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Intelligence collective

L’intelligence collective est « la capacité d’un groupe de personnes à collaborer pour formuler son propre avenir et y parvenir en contexte complexe [1] » ou en d’autres termes, l’aptitude d’une « communauté » de valeurs, de pratiques ou d’intérêts, à mobiliser des compétences et à coopérer pour créer, innover, inventer. L’hypothèse est que la faculté de création et d’apprentissage d’un groupe est supérieure à celle des individus isolés.
L’époque actuelle, caractérisée par l’essor des TIC et des Médias sociaux peut constituer le passage à l’Intelligence collective globale, dont l’une des conditions de mise en place dépend de l’Holoptisme. Dés lors, si comme le soutient Pierre Lévy, ces pratiques nouvelles de l’intelligence collective ouvrent la voie à une décentralisation du savoir et des pouvoirs, elles ne peuvent que devenir partie intégrante du projet démocratique de mouvements de citoyens à l’échelle mondiale.

Définition développée

Selon Jean-François Noubel, « (…) depuis quelques années, l’Intelligence Collective devient une discipline, avec son cadre théorique, son savoir-faire pratique, ses domaines de recherche, ses méthodologies, son heuristique. Elle vise à maximiser le potentiel d’action et de liberté des collectifs humains dans un contexte où la plupart des challenges que nous rencontrons semblent trop complexes à résoudre, du moins avec nos organisations présentes. L’Intelligence Collective développe les leviers d’une gouvernance universelle, la maîtrise du pilotage dans les météos capricieuses de la complexité » et « constitue le fondement de ce qu’on appelle les économies à somme positive [2] ».
Le même auteur distingue l’Intelligence collective originelle [dont les caractéristiques sont : « Emergence d’un Tout, holoptisme, contrat social, architecture polymorphe, objets-liens en circulation, organisation apprenante, économie du don… », cf. Jean-François Noubel, Ibid.]], l’Intelligence collective en essaim (que l’on retrouve dans certaines meutes animales ou chez certains insectes, comme les fourmis, les abeilles, etc.), l’Intelligence collective pyramidale (qui caractérise nos organisations sociopolitiques actuelles) et enfin, l’Intelligence collective globale, dont les douze points sont détaillés par Thanh Nghiem [3].

Schéma : de l’Intelligence collective originelle à l’Intelligence collective Globale :

Noubel insiste ainsi sur le potentiel des NTIC pour une telle discipline : « Le mouvement du logiciel libre et open source, et les technologies de l’Internet en général, n’ont pas ces contraintes hiérarchiques et territoriales [par rapport à l’intelligence collective pyramidale, caractéristique de nos organisations et institutions actuelles, ndlr]. C’est donc majoritairement dans le cyberespace que se fabrique aujourd’hui l’essentiel des technologies de l’Intelligence Collective [4] »
Wikipédia propose enfin un résumé des caractéristiques, des conditions et des limites de l’intelligence collective :

« Les caractéristiques de l’intelligence collective sont, pour les plus simples d’entre eux :
- Une information locale et limitée : Chaque individu ne possède qu’une connaissance partielle de l’environnement et n’a pas conscience de la totalité des éléments qui influencent le groupe.
- Un ensemble de règles simples : Chaque individu obéit à un ensemble restreint de règles simples par rapport au comportement du système global.
- Des interactions sociales multiples : Chaque individu est en relation avec un ou plusieurs autres individus du groupe.
- Une structure émergente utile à la collectivité : Chaque individu trouve un bénéfice à collaborer (parfois instinctivement) et sa propre performance au sein du groupe est meilleure que s’il était isolé.

