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L’information à l’heure du numérique : Nouveaux médias contre anciens ?

, par RITIMO

Cet article, extrait du Guide "S’informer, décrypter, participer : Guide pour s’orienter dans le brouillard de l’information" publié en mars 2016 par Ritimo, est le second d’une série mensuelle.

La presse gratuite et les médias numériques ont porté un coup aux médias traditionnels, notamment à la presse écrite. Avec l’accès gratuit (sur papier ou en ligne), de nombreux citoyens se contentent désormais d’être renseignés par une information « prête à consommer » trouvée sur Internet ou sur leur gratuit du matin. Comme ils ne sont pas obligés de payer pour accéder aux actualités, ils ne se sentent pas prêts à payer pour avoir accès à des articles d’analyse, des enquêtes et reportages plus élaborés et mieux rédigés.

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Dessin Bearboz / Ritimo

D’autre part, de nombreux acteurs autres que les journalistes racontent désormais le monde : chacun peut fabriquer sa propre information, notamment localement, et la rendre accessible sans coût sur le web. De ce point de vue, le rôle de « journalisme de proximité » a moins besoin d’être tenu par un professionnel extérieur, car l’information locale passe davantage par le voisinage, le cercle de connaissances, la famille. Ainsi largement concurrencée par l’information des citoyens, l’information journalistique se trouve dévalorisée. La baisse des ventes de la presse écrite traditionnelle s’est accompagnée d’une diminution des recettes publicitaires : en temps de crise, les annonceurs en difficulté préfèrent se tourner vers le secteur du web, plus porteur. Ainsi, les revenus publicitaires de Google en 2012 ont dépassé ceux de l’ensemble de la presse papier aux États-Unis pour la même année ! Les télévisions et radios françaises n’ont pas échappé à cet assèchement des recettes publicitaires.

L’expansion du numérique a donc accentué la crise économique que les médias traditionnels traversaient depuis une vingtaine d’années, notamment celle de la presse. Et pas seulement en France : entre 1990 et 2009, 224 quotidiens états-uniens ont mis la clé sous la porte. De nombreux médias ont abandonné le papier pour miser sur des contenus Internet, sans pour autant que les abonnements payants proposés sur tablettes ou en ligne ne compensent l’effondrement des ventes papier et de la publicité.

Alors, doit-on donner raison aux oiseaux de mauvais augure qui prétendent depuis une décennie déjà que la presse écrite va disparaître ? Cette hypothèse paraît peu vraisemblable. A l’heure de la surabondance d’informations et de la multiplicité des sources, il existera toujours un public exigeant de filtrer l’information, de chercher une information enrichie et contextualisée et sourcée que l’on trouve sur certains sites indépendants, alternatifs mais aussi dans la presse papier.

Le journalisme fait face à de nouveaux défis et il devra nécessairement s’adapter en se réinventant, en jouant des complémentarités entre web et papier, en fournissant une information plus originale, participative et exigeante.

Journalisme 2.0

Qu’est-ce qu’un journaliste ? Légalement, c’est celui qui détient la carte professionnelle. Dans la pratique, c’est un médiateur, un passeur qui transmet dans les médias un événement ou des idées auprès de publics. Son métier est encadré par des textes internationaux et toute une série de règles qui doivent permettre d’éviter les erreurs, les contresens, les attaques, les manquements au respect de la vie privée et qui constituent ce qu’on appelle la déontologie... Au-delà de recueillir, vérifier et commenter des faits, le journaliste doit s’attacher à les rendre lisibles pour son auditoire ou son lectorat. Ces dernières années, le métier de journaliste a beaucoup évolué.

Première conséquence de la crise et d’une information fabriquée à moindre coût : les journalistes doivent produire plus, avec moins de moyens. De nombreuses rédactions se sont vidées de leurs effectifs, certains métiers ont même quasiment disparu, comme celui de correspondant à l’étranger. Les moyens ont été réduits de façon drastique, portant un coup supplémentaire au travail sur le terrain. Ernest Hemingway ne fait plus rêver !

Heureusement, le journaliste 2.0 tombe à pic puisqu’il remplace à lui seul tous les maillons de la chaîne d’information ! Il est capable de tout faire : il sait écrire, éditer, prendre et traiter du son, monter de la vidéo, mettre en page et possède une grande maîtrise des outils de diffusion de l’information. C’est une personne pressée et sollicitée : elle doit fournir l’information de façon instantanée (sans oublier de la vérifier !) pour ne pas s’en faire voler la primeur, éditorialiser et hiérarchiser son information pour faire en sorte qu’elle soit lue par le plus grand nombre, répondre aux questions et commentaires des internautes (par exemple dans le cadre de Live, où les citoyens peuvent interroger le journaliste sur l’information mise en ligne), promouvoir l’activité de son média sur les réseaux sociaux…

L’accumulation de travail, les délais à flux tendus, le manque de compétences techniques, la lassitude et les bas salaires ont découragé un certain nombre des anciens tenants de la profession. Seule la jeune génération de journalistes, familière avec les technologies, semble pouvoir remplir sans trop de malaise les règles du journalisme 2.0.
Un point positif : Internet facilite le travail de recherche et l’accès à l’information.
« Aujourd’hui, grâce à Internet, nous n’avons plus besoin d’aller à l’Assemblée nationale pour trouver des rapports parlementaires », explique Ivan du Roy, journaliste et fondateur du média en ligne Basta ! Les journalistes peuvent être également appuyés par leurs lecteurs qui apportent des éléments dans les commentaires en ligne.

Mais à quelques exceptions près, le temps gagné sur la recherche d’informations n’a pas vraiment profité à l’investigation et au recoupement des sources, les sites d’info en ligne continuant de « suivre le mouvement » et de reprendre les dépêches sans mener leur propre enquête.

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