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Dossier Centrafrique : instabilité et territoires hors de contrôle

Evénements et conflits en Centrafrique, de 2013 à 2017

, par Forum Réfugiés-Cosi

De coups d’État en coups d’État, de crises économiques en crises humanitaires, l’instabilité chronique de la RCA a conduit à l’émergence d’une multitude de groupes rebelles, armés et désordonnés.
Depuis 2013, une nouvelle crise politique a surgi, prenant rapidement des dimensions ethniques et religieuses et dont les civils sont les premières victimes.

Renversement du régime Bozizé et émergence de conflits inter-religieux

Bozizé a pris le pouvoir par un coup d’État en 2003, puis s’y est maintenu 10 ans, en emportant par deux fois les élections multipartites qu’il a mises en place, en 2005 puis en 2011.
Se sentant délaissés par le pouvoir central, des opposants du nord-est du pays forment un groupe rebelle (la Séleka) durant l’été 2012. La Séléka reproche au pouvoir le non-respect de divers accords de paix signés entre le gouvernement et les groupes d’opposition, notamment l’accord de paix global de Libreville de 2008 [1]. La Seleka demande également la restitution des matières premières qui sont accaparées par l’Etat et dont l’exploitation ne bénéficie pas à la population. Les rebelles prennent les armes le 10 décembre 2012 et s’emparent de plusieurs villes, provoquant des déplacements de populations [2].
Malgré l’accord du 11 janvier 2013 (qui prévoit un gouvernement d’union national avec la Séleka), les insurgés de la Séleka, avec l’aide de mercenaires tchadiens et soudanais [3], renversent Bozizé le 24 mars 2013 et leur chef Michel Djotodia prend le pouvoir.

La Séléka (« Alliance » en sango, à majorité musulmane) est constituée par la fédération de groupes armés actifs dans l’extrême Nord du pays, notamment la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) et l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) [4].
Le groupe Séleka sera rapidement dissout (septembre 2013), les divisions internes ont générées de multiples factions ex-séleka qui s’opposent encore en 2017.

Dès les jours suivants le coup d’Etat, et malgré le départ de Bozizé, les troupes Séleka se comportent brutalement, faisant émerger une haine de nature communautaire et religieuse.
Ils perpétuent pillages et violences contre la population.

Les multiples exactions commises par les membres de Seleka contre la population ont poussé les Centrafricains d’obédience chrétienne à former à leur tour une milice armée, baptisée Anti-balaka (ce qui signifierait « anti-machettes » [5]) et soutenue par le président déchu, François Bozizé [6]. Cette mouvance est composée de chrétiens et d’animistes.

La contre-offensive menée par les anti-balaka s’accompagne de massacres de populations musulmanes, sans discernement. Ces massacres provoquent un exode massif de civils dans les pays voisins. Le niveau de violence est tel que la situation a parfois été décrite comme pré-génocidaire [7].

Durant l’automne 2013, la Centrafrique s’enfonce dans ce cycle de représailles basées sur l’appartenance religieuses des populations.

Intervention de la France et de la communauté internationale

Début décembre 2013, alors qu’une grande offensive des anti-balaka est lancée contre Bangui et tourne au massacre dans la capitale, la résolution onusienne 2127 [8]]. permet la mise en place de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) et à la France de déclencher l’opération Sangaris. Les soldats français sont obligés de se déployer deux semaines plus tôt que prévu [9].
L’opération Sangaris est conduite en République centrafricaine du 5 décembre 2013 au 31 octobre 2016.
Les français n’ont pas envisagé les exactions extrêmement violentes commises par les anti-balakas contre les populations civiles, ni que la dissolution du groupe Séleka allait générer une multitude de factions criminelles.
L’opération française aura finalement mis fin aux tueries de masse en Centrafrique, sans parvenir à neutraliser les bandes armées qui terrorisent la population.

En janvier 2014, la communauté internationale pousse à la démission le président autoproclamé Michel Djotodia lors d’un sommet extraordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale.
Catherine Samba-Panza est nommée présidente par intérim en janvier 2014 pour préparer les élections, qui finissent par être organisées en février 2016. Faustin-Archange Touadéra, ancien Premier ministre de François Bozizé (2008-2013) remporte le scrutin en mars 2016.
Une approche globale de la gestion de la crise centrafricaine est mise sur pied, massivement supportée par les bailleurs internationaux (Onu, Union européenne, Etats-Unis et Banque mondiale) et appuyée par les grands voisins africains (via la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale) [10].

Tentatives et échecs de retour à une paix durable

Les réunions pour les accords de réconciliation nationale et les programmes de Démobilisation, de Désarmement et de Réinsertion (DDR) se succèdent sans connaître une réelle concrétisation [11].
Brazzaville, Nairobi, Forum de Bangui pour la réconciliation nationale… Souvent contestés, ou jugés incomplets, ou manquant de moyens financiers, les différents accords signés depuis 2015 ne donnent pas lieu à une véritable armistice surtout du fait des rivalités entre les groupes extrêmement divisés et dépendant financièrement des régions qu’ils pillent.
Les ex-Séleka et les Anti-Balakas sont eux-mêmes très divisés par des rivalités internes.
Désormais, deux factions armées de l’ex-Séléka s’affrontent : FPRC : Front populaire pour la renaissance de Centrafrique mené par Noureddine Adam et UPC : Unité du peuple centrafricain dirigée par Ali Daras.

Néanmoins, la quatrième réunion du comité de suivi du DDR, le vendredi 21 avril 2017, a permis de réunir autour de la même table, pour la première fois depuis le début de la crise, les 14 groupes armés encore présents en Centrafrique et le gouvernement. Le « DDR » est désormais financé et chiffré : 45 millions de dollars, débloqués par la Banque mondiale, l’ONU et le gouvernement centrafricain, doivent permettre le désarmement des combattants et la réinsertion de 5 000 d’entre eux dans la vie civile et – pour une minorité – dans les forces armées [12].

Des régions hors contrôle du gouvernement et victimes des rivalités des groupes armés

Un an après l’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra (élu en mars 2016), des pans entiers du territoire échappent encore au contrôle de l’État.

Les groupes armés maintiennent une insécurité permanente dans plusieurs régions du pays où les institutions gouvernementales ne parviennent pas à s’imposer, laissant les milices s’affronter entre elles et piller les populations en toute impunité.
La partie est du pays est occupée par les groupes issue des ex-Seleka, la partie ouest et sud par la mouvance Anti-Balaka. Ces provinces sont depuis début 2017 en proie à de nouvelles flambées de violence résultant des affrontements entre ces groupes armés.
Ces factions sont très présentes dans les zones minières, où le pillage des gisements de diamant et d’or, les taxes illégales et le trafic d’armes assurent l’essentiel des revenus de leurs chefs.
Leurs rivalités pour le contrôle de villes ou d’infrastructures routières se traduisent par des exactions contre les civils.
Ces conflits perdurent et chaque parti (groupes rebelles et gouvernement) alimentent les tensions inter-communautaires et religieuses au sein des populations [13].
Ces violences ont engendré des déplacements de populations considérables. En mai 2017, 503 600 Centrafricains étaient déplacés à l’intérieur des frontières et 481 256 étaient réfugiés (en grande majorité dans les pays voisins) [14].

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