Hemedti : l’homme le plus puissant du Soudan

, par The Continent

Mohamed Hamdan Dagalo a transformé un obscur groupe de paramilitaire en l’une des forces armées les plus dangereuses et les plus féroces du continent. Le peuple du Soudan est en train d’en payer le prix. [Ritimo résume ici en français un article initialement paru en anglais sur le site de The Continent ]

Au premier plan, le sol est jonché de cendre, de plaques de taule ondulée brûlées et de meubles à moitié cassés. En milieu d'image, un arbre également brûlé trône au milieu d'une scène de désolation et d'objets divers jonchant le sol du camp décimé.
Attaque d’un camp de réfugié·es par les hommes de Hemedti.
Le 22 mars 2014, 300 combattants armés des RSF ont attaqué ce camp de réfugié·es internes à Khor Abeche, dans le sud du Darfour. Les assaillants ont mis le feu aux refuges précaires, ont volé le bétail et ont été impliqués dans des cas de violence sexuelle et autres VSS.
Crédit : African Union - United Nations Mission in Darfur (UNAMID)/MUBARAK BAKO ; Enough Project (CC BY-NC-ND 2.0)

On sait peu de choses des premières années de vie de Mohamed Hamdan Dagalo, l’homme le plus puissant et le plus dangereux du Soudan. On sait qu’il est né dans une tribu nomade du Nord-Darfour dont la caravane a été attaquée et pillée, et des dizaines de membres de sa famille assassinés, lorsqu’il était jeune. Depuis, Dagalo est devenu un acteur proactif d’une guerre pour la terre et les ressources entre les paysans sédentaires et les tribus pastoralistes.

Pendant des années, le dictateur Omar al-Bashir a développé des milices bien organisées pour écraser les rébellions et se maintenir au pouvoir, dont les Janjawid, épouvantablement efficaces et acteurs de premier ordre du génocide au Darfour. Enthousiaste et réputé pour être sans pitié, Dagalo est rapidement devenu commandant des Janjawid. Ses miliciens ont travaillé pour le compte de l’État pendant des années, avec toujours le même modus operandi : bombardement de l’armée de l’air combiné à une attaque et des pillages au sol par les Janjawid. Les hommes étaient immédiatement exécutés, les jeunes filles retenues pendant plusieurs jours pour être violées avant d’être tuées à leur tour.

En 2013, al-Bashir crée les Forces de soutien rapide (RSF, pour le sigle en anglais) et place Dagalo à leur tête. Au cours des années suivantes, les RSF de Dagalo répriment la résistance des groupes rebelles au Darfour avec un tel succès que Bashir le surnomme « Hamayti », ce qui veut dire « mon protecteur » – un surnom qui est resté. En effet, les RSF ont longtemps joué le rôle de protection de Bashir contre d’anciens alliés et d’autres chefs des Janjawid mécontents, comme Musa Hilal ou encore Salah Abdala « Gosh ». Cependant, avec le temps, c’est Hemedti lui-même qui est devenu la principale menace pour al-Bashir.

Bashir avait accordé à Hemedti le contrôle des principales mines d’or ainsi que des parts de marché des céréales et du bétail pour financer ses forces paramilitaires. L’autonomie financière des RSF vis-à-vis de l’État est incontestable, et Hemedti et sa famille sont devenus incroyablement riches. Les RSF ont également commencé à vendre leur force militaire dans des contrats de sécurité internationale, augmentant l’influence diplomatique du personnage. Ainsi, à partir de 2015, Hemedti a envoyé ses paramilitaires au Yemen en soutien aux Houthis alignés sur l’Iran ; mais également, en 2016, l’Union européenne a soutenu un programme de contrôle migratoire mené par les RSF. Avec le soutien du Président soudanais, les forces des RSF ont été multipliées par 10 au cours des dernières années, et sont devenues une entreprise privée de mercenaires internationaux, ainsi qu’un empire commercial d’exploitation de l’or.

Lorsque les manifestations ont fait irruption en 2018, plus d’un million de Soudanais·es sont descendu·es dans les rues. Hemedti s’est retourné contre son protégé, le président al-Bashir, qui s’est alors vu contraint de démissionner. Après deux ans d’un gouvernement civil intérimaire faible et inefficace, les RSF ont orchestré en octobre 2021 un coup d’État ; et en 2023 commence une guerre intestine au sein même des RSF.

La guerre civile qui fait rage depuis s’étend dans tout le Soudan : environ 8 millions de personnes (soit près de 15 % de la population) sont déplacées et approximativement 18 millions de personnes font face à des manques de nourriture. Les bombardements indiscriminés, les pillages généralisés et les attaques sur les civil·es des deux bandes organisées font penser que la guerre ne se livre pas entre deux factions armées, mais bien contre le peuple soudanais lui-même.

Pendant ce temps, Hemedti joue les hommes d’État et fait le tour des capitales africaines et du Golfe alors que ses hommes commettent les pires atrocités. Ses relations diplomatiques semblent être efficaces et depuis l’extérieur, légitiment les forces armées criminelles du pays.

Lire l’article intégral en anglais sur le site de The Continent