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Dossier Féminismes ! Maillons forts du changement social

En Afrique, des femmes s’opposent à l’extractivisme

, par HARGREAVES Samantha

Lancée en octobre 2013, WoMin est une alliance féministe africaine portée par des femmes. Présente dans quatorze pays d’Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Sud, elle conteste, aux côtés de ses allié.e.s et partenaires, le modèle de développement patriarcal, capitaliste et extractiviste hégémonique, et propose d’autres formes de développement basées sur l’expérience des ouvrières et paysannes africaines.

Evénement de WoMin en janvier 2015 sur le thème : "Les femmes défendent leur position sur l’industrie du charbon". Photo : Heidi Augustad, WoMin

L’extractivisme désigne un mode d’accumulation fondé sur la surexploitation de ressources naturelles de plus en plus rares et non renouvelables, dans des territoires périphériques ou « improductifs », et aboutit à un modèle de développement profondément inégalitaire et asservissant. Au fil des vagues coloniales et néocoloniales, les populations rurales et paysannes d’Afrique ont été dépouillées de leurs terres, de leur eau et de leurs forêts. C’est contre une rémunération faible voire inexistante que leur travail, et notamment celui des femmes, a été exploité par des multinationales.

Le positionnement politique de WoMin, qui guide son analyse et son travail, est le suivant : l’extractivisme se traduit par des conséquences très spécifiques sur le corps, le travail, les moyens de subsistance et la vie des ouvrières et paysannes africaines. Les paysannes produisent 60 à 80 % de tous les aliments consommés dans les foyers ruraux, chapeautent les ressources collectives que sont l’eau et les forêts, et contribuent le plus activement à la reproduction sociale pour leurs familles et communautés. L’accaparement des terres et de l’eau, la pollution et la violence dont s’accompagne l’extractivisme touchent donc plus particulièrement les femmes, dont le nombre de jours travaillés non rémunérés s’accroît lorsqu’elles doivent s’occuper des personnes malades, marcher plus longtemps et plus loin pour obtenir de l’énergie et une eau potable sûre, et se voient forcées d’exercer d’autres activités rémunérées pour compléter les moyens de subsistance de la famille, mis à mal par les spoliations de l’extractivisme. Étant donné que leurs droits d’accès aux terres sont informels et en raison de pratiques et croyances patriarcales héritées, elles sont de fait exclues des processus décisionnels relatifs au développement local.

Les répercussions fortement genrées du développement extractiviste sont à l’origine de l’existence et des travaux de WoMin, qui cherche à pallier l’absence totale d’une vision du secteur extractiviste, de l’extractivisme, des activités minières, de la justice environnementale et des organisations pour les droits des femmes qui soit basée sur une justice de genre ou des droits des femmes. L’organisation vient combler le vide laissé par les mouvements des femmes « traditionnels » aux échelons national et régional, qui ont suivi une trajectoire réformiste libérale abordant des problématiques liées aux droits des femmes comme la participation en politique, la violence à l’égard des femmes et la santé reproductive, mais sans les mettre en lien avec les causes de l’oppression des femmes qui résident dans le capitalisme néolibéral.

WoMin rêve d’une Afrique où toutes les femmes exerceraient le contrôle sur leurs terres, leurs moyens de subsistance, leurs ressources naturelles, leur corps et leur patrimoine culturel. Sa mission fondamentale est de contribuer à l’organisation et au développement de mouvements rassemblant les femmes, qui sont les plus touchées par la spoliation et la violence découlant du capitalisme patriarcal extractiviste, qui porte préjudice à la région et aux différentes sphères où il est présent. WoMin organise, soutient et donne de la visibilité aux alternatives concrètes des paysannes et ouvrières africaines et, grâce à des études (généralement axées sur l’action participative des femmes), contribue à l’enrichissement des connaissances sur ces autres formes de développement primordiales.

Au bout du compte, WoMin souhaite faire progresser les savoirs et l’organisation des paysannes et ouvrières africaines, grâce notamment à des études sur l’action participative féministe, à des campagnes portées par la base, à une éducation et une sensibilisation politiques féministes et à des échanges de solidarité. S’il est un mot qui relie tous les travaux de WoMin, il s’agit d’« alternative ». À l’heure actuelle, l’organisation investit plus spécifiquement dans la formulation d’un système d’énergie renouvelable socialisé, démocratisé et écoféministe, et d’un programme de justice climatique alimenté par le quotidien des Africaines qui sont les premières victimes des conséquences du changement climatique.

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