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Dossier Togo : La démocratie confisquée, 1963–2013

De longues années de dictature au Togo

, par CDTM 34

Un totalitarisme tropical

Installée en 1967, la dictature, de simplement autoritaire, devient à partir de 1969, et surtout de 1974, authentiquement totalitaire. C’est la variante fasciste : un discours révolutionnaire couvrant le plus grand conservatisme social. On ne demande plus au peuple une obéissance fondée sur la peur : il faut désormais l’enthousiasme obligatoire de tous, entraîné par une propagande délirante
Très vite, le système, où ne fonctionne plus aucun contrepoids, se met à multiplier les absurdités économiques. Toute remarque avertissant d’une erreur possible est stigmatisée comme opposition au "Guide Bien Aimé de la Nation", ce qui est fort dangereux.

Militarisation et ethnicisation

Eyadema, fasciné par le modèle Mobutu, président du Zaïre, engage une politique militaire invraisemblable, pour un si petit pays dans une époque sans turbulence. Il lance aussi une campagne "d’authenticité culturelle", sur fond de discours anticolonialiste.
Commence le temps où les Kabyé, le groupe ethnique dont est issu le Président, occupent une place de plus en plus importante aux postes-clé de la vie politique et économique, particulièrement dans l’armée. L’opposition est vite en situation difficile, aux prises avec les tracasseries et la brutalité ; d’ailleurs elle n’attire pas les masses tant qu’une certaine modernisation se poursuit et que la propagande n’est pas oppressante.

Des années de violence

Dans les années 90, la situation s’aggrave, le pays est paralysé par des grèves, l’armée tire sur la foule et provoque un exode massif vers les pays voisins. Eyadema est toujours au pouvoir après des élections (1993, 1998, 2003) qui se déroulent dans une fraude manifeste et dans le désintérêt grandissant des électeurs. Parfois, c’est l’émeute. La communauté internationale intervient enfin en retirant toute aide au gouvernement togolais.
Le Togo ne suscite plus l’intérêt des médias… jusqu’à ce 5 février 2005 où l’on apprend le décès du dictateur.

Une dictature héréditaire

La disparition du chef de l’Etat donne lieu à un coup de force des militaires qui intronisent son fils, Faure Gnassingbé. Les pressions internationales et la médiation de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) amènent un recul du régime qui consent à organiser en avril 2005 des élections présidentielles remportées par Faure Gnassingbé, avec plus de 60% des voix. Des manifestations de protestation de l’opposition sont violemment réprimées : 400 à 500 personnes auraient trouvé la mort et plusieurs dizaines de milliers d’autres ont pris le chemin de l’exil. Les victimes de ces violences et leurs familles, soutenues par de nombreuses associations ont porté plainte devant la justice, défiant la culture de l’impunité présente depuis des décennies au Togo.

L’élection de 2010 laissait espérer un tournant…

Réélu en mars 2010 avec 60,92% des suffrages, Faure Gnassingbé déclare vouloir restaurer la paix civile et le dialogue politique et fait appel à l’ensemble des acteurs politiques pour développer le pays. Gilchrist Olympio, dirigeant du principal parti d’opposition, négocie un accord de partage du pouvoir avec le parti du président Gnassingbé provoquant une division dans l’opposition.

Le pouvoir promet de traduire en justice les militaires ayant commis des exactions et de criminaliser la torture. La commission Vérité Justice et Réconciliation, mise en place en 2008 pour faire la lumière sur les violences politiques au Togo, entre 1958 et 2005, se met effectivement au travail en 2011 dans une certaine opacité et rend son rapport l’année suivante. Le président, au nom de l’Etat, demande pardon aux victimes et déclare qu’il va mettre en œuvre les recommandations de la commission.

…mais la sortie du tunnel n’est pas encore là

Depuis lors rien ne se passe en sorte que les Togolais se demandent s’ils verront un jour la fin de l’impunité.

La loi votée en février 2013, renforçant le pouvoir de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), inquiète la presse togolaise et tous ceux qui sont attachés à la liberté d’expression et d’information. Des manifestations pacifiques contre cette loi, ont déclenché une vague de répression et d’arrestations arbitraires.

En mars 2013, les élections législatives et locales annoncées depuis plusieurs mois n’ont toujours pas lieu. Ces dernières revêtent une importance particulière dans ce pays où les responsables locaux sont nommés depuis vingt ans par le gouvernement.

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