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Équateur. Des migrants deux fois déracinés

Par Gonzalo Ortiz

, par IPS

 

Ce texte, publié originellement en anglais par Inter Press Service (IPS), a été traduit par Véronique Pater, traductrice bénévole pour rinoceros.

 

Quito, le 24 janvier 2011 (IPS) - Les émigrés équatoriens sont dans une situation encore plus précaire à cause de la crise économique qui persiste dans les pays industrialisés, et tout particulièrement en Espagne et aux États-Unis, principales destinations des émigrés en provenance d’Amérique latine.

Cette année sera décisive pour les Latino-Américains qui vivent dans ces deux pays : non pas tant parce qu’elle sera marquée par un retour massif de migrants dans leur pays d’origine, ni même à cause de la diminution des sommes renvoyées par les migrants dans leur pays d’origine – deux phénomènes observés par les experts depuis que la crise a fait son apparition aux États-Unis en 2008.

Les experts interrogés par IPS estiment que les principales difficultés sont liées à l’augmentation de la précarité des immigrés, à une perte plus importante de leurs droits et à l’augmentation des sacrifices qui leur sont demandés. En plus de cela, le nombre des membres de leur famille qui pourraient les rejoindre va diminuer.

« Les difficultés économiques rencontrées par l’Espagne et les États-Unis aggravent la précarité des Latinos-Américains qui vivent dans ces pays, compte tenu de leur statut d’immigrés, mais aussi celle des millions de Latinos-Américains qui reçoivent de l’argent de leur part. », confie Nelsy Lizarao, porte-parole du Comité International du Forum Social Mondial des Migrations, à IPS.

Nelsy Lizarazo déclare avoir constaté chez les migrants « une intention plus manifeste de rentrer au pays ». Elle ajoute que ce désir est partagé par les « membres de la jeune génération nés à l’étranger ou qui ont quitté leur pays très jeunes, des jeunes d’Équateur, du Pérou, de Bolivie ou d’Amérique Centraleé.

« Ce n’était pas le cas jusqu’en 2009, mais depuis l’année dernière, ils ont l’impression qu’on leur a fermé les portes. », précise-t-elle.

Lorena Escudero, ministre du Secrétariat national pour les migrants d’Équateur (SENAMI), a indiqué pour sa part à IPS que selon elle « la crise du capitalisme dans les pays du Nord a entraîné un retour progressif et important, mais non massif, d’Équatoriens, en particulier depuis l’Espagne. En 2011 on s’attend à davantage de retours, mais il ne s’agira pas d’un exode. »

Le Secrétariat national pour les migrants (SENAMI) a été créé par le gouvernement du président Rafael Correa, un économiste de gauche qui a pris ses fonctions en janvier 2007 et qui a promis pendant sa campagne électorale de tendre le bras aux émigrés qui ont quitté le pays.

Actuellement, on estime qu’environ trois millions d’Équatoriens, sur une population totale de quatorze millions, vivent à l’étranger. Bien que les Équatoriens émigrent vers les États-Unis et d’autres pays depuis les années 70, c’est dans les années 90, une décennie marquée par des turbulences économiques et politiques dans ce pays d’Amérique du Sud, que le nombre des migrants a commencé a monté en flèche. La proportion des migrants vers l’Espagne a considérablement augmenté.

Lorena Escudero pense que la crise en Europe va durer longtemps. Alors que le taux de chômage global en Espagne est de 20%, il s’élève à plus de 28% chez les immigrés en provenance d’Amérique du Sud, les Équatoriens représentant le plus grand groupe avec un total de 500 000.

Les secteurs les plus affectés par le chômage sont ceux qui emploient le plus grand nombre d’Équatoriens, comme ceux de la construction et des services.

Au rez-de-chaussée des locaux du Secrétariat national pour les migrants, un jeune couple avec un bébé attend son tour. Joselino Mayorga est venu pour avoir des informations au sujet du prêt qu’il a demandé. Il dit « qu’ils reviennent d’Espagne car ça n’allait pas bien pour eux, ils ont été licenciés tous les deux ».

M. Mayorga a demandé un prêt à « la banque pour les émigrés » du SENAMI, une initiative gouvernementale qui n’est pas exactement une banque, mais un fonds d’aide de 12 millions de dollars destiné à accorder des crédits à taux privilégié aux émigrés de retour au pays. A ce jour, 1 700 crédits ont été attribués.

