Accueil > S’informer > Glossaire > Diversité culturelle

Diversité culturelle

Par « culture », on entend « l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social [1] », ce qui représente, outre l’art et l’esthétique, l’histoire, la langue, le mode de vie, le système de valeurs et de représentations du monde, les traditions, les croyances, etc. rattachés à un groupe humain. Selon Fabrice Filipo, « La culture peut être vue selon trois définitions : les activités artistiques, l’ensemble des repères communs à une société donnée, et un essai de compréhension du monde à travers le kaléidoscope des interprétations que les différentes sociétés font de notre monde commun [2] »
Face à la tendance à l’uniformisation des repères sociaux et culturels induite par la mondialisation des échanges et la marchandisation, la préservation de la diversité culturelle s’avère être un enjeu majeur et revient à considérer 1) qu’il n’y a pas de modèle culturel mais une grande diversité des cultures qui toutes ont une égale valeur et méritent un égal respect et 2) que la reconnaissance de cette diversité est une condition essentielle de la paix et du dialogue entre les peuples. « La diversité culturelle représente […] comme la diversité biologique, un riche réservoir de possibles [3] ». Voilà pourquoi « les institutions internationales se dotent aujourd’hui d’un arsenal normatif et législatif pour promouvoir la diversité culturelle [4] ».

Définition développée

Outre la paix [5] les enjeux de la préservation de la diversité culturelle sont multiples :
- un enjeu sociétal : condition du vivre ensemble, la rencontre de l’autre est source d’enrichissement et de compréhension mutuelle, condition indispensable pour la co-existence dans nos sociétés de plus en plus métissées ;
- pour le développement durable : droit des peuples autochtones à maintenir un mode de vie durable, respectueux et adapté à l’environnement, là où l’économie mondialisée menace la préservation de leurs territoires ancestraux par l’exploitation des ressources naturelles ;
- un enjeu économique et conceptuel : la référence aux « industries culturelles » traduit une conception de la culture en tant que marchandise alors que « l’Unesco et de nombreuses associations luttent pour que la culture et les biens culturels fassent l’objet d’une exception et ne soient pas soumis aux règles du commerce international, mais considérés comme des biens publics mondiaux ».
Pour autant, « il convient pourtant de ne jamais oublier qu’une culture est vivante, perpétuellement en mouvement : promouvoir la diversité culturelle ne doit pas fermer la porte à une réflexion sur la modernité ». Il ne s’agit donc pas de « " sanctuariser " les cultures, au risque de les figer sinon dans une "authenticité, une tradition qui peut être ambiguë " [6] ».
Ainsi, la difficulté du dialogue interculturel « provient en partie de ce que les règles de civilité d’une culture peuvent être comprises dans une autre culture comme une expression d’incivilité et par là de barbarisme. […] Un dialogue interculturel authentique ne peut avoir lieu si l’Autre n’est pas reconnu en tant que Sujet [7] ». Et si « La diversité est souvent perçue comme une disparité, une variation, une pluralité, c’est-à-dire, le contraire de l’uniformité et de l’homogénéité », c’est qu’ « Elle est synonyme de dialogue et de valeurs partagées. En effet, le concept de diversité culturelle, à l’instar de celui de biodiversité, va plus loin en ce qu’il envisage la multiplicité des cultures dans une perspective systémique où chaque culture se développe et évolue au contact des autres cultures [8] ». En ce sens, « La "culture générale" désigne la capacité d’une personne à comprendre différentes cultures. Ces décentrements successifs par rapport à sa propre culture initiale sont autant de pierres sur un chemin qui mène vers l’Universel. […] la culture a avant tout une visée humaniste. Elle est le contraire de la spécialisation et d’un enfermement sur soi : […] entretenir la richesse d’une diversité de points de vue et de pratiques qui contribuent à nous aider à mieux comprendre le monde et à mieux nous comprendre nous-mêmes [9] ».
À nouveau, ces questions redoublent aujourd’hui d’intensité avec l’essor des Technologies de l’Information et de la Communication et la pression des grandes firmes commerciales consistant à promouvoir la conception « d’une propriété commerciale de la culture. Cette offensive d’une culture « marchandisée » tend à déplacer les lieux de débats et de décision des organismes multilatéraux de l’ONU vers les entités comme l’OMC et les accords et traités de libre-échange régionaux ou bilatéraux... L’enjeu des débats internationaux sur la culture consiste donc à garantir la survie de la diversité culturelle malgré les dangers liés à la société de l’information [10] ».

En résumé, « [...] La diversité culturelle s’inscrit donc dans une logique qui considère qu’il existe d’autres manières de penser, d’exister, de travailler, que la manière anthropo-centrée et ratio-centrée moderne » et si « […] la réalité de la diversité culturelle n’est pas binaire [11], mais découle du respect et de l’acceptation des différences, du dialogue et de la recherche des valeurs communes pour sortir du monologisme qui caractérise la société de l’information [12] ».