[…] L’intelligence collective dans une société humaine provient d’interactions plus complexes répondant à diverses conditions citées ci-après.
- Une communauté d’intérêt
- Une libre appartenance :
Une adhésion fondée sur des buts communs.
Une confiance mutuelle entre les membres.
- Une structure horizontale :
Des règles (tacites ou explicites) identiques pour tous les membres.
Une organisation dynamique : la répartition des rôles est fondée sur le volontariat et la complémentarité des compétences.
- Une gestion collective :
Autonomie des membres : chacun est responsable de sa propre action.
Les décisions stratégiques sont basées sur le vote ou sur le consensus.
- Un espace collaboratif
- Des outils de coopération :
Un réseau de communication permettant l’interaction entre tous les membres.
Des interfaces facilitant la coordination des actions : procédures, normes, standards.
- Un système d’information
Un accès total et en temps réel à l’information pour l’ensemble de la communauté.
Une vue synthétique et contextuelle de la situation pour chaque membre.
- Un processus d’apprentissage
Un système de régulation : évaluation, contrôle, optimisation, correction des erreurs.
Constitution d’un corpus de connaissances : archivage, indexation de l’information.
Partage d’expériences et de pratiques, émergence d’une conscience commune.

[…] L’intelligence collective est ainsi limitée par des effets de groupe (conformisme, crainte, fermeture, absence de procédure, homogénéité idéologique), au point que l’individu seul peut parfaitement être plus intelligent que tout un groupe car, il conserve mieux sa pensée critique seul que sous l’influence du groupe [5] »

Exemples

« La notion d’intelligence collective tend de même à prendre une importance notable dans le cadre très large de l’économie de la connaissance. C’est le cas avec le développement des communautés (voir notamment Communauté de pratique). En organisation, le management de/par projet depuis les années 1960 est une illustration. Les développements technologiques du Web 2.0 ou encore du Web sémantique permettent le développement d’une intelligence collective sur Internet. Des outils tels que les wikis, les social bookmarks, les moteurs sociaux de recherche favorisent l’échange et le partage de connaissance en s’appuyant sur la mutualisation du travail (rédaction, recherche d’information, expertise) de tout un chacun ».
Entrée Intelligence collective sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_collective

Historique de la définition et de sa diffusion

« En fait, la discipline de l’Intelligence Collective s’inscrit fondamentalement dans le vaste mouvement de décloisonnement qui anime la pensée de ce nouveau millénaire. Matière, vivant, esprit – physiosphère, biosphère et noosphère – représentent les grandes étapes de l’évolution de l’univers vers toujours plus de complexité et toujours plus de conscience, où tout est relié à tout, où chaque chose possède à la fois une dimension intérieure (qui s’interprète), une dimension extérieure (qui se perçoit), une dimension individuelle (l’agent) et une dimension sociale (les populations, les sociétés) [6].
Ainsi la science de l’Intelligence Collective a pour objet l’étude et l’optimisation des propriétés émergentes intérieures-subjectives et extérieures-objectives des collectifs, et ce dans le but d’augmenter leur capacité d’existence, d’évolution et de plénitude. Ce faisant, elle invente les outils d’une gouvernance universelle (globale, locale, transversale, transculturelle…) tout en développant aussi des savoir-faire pratiques et immédiats pour les organisations d’aujourd’hui à travers une éthique de la collaboration [7]

Utilisations et citations

« Les problèmes qui existent dans le monde aujourd’hui ne peuvent être résolus par le niveau de pensée qui les a créés » Albert Einstein [8]

« Les grands enjeux de l’humanité ne sont pas la faim, la pauvreté, le développement durable, la paix, la santé, l’éducation, l’économie, les ressources naturelles... mais notre capacité à élaborer de nouvelles organisations capables de les résoudre. Notre enjeu principal est l’intelligence collective [9] ».

« Le problème de l’intelligence collective est de découvrir ou d’inventer un au-delà de l’écriture, un au-delà du langage tel que le traitement de l’information soit partout distribué et partout coordonné, qu’il ne soit plus l’apanage d’organes sociaux séparés, mais s’intègre au contraire naturellement à toutes les activités humaines, revienne entre les mains de chacun ».
Pierre Lévy – L’Intelligence Collective [10]

Selon Thanh Nghiem, l’intelligence c’est « la capacité que l’on a à se connecter selon les sujets, donc on peut avoir une intelligence émotionnelle, spatiale, kinesthésique […] le Web 2 est l’endroit où l’on a le plus vu ce genre de phénomène, récemment avec la Tunisie et l’Egypte (...) [11]. Toujours selon elle, « Nous sommes appelés à être tous de perpétuels étudiants-enseignants-chercheurs » [12].