Accueil > S’informer > Dossiers > Migrants et réfugiés : amalgames et mensonges... ou comment certains États (...) > Élections présidentielles et législatives

Dossier Migrants et réfugiés : amalgames et mensonges... ou comment certains États ont détricoté les politiques d’accueil

Élections présidentielles et législatives : les frontières et « l’accueil » des migrants mis au second plan

, par ASIAD , M’BODJE Mamadou

Peinture murale rue Ordener, Paris, 17 mai 2017. Crédits : Jeanne Menjoulet.

Qu’on se le dise, il existait des leaders politiques courageux qui savaient résister aux sirènes de la xénophobie dans cette Europe devenue si frileuse. Mais curieusement, on entend plus souvent ces voix bienveillantes dans les pays pauvres du Sud de l’Europe que dans ceux plus prospères du Nord. C’était les voix des manifestants descendus dans les rues de Barcelone en faveur des migrants en février 2017, par exemple. Ou encore les paroles fortes prononcées le 19 février 2017 par Prokopis Pavlopoulos, président d’un pays régulièrement stigmatisé par Bruxelles : la Grèce.

Le chef d’État grec (qui ne gouverne pas mais joue un rôle important) s’adressait à des enfants de migrants, pour la plupart venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan : «  Vous êtes une part de nous-mêmes, leur a-t-il déclaré et vous resterez ici chez nous, jusqu’à ce que s’achève le cauchemar de la guerre  ». La scène se déroulait à Chaïdari, banlieue périphérique d’Athènes où avait été installé un centre pour ces migrants coincés en Grèce, non pas par choix, mais parce que les pays européens avaient décidé, au printemps 2016, de fermer leur frontières, transformant un pays membre en cul-de-sac pour les damnés de la terre. Il se trouva aussi que le discours présidentiel avait été prononcé à la veille d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro, exigeant de nouvelles mesures d’austérité dans un pays déjà exsangue, car ruiné par sept ans d’austérité implacable.

Dans ces conditions, l’attitude de la Grèce face aux migrants, incarnée par les paroles de son président, n’en était que plus exemplaire alors que la générosité d’Angela Merkel a fait long feu, que les députés britanniques avaient limité l’accueil des enfants de migrants, et que la France s’interrogeait encore de l’impact de la colonisation comme sur la façon de qualifier des violences policières visant quasi systématiquement de jeunes immigrés. Il n’y aurait donc pas de logique fatale ? Il serait possible de parler des migrants avec humanité, sans provoquer une poussée des populismes xénophobes ? Les paroles du président grec, comme les manifestations de Barcelone, nous rappellent que l’exemplarité vient parfois de pays mis à l’index par les experts-comptables d’une Europe qui préfèrent les calculettes au respect de ses valeurs fondatrices, notamment les droits humains fondamentaux...

En regardant de près le programme papier d’Emmanuel Macron, candidat d’En marche, il était impossible d’y trouver le mot « immigration ». Était-ce un oubli ou une volonté délibérée d’envisager ce thème d’une façon différente ? Pourtant, des propositions figuraient bien sur son site internet, et il a souvent répété dans ses discours qu’il ne se retrouvait pas dans le philosophie assimilationniste de la droite et de l’extrême droite. Il proposait de « renforcer l’intégration en offrant à chaque étranger en situation régulière une formation linguistique » et d’ «  inciter les communes à lancer des programmes locaux d’intégration » sans plus de précision.

« L’immigration ne devrait pas inquiéter la population française … elle se révèle une chance d’un point de vue économique, culturel, social.  » Il proposait de faciliter « l’immigration de la connaissance » en allégeant les procédures d’obtention des visas «  talents  », de développer les visas de circulation pour les professionnels et de simplifier l’accès au marché du travail pour les étudiants étrangers titulaires d’un master en France. Il expliquait en revanche ne pas vouloir «  relancer l’immigration professionnelle ».

A l’échelle européenne, Emmanuel Macron avait été, parmi les membres du gouvernement de l’époque, l’un des plus fervents supporteurs de la décision d’Angela Merkel d’ouvrir les frontières de l’Allemagne aux centaines de milliers de réfugiés. Il estimait que «  si cela était organisé dans le bon ordre, de manière intelligente, c’était une opportunité pour nous, avant de rajouter : c’ est d’abord notre dignité mais c’est aussi une opportunité économique, car ce sont des hommes et des femmes qui ont des qualifications remarquables. »

Seule question : l’extrême droite a-t-elle gagnée ?

