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Deux idées reçues sur la démocratie

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Dans toute nation libre, et toute nation doit être libre, il n’y a qu’une manière de terminer les différends qui s’élèvent touchant la constitution. Ce n’est pas à des notables qu’il faut avoir recours, c’est à la nation elle-même. »
Emmanuel Joseph Sieyès, Qu’est-ce que le Tiers-État (1789)

Idée reçue n°1 : La démocratie représentative n’est pas efficace

Qu’est-ce que la démocratie « représentative » ? C’est un système politique dans lequel des représentants, élus par la population, élaborent et votent les lois au nom de cette population. Il s’oppose aux formes de démocratie directe qui mettent les citoyens en position de prendre eux-mêmes les décisions politiques qui les concernent. L’avantage d’un tel système est de confier la prise de décision à des professionnels de la politique qui ont le temps et les compétences nécessaires pour étudier les décisions à prendre, établir des compromis et régler les conflits d’intérêts, dans le but de satisfaire à l’intérêt général.

Manifestation pour le droit des migrant-e-s, Lausanne, mai 2015. Photo Gustave Deghilage cc-by-nc-nd 2.0

Aujourd’hui, la grande majorité des États démocratiques sont des démocraties représentatives. Pourtant ce système est très critiqué et beaucoup d’indicateurs montrent que l’on est entré dans une crise démocratique : taux d’abstention records lors des élections, inconstance des électeurs qui n’adhèrent plus aux programmes mais votent pour des personnes, non respect de leur programme par les élus et les partis, défiance vis-à-vis de tous les partis politiques...

Tous ces signaux attestent d’un sentiment de déconnexion des gens vis-à-vis des personnes qui les représentent. Le système électoral reflète également des conflits d’intérêts : cumul des mandats, autofixation de leurs indemnités pour certains élus, etc.

Peut-on cependant imaginer se passer de la démocratie représentative ? En imaginant un instant que la démocratie directe soit la règle absolue, on verrait poindre de nouvelles difficultés, la confrontation directe entre citoyens individuels pouvant conduire à des règlements de compte particuliers, et au non respect des intérêts de la majorité. Sans médiation, le lien entre les individus et les institutions serait également distancé. Beaucoup d’expériences de démocratie directe ont aussi dérivé vers la dictature.

Mais elle ne doit pas être le mode de gouvernement exclusif. Pour être efficace et susciter l’intérêt et la confiance du peuple, la démocratie représentative doit s’accompagner d’autres formes de démocratie directe ou participative. Oui, la démocratie représentative est imparfaite et nécessite d’être régulée, mais elle possède des capacités de transformation.
Et qui sait si demain, un autre système ne sera pas remis au goût du jour afin de redonner de la voix au peuple et un nouvel élan à la représentation en politique ?

Idée reçue n° 2 : Certains pays ne sont pas prêts pour la démocratie

« En Afrique, on est habitué à des modes de gouvernance ancestraux, il y a trop de blocages d’ordre culturel pour y instaurer la démocratie ». Au nom de quoi croit-on pouvoir justifier que des dictateurs règnent impunément sur des populations asservies ? Cette idée reçue n’est pas recevable d’un point de vue éthique : aucun peuple n’est prédisposé culturellement à être sous la coupe d’un régime autoritaire, ni à voir sa liberté d’expression bafouée et ses droits les plus élémentaires reniés.
Cette idée, très largement occidentale et coloniale dans sa conception, l’est encore moins d’un point de vue historique, lorsqu’on sait par exemple que la plupart des dictatures ont reçu un moment donné de l’histoire le soutien des pays occidentaux ou que des siècles de colonisation ont empêché les populations de s’éveiller aux libertés, à la démocratie, en maintenant des territoires sous tutelle.
Pour autant, la démocratie ne se décrète pas, elle s’apprend, se construit dans le temps et nécessite une implication et une vigilance des populations à chaque instant. C’est une conquête, un idéal à atteindre, même dans les pays dits démocratiques, où les failles s’avèrent nombreuses.

Les arguments qui sous-tendent cette idée d’être « prêt » pour vivre la démocratie sont empiriques : les périodes de dictature, parfois très longues, rendent les populations démissionnaires, fatalistes, formatées. Elles se détournent des États et ne croient plus au discours démocratique.

Dans le monde arabe, les sociétés civiles ont néanmoins montré qu’elles pouvaient renverser des régimes et faire valoir leurs aspirations aux libertés. Mais quatre ans après les révolutions arabes, la démocratie reste fragile, le contrôle des citoyens et des atteintes à leurs libertés restent fréquents. Cette instabilité et les frustrations qu’elle génère profitent notamment aux militaires, très impliqués dans l’économie et fascinés par le pouvoir politique et aux mouvements islamistes, qui constituent aujourd’hui la principale force d’opposition aux États. C’est pourquoi il est essentiel de réhabiliter les démocraties, sans exporter ou imposer un mode de gouvernance, mais en réinventant et en partageant des nouvelles formes de répartition des pouvoirs et d’exercice de sa citoyenneté.

Que peut-on faire ?

  • Rejoindre le mouvement Démocratie réelle, mouvement libre de citoyens désireux de voir naître une vraie démocratie
    http://www.democratiereelle.eu

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