La famille Mayorga est rentrée au pays plus tôt que prévu. Après à peine cinq ans en Espagne, ils ont accepté l’aide au retour du gouvernement espagnol qui prévoit le paiement d’indemnités de chômage d’un an, versées en deux fois, à condition qu’ils rentrent dans leur pays d’origine.

« Le retour au pays est un droit. », déclare Lorena Escudero. « Le SENAMI n’incite pas les Équatoriens à rentrer. Nous n’avons pas non plus d’accord avec les pays européens pour faciliter l’expulsion de nos compatriotes. »

« Notre objectif n’est ni paternaliste ni social. », ajoute -t-elle. « Nous aidons ceux qui veulent exercer leur droit au retour dans leur pays d’origine. »

Le programme « Bienvenue chez vous » offre aux émigrés de retour au pays une série d’avantages : prêts à taux faible, exemption d’impôts et attribution d’un capital de départ pour démarrer une entreprise, exemption des frais de douane sur les équipements ménagers et autres biens qu’ils rapportent, billet d’avion aller simple, aide financière pour acheter ou construire une maison.

Mais 14 000 familles seulement ont profité des avantages du programme du SENAMI pour rentrer en Équateur en 2008.

« Compte tenu que 500 000 Équatoriens vivent en Espagne seulement, cela ne représente qu’un petit nombre. », déclare la ministre, « mais notre effort le plus important consiste à établir des liens et à apporter notre aide par l’intermédiaire des Casas Ecuatorianas qui sont des bureaux de représentation du ministère à destination des migrants, basés à l’étranger. »

C’est dans ces centres et dans les ambassades et consulats que l’augmentation de la précarité et les problèmes des migrants ont été constatés. « Mais ils trouvent les moyens de survivre, même en plein milieu de la crise. », souligne Lorena Escudero.

Les problèmes économiques dans les pays industrialisés ne semblent pas pousser automatiquement les migrants à rentrer dans leur pays. « Alors que les questions économiques jouent un rôle décisif pour pousser les migrants à quitter leur pays, un monde nouveau s’ouvre à eux à partir du moment où ils sont installés dans un autre pays. » indique L. Lizarazo.

Elle souligne que les liens des enfants avec leur nouveau pays et la nouvelle culture, ainsi que les systèmes éducatifs et de santé dans les pays développés, encouragent les familles à rester. De plus, « ces pays offrent une réelle chance de liberté et d’autonomie pour les femmes, qui constituent la majorité des émigrés équatoriens en Espagne, Italie et aux Pays-Bas », déclare-t-elle.

« Mais », ajoute-t-elle, « quand les perspectives d’avenir s’assombrissent, la question se pose de savoir s’il faut continuer à trouver des solutions sur place ou si les conditions sont réunies pour un retour au pays. »

L. Escudero partage ce diagnostic et signale également les problèmes liés aux emprunts immobiliers. « Les institutions financières en Espagne n’accordent aucun répit aux migrants. De nombreuses maisons ont déjà été saisies et dans certains cas, une partie de la famille est rentrée au pays. Si ceux qui restent ne trouvent pas de travail rapidement, ils rentreront aussi au pays cette année. »

« Ces gens sont admirables. », dit-elle. « Certains ont décidé d’aller travailler en Allemagne, en Suisse ou dans les pays nordiques, et maintenant ils envoient de l’argent de ces pays vers l’Espagne où beaucoup d’entre eux ont leur famille proche, en plus d’envoyer de l’argent aux parents restés en Équateur. »

La situation critique dans laquelle se trouvent les migrants dans les pays industrialisés du Nord en pleine crise économique, et la nécessité de définir des politiques d’aide et de protection à leur égard ont été débattus lors du IVe Forum social mondial des migrations qui s’est tenu en octobre 2010 à Quito.

Les conclusions de ce forum ont été présentées lors de plusieurs réunions et conférences et aussi lors du Forum social mondial de Dakar, du 6 au 11 février 2011.

L’Assemblée mondiale des migrants s’est tenue du 2 au 4 février sur l’île sénégalaise de Gorée, précédant le rendez-vous du mouvement international des organisations de la société civile qui a eu lieu dans la capitale sénégalaise.

L’Assemblée a rédigé une Charte mondiale des migrants, définissant des principes généraux comme la liberté de mouvement et le choix du lieu de résidence.

La Charte est une initiative d’un collectif d’organisations qui a vu le jour en 2006, et le texte a fait l’objet de discussions aussi bien sur Internet que dans des réunions.

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