Elections sud-africaines 2009 : La démocratie consolidée

, par THÉBAULT Yves

15 années après la fin de l’apartheid la démocratie sort renforcée des dernières élections sud-africaines même si elle reste fragile.
Les élections se sont déroulées sans violence ou presque et sans irrégularités majeures avec un taux de participation de 77 %.Les électeurs votaient également pour élire les gouvernements des 9 provinces.

L’ANC (African National Congress) sort grand vainqueur du scrutin avec 65,9 % des voix même si ce score est inférieur à celui obtenu lors des précédentes elections. Le parti au pouvoir depuis 1994 n’a plus les 2/3 des voix nécessaires pour changer à lui seul la constitution.
La DA (Democratic Alliance) s’affirme comme le principal parti d’opposition avec 16,66 % des voix. Ce parti remporte également la province du Western Cape pour la première fois. Le leader de la DA, Helen Zille, maire du Cap, ancienne militante anti-apartheid est une opposante de qualité. La DA souffre néanmoins d’être considérée comme le parti des blancs.
Le COPE (Congress for the people) fait lui 7,42%.Ce nouveau parti qui est une dissidence de l’ANC, créé l’année dernière n’a pas réussi à s’implanter dans tout le pays et fait donc un résultat inférieur à celui qui était attendu.
Enfin l’INKATHA le parti Zoulou de Buthelezi qui avait joué un grand rôle dans la transition du début des années 90 s’effrite fortement.
Les autres partis réalisent de petits scores.

Le bilan des années MBEKI, au pouvoir depuis 1999, est nuancé. Il a réussi à assurer la stabilité du pays et faire de l’Afrique du Sud une puissance régionale. Sa politique étrangère a souvent déçu. Sa politique complaisante vis à vis du dictateur du Zimbabwe, Mugabe, a fortement irrité.
Sa politique économique libérale plus axée sur la croissance que sur la redistribution sociale a déçu au sein même de l’ANC. Ses propos et sa politique sur le SIDA ont fait l’objet de violentes critiques, il avait d’ailleurs fini par améliorer sa politique de santé publique.

Avec son départ, l’Afrique du Sud reste confronté à d’immenses défis :

  les inégalités sociales et raciales

L’Etat a mené en quinze ans des politiques d’amélioration des infrastructures publiques en matière d’habitat (2,8 millions de logements de construits), d’éducation et de santé mais le legs d’inégalités sociales laissé par l’apartheid est toujours présent.
Le sort des plus pauvres s’est peu amélioré, 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le chômage touche autour de 40 % de la population active.
La politique de discrimination positive qui s’est traduite par l’émergence d’une classe moyenne et de riches entrepreneurs noirs n’éclipse pas totalement la polarisation sociale et raciale qui existait pendant l’apartheid.

L’Afrique du Sud est aujourd’hui une puissance économique émergente qui pèse 1/4 du PIB africain. La croissance économique est constante depuis 15 ans avec une moyenne de 5 % ces dernières années. L’économie s’est diversifiée au-delà de l’exploitation minière et agricole. Le secteur tertiaire représente aujourd’hui les 2/3 du PIB national.

 la violence

L’Afrique du Sud est un des pays les plus violents au monde et cette situation a peu changé en 15 ans. La criminalité est très élevée (15 meurtres ; 150 viols ; 35 carhijackings (agression des voitures) par jour). Les riches se barricadent chez eux et les sociétés de sécurité et de gardiennage proliférent. Aucune population n’échappe à cette violence quotidienne.
Au début de l’année 2008 les émeutes anti étrangers ont fait une soixantaine de morts et des dizaines de milliers de déplacés. Il y a prés de 5 millions d’immigrés, dont une majorité de zimbabwéens, pour une population de 49 millions de sud-africains. Ces immigrés sont aujourd’hui accusés de prendre le travail des sud-africains.

  le SIDA

Les estimations donnent autour de 5,8 millions de sud–africains touchés par cette épidémie. L’espérance de vie est de 50 ans.
C’est un coût humain et économique considérable pour le pays.

D’autres défis attendent le nouveau président : mettre fin à une corruption rampante, restaurer un état de droit impartial, redistribuer la terre (depuis quinze seulement 5% de la terre a été redistribuée) sans en arriver à un processus à la zimbabweenne, etc.
Le nouveau président, Jacob Zuma, avant même d’arriver au pouvoir a fait l’objet de nombreuses critiques (soupçons de corruption, démagogie, sexisme, etc.). Son populisme inquiète fortement. Il a promis une vie meilleure à tous les Sud-africains.
C’est aussi un vieux militant de la lutte anti-apartheid que l’on dit plus proche que Thabo Mbeki des réalités quotidiennes vécues par des millions de sud-africains. Il sera sans doute aussi moins complaisant vis à vis de Mugabe car il a soutenu l’opposition au Zimbabwe. Il a également fait montre de ses talents de diplomate pour régler le conflit meurtrier dans sa province du KwaZulu-Natal et au Burundi.

L’Afrique du Sud connaît une démocratie vivante, fragile certes, mais déjà bien installée. La société civile reste très active, la presse est de qualité, et il existe de nombreux contre pouvoir. Le fait que l’ANC n’ait pas obtenu les 2/3 des voix l’empêchera sans doute de réduire l’autonomie des mairies et autres pouvoirs régionaux qui sont aux mains de l’opposition.
Les inquiétudes liées à l’arrivée de Jacob Zuma sont donc à relativisées même si elles sont réelles.

Pour aller plus loin :

www.mg.co.za : Mail and Guardian est le journal sud-africain le plus réputé

www.news24.com : site d’infos avec un « special election »

www.rfi.fr : site de Radio France Internationale

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