L’émergence de la Chine comme grand consommateur et producteur mondial de minerais

Par Monica Bruckmann

, par ALAI

Cet article a initialement été publié en espagnol, et il fait partie d’un dossier intitulé Ressources naturelles et géopolitique de l’intégration sudaméricaine. Il a été traduit par Anne Le Meur, traductrice bénévole pour rinoceros.

Une analyse géopolitique suffisamment approfondie ne peut éluder un phénomène émergent dans la dynamique globale des ressources minérales non combustibles et combustibles : depuis les années 1990, la Chine est apparue comme un grand consommateur et un grand producteur mondial de ressources minérales. C’est exactement dans cet ordre : producteur et consommateur. L’analyse historique des chiffres montre que la Chine augmente notablement sa production de ressources minérales afin de répondre à sa demande intérieure et aux besoins de son modèle de développement et d’industrialisation. Car ce n’est pas pour assurer les besoins des économies centrales que la consommation de ses réserves s’accroît. Plus tard, nous montrerons des chiffres qui en témoignent.

À partir du système d’analyse des cycles des minerais en relation avec les étapes de développement évoquées ci-dessus, on peut observer que l’étape de l’infrastructure en Chine commence en 1990 (voir graphique 8), avec l’augmentation rapide de la consommation de ciment (de 200 millions de tonnes métriques en 1990 à presque 500 millions de tm. en 1995 et à 800 millions de t m. en 2003). Cinq ans après, en 1995, comme l’étape de l’industrie légère, avec l’accroissement rapide de la consommation de cuivre (voir graphique 9) : environ 1,2 million de tm. en 1995, 2 millions de tonnes en 2000 et plus de 3,5 millions de tonnes selon les estimations pour 2005. En l’an 2000, c’est au tour de l’industrie lourde, avec un essor rapide de la consommation d’aluminium, de fer et d’acier (voir graphiques 10, 11 et 13). Si l’on tient compte du fait que chaque étape de développement, analysée selon la consommation intensive de minerais, s’étale sur une vingtaine d’années et que le cycle complet de chaque minerai dure entre trente et quarante ans, nous pouvons prévoir sur combien de temps cette consommation intensive de minerais va impliquer activement l’Amérique Latine, tant au niveau de sa capacité de production que de ses réserves mondiales.

Même lorsque, au cours des vingt dernières années, la Chine est devenue le principal producteur mondial d’un grand nombre de minerais nécessaires à sa consommation intérieure, cette production ne répond pas totalement à sa demande croissante. Dans le cas du cuivre, la Chine produit presque autant qu’elle consomme ; cette production se fait à partir de bauxite et d’aluminium importés, en grande partie, des pays latino-américains.

Déjà en 2003, selon les données de la production minière, la Chine se plaçait au premier rang des producteurs mondiaux de charbon (45 % de la production mondiale), de ciment (42 %), de fluorite (55 %), de terres rares (85 %), d’aluminium (18 %), d’antimoine (89 %), de magnésium (45 %), d’acier (23 %), d’étain (32 %), de tungstène (83 %) et de zinc (22 %). Pour les minerais suivants, la Chine se trouve parmi les cinq premiers producteurs mondiaux : cuivre (2e place, 12 %), or (4e place, 8 %), plomb (2e place, 18 %), molybdène (3e place, 24 %). Une analyse plus approfondie de la production et de la consommation de la Chine dans le domaine des minerais stratégiques peut nous éclairer davantage sur le potentiel des relations commerciales à long terme avec l’Amérique latine. En outre, elle peut être une information importante pour l’élaboration de politiques régionales dans le contexte des processus d’intégration qui sont en cours dans la région.

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