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L’agroécologie est-elle une alternative crédible à l’agriculture productiviste ?

Introduction

, par CDTM-Monde Solidaire La Flèche

L’agriculture productiviste a atteint les limites d’une logique mortifère faite de pressions sur les terres et les ressources, aggravant les inégalités, augmentant les conflits ruraux, détruisant les écosystèmes, excluant des paysans des « bénéfices » de la mondialisation, et contribuant de façon importante au changement climatique, sans apporter pour autant une réponse suffisante à l’accès à une alimentation suffisante et de qualité pour tou.te.s. A l’opposé, l’agroécologie permet d’optimiser, à moindre coût, les exploitations familiales et les savoirs paysans et échappe à la mainmise des multinationales sur le système alimentaire, en évitant l’emploi d’intrants externes. Elle devient ainsi un instrument de transformation sociale en milieu rural et constitue un levier puissant pour une réelle souveraineté alimentaire.

Un système agricole productiviste destructeur

Après la seconde guerre mondiale, dans les pays développés puis dans nombre de pays en développement, s’est mis en place un système agricole productiviste qui maximalise les rendements grâce à la mécanisation, à l’utilisation d’intrants (engrais chimiques, pesticides, semences améliorées) et à l’irrigation massive. Ce modèle a fait exploser les rendements mais avec des conséquences désastreuses sur les ressources en eau, la qualité des sols, la biodiversité et le climat.

L’emploi massif d’engrais azotés et de pesticides ainsi que les effluents d’élevage ont pollué les eaux de surface et les nappes phréatiques. En France, selon les chiffres du ministère de l’Écologie et du Développement durable, plus de la moitié des eaux de surface sont dans un état écologique moyen, médiocre ou mauvais. En Bretagne, ces produits sont aussi responsables de la prolifération d’algues vertes nocives sur le littoral [1].

Les champs de colza. Photo prise le 19 avril 2014 par Etienne Valois (CC BY-NC-ND 2.0)

Ce système agricole dégrade également les sols. En effet les labours intensifs, les monocultures, l’abattage des haies ont pour conséquence de faciliter l’érosion qui provoque une baisse de la fertilité des sols ; celle-ci est aussi due au compactage des sols provoqué par les passages fréquents de machines et à la salinisation de certains sols mal irrigués. On estime que pendant la seconde moitié du XXème siècle, les 2/3 de la superficie agricole mondiale se sont dégradés.

L’agriculture industrielle porte aussi atteinte à la biodiversité agricole. Un rapport de la FAO (Food and Agriculture Organisation) paru en 1996 constate que les 3/4 de la diversité génétique des espèces cultivées ont disparu au cours du XXème siècle. En effet, l’agriculture industrielle se cantonne à la production d’un nombre d’espèces très limité : actuellement 30 espèces végétales procurent 90% des calories consommées dans le monde, dont environ la moitié fournies par le maïs, le blé et le riz. Il s’agit surtout de variétés à haut rendement élaborées par des agronomes et des généticiens en laboratoire et non plus par des paysans ; ces espèces sont presque les seules à être sur le marché. En effet, la législation de plusieurs pays, dont la France, n’autorise plus les agriculteurs à acheter d’autres semences que celles, peu nombreuses, accréditées par les pouvoirs publics et qui sont surtout produites par les transnationales de l’industrie semencière (Monsanto, Syngenta). A titre d’exemple, avant la seconde guerre mondiale, en France, on cultivait 600 variétés de blé, aujourd’hui seules restent quelques dizaines dont une vingtaine occupe la moitié des superficies consacrées à cette céréale.

Plus largement, la majorité des pratiques de l’agriculture industrielle, destruction des "mauvaises herbes" et des nuisibles, diminution des rotations, destruction des bois et haies, épandage non ciblé de produits chimiques, sont des facteurs de réduction de la biodiversité globale de la planète.

D’autres ressources sont aussi menacées : l’eau et les hydrocarbures. Durant la seconde moitié du XXème siècle, les surfaces irriguées ont doublé , passant de 150 à 300 millions d’hectares. L’essor de l’élevage industriel et des agrocarburants accentue aussi la pression sur l’eau ; il faut environ 2500 litres d’eau pour produire un litre d’agrocarburant et 13500 pour un kilo de viande. En outre, l’agriculture industrielle dépend fortement du pétrole pour la fabrication des engrais et des produits phytosanitaires, pour faire tourner les machines et les pompes d’irrigation dans les fermes et pour les transports des produits agricoles.
Et ces activités émettent des gaz à effet de serre (GES). D’après le GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), l’agriculture accélère le réchauffement climatique, en étant responsable d’environ 33% des émissions totales de GES, bien avant l’industrie. Ces 33% se décomposent en 14% pour l’agriculture industrielle et 19% pour la déforestation. Selon la FAO, les émissions de GES liées à l’agriculture ont doublé au cours des 50 dernières années ce qui s’explique par le recours massif aux engrais de synthèse et au développement de l’élevage industriel.

Par ailleurs, dans le monde entier, l’agriculture industrielle occupe des superficies de terre croissantes, conquises sur les forêts ; selon les données de l’université du Maryland, durant l’année 2014, les forêts ont reculé de 180 000 km2 soit environ deux fois la superficie du Portugal, surtout au profit de l’agriculture à laquelle on peut imputer de 70 à 90% de la déforestation mondiale. Une grande partie de l’espace forestier est ainsi transformée en prairie et une autre partie est utilisée pour la culture de plantes fourragères.

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