Le débat tournait depuis 2016 autour de cette question. De son côté, la présidente du Front National (FN) affichait sa confiance pour la présidentielle, sans cacher que sa priorité pour 2017 était surtout de préparer… les législatives. Elle célébrera le 1er mai 2016 à distance de son père, en sachant qu’elle disposait d’une année pour ne plus faire peur. Au menu : le dépôt d’une gerbe à Jeanne d’Arc, discours sur « la France apaisée ». Sa campagne présidentielle commencera le plus tard possible mais le président du FN avait déjà quelques idées bien arrêtées sur sa stratégie et sur le thème qui devrait, selon elle, s’imposait en 2017 : la souveraineté.

Après quatre mois de (relative) diète médiatique, Marine le Pen se félicitait de cette ligne de conduite : «  On sortait de deux années ininterrompues de campagnes électorales. Je ne me voyais pas continuer à courir les plateaux de télévision pour commenter toutes les petites phrases. Je n’avais plus envie de tout cela, je devais arrêter. Je l’ai ressenti au plus profond de moi. Je n’ai pas fait de la politique pour cette course folle, qui est une course vers le précipice. Maintenant, je choisis mes émissions et je viens seulement si on parle du fond. Le reste, je n’en ai pas besoin. Ce n’est pas comme en 2011 : cette fois, ma candidature à la présidentielle est installée ».

Face à ce que Marine le Pen appelait « la violence et le militantisme de la presse depuis les européennes  », le FN va aussi «  beaucoup investir sur les réseaux sociaux et démultiplier cette armée virtuelle de militants  ». Une réflexion sur la manière de faire campagne (comment scénariser les meetings à l’heure de Twitter et de Périscope ?) est également engagée.

Elle souhaitait entrer en campagne le plus tard possible, après la primaire de la droite et du centre, et si possible pas avant 2017 : « Avant, expliquait-t-elle, on avait une campagne présidentielle longue et une campagne législative très courte. Il faut maintenant faire le contraire ». D’où les pré-investitures qui étaient accordées pour que les éventuels candidats fassent leurs preuves. « Là où le FN n’est pas bien implanté, on prend notre dose aux élections », soulignait Marine Le Pen. « Il y a toujours un problème important d’implantation, c’est vrai depuis quinze ans et nous devons combler ce retard  », allusion à l’époque de Jean-Marie Le Pen.

Quel thème s’imposera dans la campagne ? « Je pense vraiment que ce sera la souveraineté, répondait Marine Le Pen, parce quand on parle d’identité, d’immigration, de sécurité et même de pouvoir d’achat, on en revient toujours à un problème de souveraineté  ». Pour elle, le débat mettrait en évidence «  les nationaux et les post-nationaux  ».

Pour mieux la comprendre, nous devons prendre en compte son « irrésistible ascension ». Depuis 2011 un certain nombre d’échéances électorales avaient permis à la candidate de l’extrême droite de prendre la mesure de sa stratégie. Elle n’infléchissait donc nullement la rhétorique lepéniste anti-immigration : elle le répétait en gommant certains aspects radicalisés et amplifiait la dimension polico-religieuse (comme Fillon plus tard).

Si elle en parlait moins, c’était tout simplement parce qu’elle n’en avait guère besoin, car la thématique était largement relayée par les médias et les politiques. Elle profitait d’un contexte politique qui la poussait non à la modération, mais à une surenchère ciblée : le curseur moral et politique s’était fortement déplacé sur ce thème depuis 2001, et plus encore depuis l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, qui avait acté un certain nombre de proposition lepénistes (lien entre immigration et insécurité ; proposition d’élargissement des motifs de déchéance de la nationalité ; réduction drastique des naturalisations, circulaire Guéant, etc.). Du discours de Grenoble aux « grands débats » sur l’identité nationale et l’islam, la présidence Sarkozy avait légitimé l’axiome de base du Front national selon lequel l’immigration (non européenne) était un problème. François Hollande ne fera pas mieux.

Alors, légitimement, au FN on rêvait déjà d’un second tour Le Pen/Juppé (au départ, personne ne misait sur Fillon), qui, croisait-on, amènerait une partie de la droite à voter FN. Pour Florian Philippot, vice-Président de FN, ce serait « un duel utile et limpide : France ou Union européenne ? Identité nationale ou multiculturalisme ? Progrès social ou mort aux pauvres ?  ». Quant au fameux « plafond de verre » auquel se heurtait le FN et qui semblait condamné en 2017 Marine Le Pen à une énième défaite, les dirigeants du parti assuraient ne pas y croire. Opération méthode Coué : « il n’y aura pas de plafond de verre mais un ascenseur de verre qui montera de nouveaux étages », confiait récemment Florian Philippot au quotidien l’Opinion. Comment éviter le « vote contre » du second tour ? « En imposant le débat sur des thématiques d’avant-garde », répondait le vice-président du FN, en rassurant sur les respect absolu des libertés publiques et le respect de la vie privée. S’il y avait en prime un Brexit en juin, ce serait tout bénéfice pour le FN. Cela « déverrouillerait les esprits  », selon l’expression de Marion Le Pen.

