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Face au changement climatique, nous n’en faisons pas assez

Tribune de médias d’Amérique latine

Aujourd’hui, à l’heure où l’Amazonie se trouve menacée par des discours politiques qui cherchent à remettre en question les preuves scientifiques du réchauffement climatique, nous, Ojo-Publico.com et 26 autres médias d’Amérique latine, écrivons cette tribune éditoriale qui renouvelle notre engagement à approfondir sur ses impacts et ses défis.

Bras de rivière dans l’Amazonie @AmazôniaReal (CC BY 2.0)

Où que l’on regarde aujourd’hui dans le monde, on y voit des signes du désastre environnemental. Dans l’atmosphère, nous avons émis des millions de tonnes de CO2 qui sont en train de provoquer un réchauffement de la température moyenne mondiale et qui pourrait dépasser le seuil des 2 degrés à la fin du siècle. Dans les océans, cet excès de dioxyde de carbone augmente l’acidité des eaux et détruit les récifs coralliens, mettant en danger leur existence même. Dans ces eaux, à notre grande honte, flotte une île de plastique grande comme trois fois la France, d’où sont également extraites tous les jours par l’industrie de la pêche des tonnes d’espèces marines.

L’impact de l’homme et l’extraction des ressources continuent sur terre. Nous sommes en train de détruire les forêts à un tel rythme que nous libérons encore plus de CO2 dans l’atmosphère de la planète, nous modifions les structures des pluies, nous réduisons la biodiversité, nous piégeons les populations autochtones qui vivent sur ces territoires depuis des siècles et nous effaçons pour toujours des espèces de plantes et d’animaux que la science n’a même pas eu le temps de connaître et d’observer. En Amazonie, les bandes criminelles empoisonnent les rivières avec des tonnes de mercure pour y extraire l’or qui finit par alimenter les raffineries d’Europe, d’Asie et des États-Unis.

Notre espèce est en train de détruire les arbres et les animaux avant même que nous n’ayons pu les découvrir et nous émerveiller devant eux. Les insectes, début de la chaîne alimentaire de beaucoup d’êtres vivants, disparaissent, entraînant des conséquences terribles.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, depuis 1990 l’utilisation de combustibles fossiles a augmenté. Tandis que la production de pétrole a progressé plus lentement entre 1990 et 2017, la production de charbon a été multipliée par deux sur la même période, principalement en Chine. Même les investissements dans l’énergie propre ont été réalisés dans une logique purement économique et un parfum de corruption. Une étude publiée en 2017 dans la revue scientifique Plos One prévoit que la construction de seulement six barrages pourrait changer le cycle de vie du bassin amazonien. Nous sommes en train de créer une apocalypse dont nous serons prochainement les victimes.

« Notre espèce est en train de détruire les arbres et les animaux avant même que nous n’ayons pu les découvrir et nous émerveiller devant eux »

Le naturaliste britannique David Attenborough (Angleterre, 1926) résume cette situation clairement : « Nous faisons actuellement face à un désastre créé par l’homme à l’échelle mondiale, notre plus grande menace depuis des milliers d’années est le changement climatique. Si nous n’agissons pas, l’effondrement de nos civilisations et l’extinction d’une grande partie du monde naturel sont en perspective. »

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié il y a quelques mois, nous avertit sur l’imminence de la catastrophe si nous ne faisons pas quelque chose aujourd’hui. Le document élaboré par le groupe de scientifiques le plus important du monde comporte des messages à l’intention de tous, des gouvernants au dernier citoyen lambda : chaque petite hausse de la température compte, chaque année compte, chaque décision que nous prenons aura des conséquences dans un futur proche. Nous avons moins de 10 ans pour mettre fin à l’actuelle intensité avec laquelle nous émettons des gaz dans l’atmosphère. Les diagnostics ne valent plus grand-chose. Jusqu’aux chiffres et aux rapports dont nous disposons, la planète est saturée. Il est temps d’agir en partant des preuves.

Mais chaque être humain sur la planète a également une responsabilité. Pendant qu’un jeune hollandais invente une méthode pour collecter le plastique des océans, des dizaines d’écologistes et de leaders autochtones sacrifient leur vie chaque année pour la protection des forêts et autres ressources naturelles à travers le monde. Quelques entrepreneurs redonnent de l’espoir en bouleversant les manières traditionnelles de faire du commerce et en intégrant la nature dans leurs comptes et leurs bilans. Dans les laboratoires, les manières de produire de l’énergie sont réinventées, de la fusion nucléaire qui imite la puissance du Soleil aux panneaux solaires dernière génération et aux moteurs à hydrogène. Nous voyons également renaître des pratiques disparues, pourtant simples, comme l’utilisation de fibres naturelles pour remplacer des matériaux non biodégradables.

« L’heure d’agir est arrivée et le journalisme doit être capable de faire voyager à cette vitesse les actions nécessaires »

Le journalisme n’est pas une profession en marge de cette responsabilité. Nous, journalistes de tout le continent, affirmons notre engagement profond pour comprendre, à partir de la science, que la planète entière doit s’orienter vers un modèle de croissance et de développement différent. Un changement qui sera sans aucun doute traversé par des conflits, mais également par de nouveaux espoirs et de nouvelles possibilités. Derrière les migrations massives qui apparaissent tous les jours sur nos sites et nos écrans, derrière les protestations des Gilets jaunes à Paris et le négationnisme prétentieux de certains dirigeants internationaux, semble se manifester le même phénomène : une société mondiale qui s’adapte face au plus grand défi à relever depuis que les premiers hommes sont apparus en Afrique il y a 300 000 ans.

L’engagement du journalisme vis-à-vis de ce moment est historique. Il est nécessaire de nous remettre en question et de nous demander si nous en faisons réellement assez. Comme jamais auparavant dans l’histoire, nous disposons des meilleurs outils pour communiquer des informations à l’échelle mondiale et à une vitesse aussi rapide que celle de la lumière. L’heure d’agir est arrivée et le journalisme doit être capable de faire voyager à cette vitesse les solutions et les actions nécessaires afin de mettre fin à la catastrophe dont nous sommes déjà prévenus. Le temps presse.
 
Les médias signataires
Ojo-Publico.com (Pérou), InfoAmazonia (Brésil), Mongabay Latam, El Espectador (Colombie), Semana Sostenible, Cuestión Pública (Colombie), Distintas Latitudes, Lado B (Mexique), El Surtidor (Paraguay), El Deber (Bolivie), Correo del Caroní (Venezuela), GK (Équateur), La Mula (Pérou), El Desconcierto (Chili), Onda Local (Nicaragua), Actualidad Ambiental (Pérou), Wayka (Pérou), Red de periodistas de a pie (Mexique), Zona Docs (Mexique), Trinchera (Mexique), Raíchali (Mexique), Claves 21 (Argentine), Runrunes, El Pitazo.com, TalCualDigital (Venezuela), Red Ambiental de Información (Bolivie) et Connectas.

Lire l’article original en espagnol (ou en anglais) sur le site de Ojo-publico

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