Historique de la définition et de sa diffusion

« Le terme « diversité culturelle » a d’abord été utilisé en référence à la diversité au sein d’un système culturel donné, pour désigner la multiplicité des sous-cultures et des sous-populations, de dimensions variables, partageant un ensemble de valeurs et d’idées fondamentales. Ensuite, il a été utilisé, dans un contexte de métissage social, pour décrire la cohabitation de différents systèmes culturels, ou du moins l’existence d’autres groupes sociaux importants au sein de mêmes frontières géopolitiques. Dans les pays du Tiers-monde, la diversité des identités culturelles va rapidement devenir, à l’époque de la décolonisation, un argument politique en faveur de la libération et de l’indépendance des pays colonisés. Elle va ensuite, à partir des années 1960, impulser une nouvelle vision du développement, le développement endogène. Il sera d’ailleurs suivi de la mise en exergue d’un nouveau lien, celui entre culture et démocratie, lequel conduira à donner priorité « à la promotion des expressions culturelles des minorités dans le cadre du pluralisme culturel ».
Aujourd’hui, le terme « diversité culturelle » tend à remplacer la notion d’« exception culturelle » qui a été utilisée dans les négociations commerciales mondiales depuis le cycle de l’Uruguay au sein du GATT, puis de l’OMC. Dans cette approche, la diversité culturelle vise à garantir le traitement particulier des biens et des services culturels par le biais de mesures nationales ou internationales. L’UNESCO rédige actuellement (signature prévue en novembre 2005) une "Convention sur la protection et la promotion de la diversité des contenus culturels" [13]
[…] on peut convenir que le contexte social dominé par les technologies de l’information et de la communication nécessite la mise en place de mesures à la fois incitatives et contraignantes, prévalant sur les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce. Les débats actuels vont par exemple jusqu’à demander que les pays développés s’engagent à augmenter la part de marché national qu’ils consacrent aux professionnels, aux artistes et aux autres créateurs des pays en développement. Mais cette proposition, qui rappelle fortement les débats sur le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication à propos du rééquilibrage des flux, suscite bien entendu l’opposition des États possédant les plus grandes industries culturelles.
[…] Se situant sur un plan éthique, la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle adoptée le 2 novembre 2001, reconnaît la diversité culturelle comme « patrimoine commun de l’humanité ». Ainsi la lutte pour la sauvegarde des cultures menacées devient un devoir citoyen. La communauté scientifique a pris conscience du risque d’uniformisation de la culture dans une société globalisée, même si celle-ci permet théoriquement la manifestation de la diversité culturelle [14] ».

Utilisations et citations

« Si l’on veut que notre monde atteigne les objectifs de développement du millénaire et finalement éradique la pauvreté, il doit commencer par relever victorieusement le défi de savoir construire des sociétés intégratrices, qui respectent les diversités culturelles » - M. Malloch Brown, administrateur du PNUD, préface au rapport sur le développement humain (2004) [15]

« La diversité culturelle et linguistique est une dimension essentielle des sociétés de l’information et de la communication centrées sur les personnes. Chaque culture possède une dignité et une valeur qui doivent être respectées et préservées. La diversité culturelle et linguistique se fonde, entre autres, sur la liberté d’information, sur la liberté d’expression et sur le droit pour quiconque de participer librement à la vie culturelle de la communauté, aux niveaux local, national ou international. Cette participation s’exprime au travers d’activités réalisées en tant qu’utilisateurs mais aussi producteurs de contenus culturels. Les TIC et les moyens de communication traditionnels ont un rôle particulièrement important à jouer dans le développement et la promotion des cultures et des langues du monde entier [16] ».

Notes

[1cf. Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles, adoptée par la Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico, 6 août 1982, Sommet MondiaCult

[2Fabrice Flipo, La diversité culturelle, Encyclopédie du Développement durable : http://encyclopedie-dd.org/encyclopedie/droits-et-inegalites/6-5-culture/la-diversite-culturelle.html

[3Fabrice Flipo, Op.cit.

[5« Pour s’entendre et s’écouter les peuples ont besoin de se connaître et de se sentir respectés dans leurs cultures et leurs valeurs », cf. Ritimo, Dossier Diversité culturelle, Op. cit.

[6Les deux derniers paragraphes, ainsi que les citations qui le composent, sont inspirés ou issus du Dossier « Diversité culturelle » de Ritimo, Op. cit.

[7Fabrice Flipo, Op. cit.

[8Alain Kiyindou, Article "diversité culturelle" in Enjeux de mots, 10 avril 2006 : http://vecam.org/article596.html

[9« la question de nos origines étant loin d’être close. Le voyage garde en cela toute sa pertinence en tant que quête initiatique : quand on voyage seul et sans autre but que la rencontre, celui ou celle que l’on cherche à trouver, finalement, n’est autre que soi-même » ; citations extraites de Fabrice Flipo, Op. cit.

[10Alain Kiyindou, Op. cit.

[11selon une distinction souvent erronée entre culture moderne et culture locale

[12Alain Kiyindou, Op. cit.

[13cf. Preliminary Report by the Director-Genral accompanied by the Preliminary Draft of a Convention on the Protection of the Diversity of Cultural Contents and Artistic Expressions (33C/23, August 2005) : http://portal.unesco.org/culture/en/ev.php-URL_ID=28182&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

[14Citations extraites de : Alain Kiyindou, Article "diversité culturelle" in Enjeux de mots, 10 avril 2006 : http://vecam.org/article596.html

[15cité in Alain Kiyindou, Article "diversité culturelle" in Enjeux de mots, 10 avril 2006 : http://vecam.org/article596.html

[16Chapitre consacré à la Diversité culturelle et linguistique de la Déclaration indépendante de la société civile, Sommet Mondial sur la Société de l’Information, Genève, 2003, citée in Alain Kiyindou, Article "diversité culturelle" in Enjeux de mots, 10 avril 2006 : http://vecam.org/article596.html

Infos complémentaires

Type de document glossaire

Agenda Tous les événements

S'abonner aux lettres Les dernières lettres

Suivez-nous