Tranchée lors du séminaire de février 2016, la question de la ligne politique ne devrait plus faire débat, même si les proches de la députée du Vaucluse souhaitaient toujours que le FN accentue la pédagogie sur ses idées économiques afin qu’elles ne soient pas confondues avec celles de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise. « Le problème n’est pas de changer de ligne, souligne le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, mais de mettre l’accent sur tous les sujets au bon moment. »

Marine Le Pen ne disait pas autre chose : «  La politique, ce n’est pas une science, confiait-t-elle. C’est un don. Il faut sentir le moment où les gens sont prêts à entendre un discours. » Estimait-t-elle avoir ce don ? « On n’arrive pas là où je suis sans avoir cet instinct.  » La petite période de déprime de l’après-régionales semblait bien loin.

Dès lors, même si elle maintenait un discours musclé sur l’immigration, elle ne servait pas les mêmes propos aux militants des meetings et aux médias grand public. Il fallait donc souligner ici une parole double ou dédoublée : tandis que les discours destinés à « la base » reproduisaient les lieux communs polémiques du père , Marine Le Pen s’efforçait de déplacer la discussion vers un terrain strictement économique lors des interviews dans les médias nationaux.

Le décor d’une triste campagne électorale

Nous attendions toujours un vrai débat entre des projets de société concurrents, espérant un véritable affrontement opposant des visions de l’avenir différentes. Nous attendions une grande cérémonie comme seule l’élection suprême, la joute présidentielle en offre tous les cinq ans à notre monarchie républicaine. Cette triste campagne électorale ne nous a infligé qu’un spectacle sordide, un funeste chemin de croix pour ceux qui persistent à entretenir un semblant de foi démocratique. Selon Renaud Dély, journaliste à Marianne, il s’agissait là «  d’un grand déballage malsain qui ne nous aura rien épargné. »

C’est à cette période qu’un ministre socialiste, Bruno Le Roux, s’en vient rejoindre le cortège des impudents qui se gavaient de privilèges et en nourrissaient leur famille. Durant un septennat entier, il rémunérera pendant les périodes de vacances scolaires aux frais de la République, ses deux filles pour des tâches d’assistante parlementaire prétendument accomplies dès l’âge de 15 ans. Quelques jours plus tôt, ce papa si généreux avec l’argent public osait encore faire la leçon à un autre père de famille dispendieux, François Fillon, candidat à l’élection présidentielle, empêtré dans le Penelopegate, en jugeant qu’il serait « plus clair qu’il n’y ait plus de conjoint qui travaille avec les députés ? »

Comment pouvaient-t-ils descendre aussi bas ? Comment s’étonner que des hauts-le-coeur saisissent les citoyens effarés d’une telle duplicité ? Comment ne pas comprendre le dégoût qui submergeait la France qui se lève tôt et travaille dur pour un salaire de misère lorsqu’elle entendait le même Bruno Le Roux prétendre qu’employer ses fillettes était le seul moyen qu’il avait trouvé pour les voir tant son agenda de parlementaire était chargé ? Alors combien en reste-t-il ? Combien sont-ils encore ces élus « hors sol » lovés dans leur bulle dorée qui ont perdu tout contact avec le monde réel ? Mesurent-t-ils à quel point leurs comportements creusent chaque jour un peu plus le fossé qui sépare les puissants du peuple ?

« Alors oui, cette campagne électorale, écrivait Renaud Dély, est une purge. Dans tous les sens du terme. La purge, c’est maintenant, elle est douloureuse, mais elle peut se révéler salutaire. Elle est en tous cas devenue inévitable pour quiconque prétend restaurer l’esprit civique. Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle a raison de brocarder "les pudeurs de gazelle" de ceux qui n’osent pas aborder franchement le sujet. Fermer les yeux, se boucher les oreilles lorsqu’on entend tintinnabuler les casseroles, laisser se perpétuer népotisme et conflits d’intérêts, c’est alimenter la gangrène qui menace nos institutions démocratiques. Il faut au contraire ne pas avoir peur de s’enfoncer dans la boue de la corruption, de plonger dans la frange de la concussion pour essayer de sauver ce qui peut l’être. Attention, il ne s’agit pas de singer les exhortations à la vengeance, voire à l’épuration, des Fouquier-Tinville de bas étages qui animent trop souvent le grand cirque médiatique. Il n’est pas davantage question d’infliger des leçons de morale ou des coups de règle éthique touchant à des comportements individuels. Non, il n’est d’autre dessein que de conforter un esprit de justice qui doit être le même pour tous.  »

