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Dossier Colombie, une paix fragilisée par l’impunité

L’implication de la société civile dans la pacification du pays

, par BIOFORCE

Marche pour la paix. Agencia Prensa Rural, prise le 13 août 2011 (CC BY-NC-ND 2.0)

La signature de l’accord de paix le 30 novembre 2016 entre les FARC et le gouvernement du président Santos a permis au pays de faire un pas significatif vers la paix. Mais il existe des freins à la mise en place d’une paix durable, notamment la victoire du « Non » au referendum du dimanche 2 octobre 2016 marqué par une forte abstention (63 %) et qui a montré la polarisation de la société colombienne. Pour une grande partie des organisations sociales, le fort taux d’abstention dans les zones rurales, généralement acquises aux FARC, est dû à l’absence de communication et d’espaces de débats entre le peuple et le gouvernement. Le principal reproche émis par les associations colombiennes, comme la Fondation Nydia Erika Bautista, organisation de défense des droits humains, est que le processus des négociations n’a été réalisé qu’entre les politiques et les dirigeants des FARC sans consultation avec le peuple.

Les organisations de la société civile colombienne travaillent depuis le début du conflit à une paix durable et juste. Si la majorité de ces dernières ont soutenu les négociations entre les FARC et le gouvernement car elles représentent une opportunité historique, cela a généré des sentiments contrastés, le gouvernement colombien ayant refusé à de nombreuses organisations leur participation à ces pourparlers ou certaines organisations invitées à la Havane s’étant senties manipulées par les politiques. Lors des négociations à Cuba, la société civile colombienne n’a pu lancer le débat sur la création d’un nouveau modèle économique dans la gestion des territoires anciennement gérés par les FARC. Ces zones risquent de passer sous le joug de grands propriétaires terriens ou de rester dans les mains des ex-paramilitaires sans que la population locale ne puisse avoir son mot à dire. Cela pourrait dégénérer en conflits territoriaux et en répression sociale dans les territoires concernés.

Mais, même si la voix du monde associatif n’a pas été suffisamment prise en compte, des propositions apportées par la société civile ont tout de même été intégrées dans l’accord : la mise en place d’une justice transitionnelle, les questions de réforme rurale ou de violences sexuelles faites aux femmes. Les crimes sexuels commis pendant la guerre civile ne pourront pas faire l’objet d’amnistie ou de grâce.

Des militants des droits humains en danger

En 2018, l’accord de paix a encore du mal à être appliqué sur le terrain, notamment au vu du nombre important d’homicides et de violences dont les principales victimes sont les indigènes, les Afrocolombiens, les petits paysans et les défenseurs des droits humains.

Selon Amnesty international, en 2017, les crimes ont augmenté de plus de 30% par rapport à 2016 perpétrés contre des dirigeants communautaires des défenseurs du droit à la terre, des territoires et de l’environnement, et des personnes mobilisées en faveur de la signature de l’accord final avec les FARC. Le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a comptabilisé 105 tués parmi les militants des droits humains en 2017.

Du fait de l’absence de la mobilisation de l’Etat, il est encore difficile de mener des enquêtes pour arrêter les meurtriers et les auteurs des violences dont les principales cibles sont les leaders ruraux. Historiquement, les militants de tout bord étaient menacés par les paramilitaires mais, depuis la signature de la paix, les défenseurs des droits travaillant autour des questions foncières et environnementales sont considérés comme une menace par les acteurs économiques et les politiques régionaux qui veulent s’approprier les territoires laissés par la guérilla.

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