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Deux idées reçues sur le travail

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Si le travail était une chose si magnifique, les riches en auraient gardé plus pour eux. » Bruce Grocott, homme politique britannique.

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Marche du 23 septembre 2017 contre les réformes du président Macron. Photo Jeanne Menjoulet

Idée 1 : Accroître la flexibilité du travail permet de créer de l’emploi

La flexibilité du travail est l’un des moyens qui permet au dirigeants d’une entreprise d’ajuster son activité aux fluctuations du marché. Une entreprise peut recourir à la flexibilité de plusieurs manières : en faisant varier son volume de main d’œuvre (grâce à des contrats d’intérim, des licenciements, des CDD...), en sous-traitant une partie de ses activités à d’autres entreprises, notamment dans des pays où les coûts du travail et la protection sociale sont moindres, en modulant le temps de travail annuel de ses salariés, en développant leur polyvalence ou en jouant sur les salaires en fonction de ses résultats.

La flexibilité du travail permettrait aux entreprises de licencier plus facilement, autrement dit, elle inciterait les employeurs à embaucher, ce qui ferait baisser le chômage. Mais cette théorie ne se vérifie pas [1] dans les faits. Des études menées par l’OCDE et par l’Organisation Internationale du travail montrent qu’il n’y a pas de corrélation entre la flexibilité et le taux de chômage. Car si licencier devient plus simple, en cas de difficultés économiques, les entreprises sont tentées de diminuer leurs effectifs. Elles ne songent à n’embaucher que lorsqu’elles sont assurées que l’activité devient plus importante et potentiellement source de profit, le but intrinsèque d’une entreprise n’étant pas de résoudre le problème du chômage.
La flexibilité du travail signifie l’affaiblissement des protections sociales liées au travail, elle remet en cause la garantie et la sécurité de l’emploi créant des situations d’instabilité et de précarité très difficiles à supporter. Elle aggrave les souffrances au travail et les inégalités. Les jeunes sont les plus concernés et les femmes plus que les hommes. Les travailleurs ont donc des raisons objectives de s’opposer à la flexibilité croissante du travail et de lutter pour leurs droits à un statut stable.

Au-delà du sentiment d’épanouissement et de confort pour les travailleurs, la stabilité de l’emploi possède aussi de nombreux avantages pour les entreprises : le travail en équipe qui ne peut se construire que dans la durée, l’autonomie, la responsabilisation, la coopération et la confiance, l’apprentissage collectif produisent de bien meilleurs résultats qu’une politique de l’emploi basée sur des « salariés jetables ».

L’assertion selon laquelle la flexibilité serait le meilleur moyen de créer des emplois et de faire reculer le chômage est donc tout simplement fausse, mais sert à légitimer des politiques libérales au nom de l’emploi « afin de préserver voire développer les privilèges des couches sociales qui ont profité de la montée du chômage, quitte à dégrader toujours plus les conditions générales d’emploi [2]. »

Idée 2 : Les multinationales participent au développement des pays du Sud en créant des emplois

Les multinationales s’implantent dans le monde entier pour gagner des parts de marché et tirer profit des ressources locales : matières premières et main-d’œuvre bon marché. Actuellement, 69 % des emplois des multinationales se situent hors de France. Il est donc vrai que les multinationales créent des emplois au Sud.
Mais les multinationales améliorent-elles pour autant les conditions de vie dans les pays du Sud ?
Dans les pays où le droit du travail et la protection sociale sont faibles ou inexistants, la pression énorme que les multinationales exercent sur leurs fournisseurs et sous-traitants obligent les ouvriers, en grande majorité des femmes, à travailler six jours sur sept, plus de 12 heures par jour, sans compter les heures supplémentaires non rémunérées. Dans les ateliers de production, les conditions d’hygiène et de sécurité sont souvent déplorables et les accidents fréquents. « Quand un emploi signifie salaire insuffisant pour vivre dignement, temps de travail contraire aux droits fondamentaux des travailleurs, absence de droits syndicaux et de couverture maladie ou maternité, ce n’est pas un emploi c’est de l’exploitation », rappelle le collectif Éthique sur l’étiquette qui agit pour le respect des droits humains au travail dans le monde.
D’autre part, lorsqu’on sait que de nombreuses multinationales s’accaparent et surexploitent les ressources naturelles du Sud, privant les populations locales des retombées de cette activité, expulsent les populations locales pour mener à bien leur exploitation et polluent leurs sols et leurs eaux, il n’y a plus de doute possible : les multinationales ne contribuent pas au développement des pays du Sud, au contraire elles participent à leur exploitation.

Que peut-on faire ?

* Faire pression sur les pouvoirs publics, pour faire évoluer les lois encadrant l’activité des multinationales et sur les multinationales elles-mêmes pour qu’elles modifient leurs pratiques dans les pays de production
http://ethique-sur-etiquette.org

* Lire le Petit guide contre les bobards de la loi travail et le Petit guide de résistance à la loi Travail XXL, proposés par Attac France
https://france.attac.org (disponibles en PDF)

* Participer aux actions de lutte et de solidarité pour défendre les acquis sociaux et les droits des travailleurs

* Soutenir les organisations syndicales internationales.

Notes

[1Selon l’économiste orthodoxe David Thesmar : « Dans la littérature académique, on ne trouve pas, à ce jour, de corrélation forte entre flexibilité du contrat de travail et créations d’emplois » Entretien avec David Thesmar, Professeur d’économie à HEC et Eric Heyer, Directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, Alternatives Economiques n° 345, avril 2015.

[2« La fable de la flexibilité », Michel Husson, Fondation Copernic, Pour en finir avec la précarité, Syllepse, 2007.

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