En ouvrant une enquête sur un ministre socialiste aussi vite qu’il l’avait fait à propos d’un candidat de droite, le parquet national financier avait contribué à dissiper ce doute qui rongeait l’esprit public. Il avait fait œuvre de salubrité démocratique. François Hollande et Bernard Cazeneuve avaient eu raison de sommer Bruno Le Roux de quitter sans attendre la place Beauvau. Comme le disait si justement François Fillon il y a peu, « un responsable politique ne doit pas seulement être innocent, il doit être irréprochable . Et même insoupçonnable, tant l’exemple qui soude un corps social doit venir d’en haut, c’est-à-dire des élus qui sollicitent l’honneur de représenter leurs concitoyens. »

Mis en examen pour détournement de fonds publics et désormais sous le coup d’une enquête pour escroquerie, faux et usage de faux, François Fillon avait préféré se renier et faire passer son ambition personnelle avant l’intérêt de la société et même celui de son seul camp politique. Accusée d’avoir abusé de l’argent du contribuable pour financer son parti et salarier ses affidés, Marine Le Pen avait, elle, carrément refusé de répondre aux convocations de la police et de la justice.

C’est clair, Fillon, Le Pen et Le Roux nous ont pourri la campagne. Ils ont attisé la colère du peuple. Au risque qu’elle emporte tout.

Le ras le bol des Français

Pour une fois, l’immigration n’était pas totalement au cœur des débats. Chaque jour son scandale, son affaire. La France était face à une cascade de scandales politiques, face à une crise sociale qui démolissait territoires et liens personnels. Cinquante mille dollars par-ci empochés par François Fillon pour avoir joué les entremetteuses, une luxueuse garde-robe offerte par un personnage sulfureux par-là, sans oublier une mise en examen pour détournement de fonds publics et même désormais des soupçons d’escroquerie et de faux et usage de faux. La besace de Marine Le Pen était à peine moins garnie, avec une douzaine de mis en examen dans son entourage pour le financement des campagnes électorales du FN, des accusations d’emplois fictifs au Parlement européen et une enquête sur son patrimoine.

Il est des privilèges qui traitent aisément les Français de fainéants ou d’« assistés ». Vraiment ? Que répondre aux autoentrepreneurs « perpétuellement dans la merde », aux licenciés de l’usine LVMH… et à tous ces citoyens qui se sentent toujours abandonnés, paysans du Jura, ou habitants des ghettos à forte « population étrangère » de Nice ou de Montpellier. Ils n’en veulent pas qu’aux responsables politiques, mais aussi aux autres. Les paysans souffrent aujourd’hui encore du mépris des citadins, les musulmans du « regard de l’autre », les jeunes se heurtent aux vieux de la génération 68 qui s’accrochent, les taxis détestent les chauffeurs UBER, et les ouvrières licenciées des usines LVMH situées dans l’Avesnois : Nord-Pas-de-Calais, sont tellement malheureuses qu’elles en viennent à jalouser le sort des migrants venus de Calais. Bref, la souffrance est telle que l’autre est toujours un nanti qu’on envie…

Mais cette France qui grondait est toujours tentée par la désertion. Un phénomène de masse que Brice Teinturier, directeur de l’institut Ipsos, appelle le « Praf  » : « Plus rien à faire, plus rien à foutre ». Ce sentiment explique-t-il, «  issu de la déception de plus d’une décennie d’alternance gauche-droite stérile, du rejet des postures de deux principaux partis politiques (PS et LR), ne se réduit pas à la défiance et ne se manifeste pas toujours par de la colère. Il est même souvent silencieux et presque invisible … » Ainsi, à un mois du scrutin, les sondages mesuraient un niveau record d’abstention pour une présidentielle. Pis encore, les citoyens disposés à se rendre aux urnes n’étaient sont guère plus satisfaits de l’offre, puisque près de la moitié étaient encore indécis sur le bulletin qu’ils choisiraient.

Alors, Marine à l’Élysée ?

