Chili : les enfants de la dictature

Comprendre la société chilienne

, par CIIP

La société chilienne ne peut être comprise que si elle est envisagée dans sa globalité. Une lecture précise et en adéquation avec la réalité ne peut se faire que si l’observateur mesure l’impact de la brèche sociale qui existe dans ce pays. Le Chili n’est pas un, il est multiple. Les quartiers les plus riches jouxtent les plus démunis, sans toutefois jamais se mélanger véritablement. L’économie florissante qui fait tant d’envieux, cache une véritable disparité dans la répartition des ressources du pays, où les 20 % des plus riches du pays gagnent 14,3 fois ce que reçoivent les 20 % les plus pauvres.
C’est ce pays aux multiples visages qui est au bord de l’implosion.

Regards sur la Société Chilienne

Le Chili n’est plus le pays d’Allende, plus non plus celui de Pinochet. En 2006, pour la première fois dans l’Histoire de l’Amérique Latine, ce pays conservateur a élu une femme au pouvoir, divorcée et athée de surcroît. Allende n’y est pas un héros pour tout le monde, Pinochet pas seulement un tortionnaire non plus…. Mais alors, quel est ce Chili dont les livres d’histoires remplissent leurs pages d’une image nostalgique et tragique à la fois ?

Une société polarisée : le Chili fait-il figure d’exception culturelle ?

L’Amérique latine dans son ensemble compte une société qui a la particularité de présenter une double polarisation sociale. Une minorité qui détient pouvoir et richesse alors que l’énorme majorité de la population est en proie aux crises et passe son temps à lutter, (souvent en vain) pour se sortir de sa condition sociale.
Le Chili ne fait pas exception à cette règle, à ceci près qu’à cette schizophrénie sociale s’ajoute une position ambivalente des gouvernements et de la population face aux mouvements sociaux et indigènes qui agitent le reste du continent : fiers de leur réussite économique apparente, les Chiliens ne sont pas tous prêts à sacrifier leur modèle économique pour le bien commun, et les revendications des minorités ethniques n’ont que bien peu de poids face aux profits engrangés par les multinationales qui usent et abusent des ressources du pays.
Pourtant les nouvelles générations se prennent à rêver d’une autre réalité, et en descendant dans les rues, démontrent qu’elles sont prêtes à participer à l’avenir politique de leur pays. Reste à savoir si leur énergie réussira à décoincer les rouages d’une société où l’immobilisme politique est devenu la norme depuis le retour à la démocratie.
En attendant, le Chili oscille en permanence entre désir de pouvoir populaire et consumérisme déchainé.

Retour de la Droite : quand les vieux fantômes resurgissent

Après 20 ans d’immobilisme politique sous la Concertation, et malgré un taux d’approbation record de la socialiste Bachelet qui s’en est allée avec plus de 80% d’opinions favorables dans les sondages, le seul candidat à avoir su incarner l’espoir d’un changement auprès des électeurs chiliens en 2010 fut Sebastian Piñera, sorte de Sarkozy à la Chilienne qui a su redonner à son parti de droite une image dépoussiérée des stigmates de la dictature. Pourtant les fantômes n’ont pas quitté le palais présidentiel de la Moneda, et lorsque le Président milliardaire envoie les carabiniers réprimer avec violence les étudiants jusque dans les universités, et que les contrats destinés à la reconstruction du pays finissent dans les mains des amis du golden boy, son image en prend un sacré coup et il devient rapidement le président le plus décrié de l’histoire du pays.