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Dossier Chili : les enfants de la dictature

Focus sur la situation Mapuche

, par CIIP

Le peuple mapuche fut l’un des seuls peuples amérindiens, sinon le seul, à résister victorieusement au moins partiellement, aux colons espagnols. Mais ils furent, à partir de l’indépendance du Chili (1818), continûment persécutés, chassés de leurs terres, massacrés par l’État chilien, excepté durant la très brève période de l’Unité populaire de Salvador Allende (1970-1973).

Pour un touriste, se balader dans les rues chiliennes est relativement aisé. Rencontrer des populations Mapuches, l’est en revanche moins. Situation qui peut sembler logique, car cette population, réprimée depuis des siècles, tend à se méfier de l’étranger. A l’exception faite que cette situation n’est pas uniquement valable pour les touristes : la majorité des Chiliens ne reconnaissent pas leurs origines indigènes, et c’est une part minime de la société qui cherche à défendre leurs droits.
Exclus de la vie sociale, acculés dans des quartiers pauvres ou dans le Sud du pays, les Mapuches sont doublement victimes des effets du néolibéralisme qui détruit leur mode de vie, et de la répression de l’Etat qui, ayant repris de plus belle sous Pinochet, ne s’est pas pour autant arrêtée avec le retour de la démocratie.

De belles promesses ont été faites pendant la campagne présidentielle de Michelle Bachelet, promesses qui 8 ans après restent dans le vague ; les Mapuches sont les grands oubliés de la société chilienne, qui si elle est déjà extrêmement inégalitaire, fait presque figure de ségrégation lorsque l’on parle de la population Mapuche : 23 ans après la fin de la dictature, ils sont encore sous le coup de la Loi Antiterroriste appliquée au temps des répressions politiques de la Junte. Leur revendication des terres volées depuis les temps de la Conquista espagnole leur vaut d’être assimilés par l’Etat à des terroristes lorsqu’ils manifestent ou occupent des terrains ; ils peuvent donc être à tout moment arrêtés et mis en prison de façon "préventive" (c’est à dire indéterminée) en attendant un jugement où ils seront traités comme des terroristes qui mettent en danger la stabilité de l’Etat chilien. Les cas d’abus des forces de l’ordre, de mauvais traitements (pour ne pas dire tortures) ou d’avortements forcés des prisonnier(e)s Mapuches se multiplient avec le silence complice des médias et de l’opinion publique. La seule image véhiculée par les médias est celle d’Indiens au mode de vie dépassé, alcooliques et dangereux par leur fâcheuse tendance à brûler des terres et des récoltes dans le sud du pays. Personne ne parle de leur impuissance face aux multinationales qui envahissent leurs terres, assèchent leurs régions, exploitent leurs populations et les forcent à se regrouper dans de petits territoires qui sont chaque jour un peu plus menacés.

Ultime recours pacifique devant tant d’injustice : les grèves de la faim, qui sont devenus le fer de lance d’une population qu’on opprime légalement dans l’ignorance générale la plus totale.

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