A mesure que la cote de l’ancien ministre de l’Économie progressait, le « tout sauf Macron » avait remplacé le « tout sauf Le Pen ». Comme si l’hypothétique élection du premier menaçait plus encore les valeurs républicaines et la stabilité de nos institutions que l’éventuelle victoire de l’héritière de Montretout…

Ainsi, Emmanuel Macron s’était imposé comme étant la cible unique de François Fillon. Tout occupé à agglomérer ce qui lui restait de supporters radicalisés avec des troupes frontistes en pleine progression, l’ancien Premier ministre n’avait de cesse de ménager la patronne du FN en meeting comme lors des débats télévisés. Le leader d’En marche était ensuite devenu l’obsession de Benoît Hamon. Il était également le punching-ball préféré de Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron lui, réservait la plupart de ses flèches à l’ancien « collaborateur » de Nicolas Sarkozy ; résultat, les sujets de fond ont été occultés dans une fausse campagne qui tournait autour du naufrage éthique de François Fillon. Marine Le Pen, elle, passe entre les gouttes.

Il a fallu attendre le débat télévisé du 4 avril et l’irruption candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Philippe Poutou, pour que l’un de ses contradicteurs ose enfin renvoyer la candidate d’extrême-droite à son statut de privilégiée usant des ficelles du « système », en l’occurrence l’ « immunité parlementaire », pour refuser de répondre aux convocations de la police et de la justice.

C’est dans ce contexte que la candidate frontiste arriva au deuxième tour dans un terrain conquis là où son père devait batailler pour imposer ses problématiques. Sa gageure à elle était bien différente : dans un double contexte, interne, de normalisation du discours frontiste, et externe, de radicalisation du discours droitier des partis classiques, elle devait conserver le monopole de l’intransigeance, de la fermeté et de la crédibilité sur un sujet devenu concurrentiel.

C’est ainsi que le fonds de commerce anti-immigration du FN, auquel la candidate accolait, par amalgame le communautarisme, l’islam et l’islamisme, permettait d’entretenir la radicalité et l’attractivité d’un discours qui risquait, sans cela, de compromettre son positionnement « anti-système ».

Elle était étrangement épargnée, aussi bien par ses électeurs qui ne semblaient pas lui tenir rigueur des affaires qui s’amoncelaient sur le clan frontiste que par les concurrents occupés à se déchirer entre eux pour arracher la seconde place au premier tour plutôt que de lui disputer la pole position. Jusqu’où ? Nul ne pouvait l’affirmer… Sauf ces incontournables sondeurs qui répétaient : « Marine Le Pen à l’Élysée ? Enfin soyons sérieux…  ».

Ils ont finalement eu raison, Macron est élu Président de la République et son mouvement fait le plein de députés aux législatives.

Nous verrons dans l’article suivant les chantiers d’Emmanuel Macron, notamment sur l’accueil, la création et la gestion des centres d’accueil de migrants et surtout les négociations européennes sur les questions liées à l’intégration qui étaient un des éléments clé de sa campagne…

Commentaires

Bibliographie

BALIBAR Etienne : Lieux et noms de vérité, l’Aube, 1994.

DÉLY Renaud : « La purge c’est maintenant », Marianne, 24 au 30 mars 2017, p. 4. Voir aussi : « Danger elle peut gagner », Marianne , 7 au 13 avril 2017, pp. 10-12.

FITOUSSI Jean-Paul : L’État et l’Union européenne, Fayard, 2007.

HOUCHARD Béatrice : « Marine Le Pen, un an pour ne plus faire peur », L’Opinion, 29 et 30 avril 2016, pp. 1-2.

MALAGARDIS Maria : « Réfugiés : la Grèce mérite d’être érigée en exemple », Libération, service Monde, 27 février 2017, p. 7.

NAÏR Sami : Un détournement : Nicolas Sarkozy et la « politique de civilisation », Gallimard, 2008.

NATHAN Hervé : « Écoutez la France qui gronde… », Marianne, 24-30 mars 2017, pp. 14-15.

NIVAT Anne : Dans quelle France on vit, Ed. Fayard, 2017.

PERRINEAU Pascal (dir.) : Le désenchantement démocratique, l’Aube, 2003.

SIMON Théophile : « Que dit vraiment Macron sur l’immigration ? », L’Obs, 27 avril 2017

TEINTURIER Brice : Plus rien à faire, plus rien à foutre. La vraie crise de la démocratie, Ed. Robert Laffont, 2017.

TOURAINE Alain : Un nouveau paradigme pour comprendre le monde d’aujourd’hui, Fayard, 2005.

VELTZ Pierre : La grande transition. La France dans le monde qui vient, Seuil, 2008.

Infos complémentaires

Provenance dph

Type de document article

Agenda Tous les événements

S'abonner aux lettres Les dernières lettres

Suivez-nous