construire une sorte d’ « économie solidaire de la communication »

- peut-on proposer une cartographie des sites d’information alternatifs et des médias sociaux déjà existant à travers le monde ?

- la nécessité d’inclure toujours plus les citoyens, à travers les radios locales, à travers la formation des populations aux nouvelles technologies, en aidant les gens à adopter une posture critique vis-à-vis des contenus véhiculés dans les médias traditionnels, en renforçant les creatives commons...

- le devoir de protection de tous les journalistes et producteurs d’information.

Deux propositions très concrètes ont finalement été retenues :

- pour discuter de tous ces sujets liés à la communication, il faut organiser un forum médias libres (à l’image de celui organisé à Belém en 2009) en 2012.

- rédiger une déclaration pour montrer que le thème de la communication, auparavant plutôt marginal au sein des processus des forums sociaux, revêt une importance capitale et que nous, mouvements sociaux de communication, allons nous engager sur un certain nombre de points par rapport à cette thématique et développer nos actions.
Pour consulter les vidéos du séminaire

Ce séminaire a été suivi en France dans le cadre du Dakar étendu

- Paris - Locaux de la Fondation Charles Léopold Mayer
- Evry - Maison du Monde
- Tours - CID-MAHT
- Limoges - Maison des Droits de l’Homme
- Trappes - E-Graine

La déclaration de l’Assemblée de convergence pour l’action

La vidéo
www.arcoiris.tv/...

Le texte
www.rinoceros.org/article10235.html

Propositions d’action en sept axes principaux
Lire le texte (pdf)

A écouter

Les interventions du séminaire sont disponibles à l’écoute :
Série d’interventions Séminaire Médias Citoyens - FSM Dakar 2011

Des médias pour un autre monde possible
Emission de Radio Grésivaudan
www.radio-gresivaudan.org...

Reporters mais pas seulement
Emission de Radio Grésivaudan
www.radio-gresivaudan.org/...

Commentaires

Séminaire organisé dans le cadre du FSM, à Dakar, le 8 février 2011 par Ritimo (France), Intervozes (Brésil), E-Joussour (Maroc), Sacsis (Afrique du Sud), Ciranda (Brésil), Pambazuka (Afrique), ALAI (Equateur).

Infos complémentaires

Provenance ritimo

Type de document article