Chili : la société civile contre le néolibéralisme et le conservatisme

Comprendre la société chilienne

, par CIIP, BIOFORCE

Une lecture précise de la société chilienne ne peut être comprise que si elle est envisagée dans sa globalité. Une lecture précise et en adéquation avec la réalité ne peut se faire que si l’on mesure l’impact de la brèche sociale qui existe dans ce pays. Le Chili n’est pas un, il est multiple. Les quartiers les plus riches jouxtent les plus démunis, sans jamais se mélanger véritablement. L’économie florissante qui fait tant d’envieux·ses, cache une véritable disparité dans la répartition des ressources du pays, 1 % des Chilien·nes détenant 26,5 % du PIB national.
C’est ce pays aux multiples visages qui est au bord de l’implosion.

Regards sur la société chilienne

Le Chili actuel n’est plus le pays d’Allende, pas plus qu’il n’est celui de Pinochet. En 2006, pour la première fois dans l’histoire de l’Amérique latine, ce pays conservateur a élu une femme au pouvoir, divorcée et athée de surcroît. Allende n’y est pas un héros pour tout le monde, tout comme Pinochet n’est pas uniquement considéré comme un tortionnaire… Mais alors, quel est ce Chili dont les livres d’Histoire remplissent leurs pages d’une image à la fois nostalgique et tragique ?

Une société polarisée : le Chili fait-il figure d’exception culturelle ?

L’Amérique latine dans son ensemble compte une société qui a la particularité de présenter une double polarisation sociale. Une minorité qui détient pouvoir et richesse alors que l’énorme majorité de la population est en proie aux crises et passe son temps à lutter (souvent en vain) pour se sortir de sa condition sociale.
Le Chili ne fait pas exception à la règle, à ceci près qu’à cette schizophrénie sociale s’ajoute une position ambivalente des gouvernements et de la population face aux mouvements sociaux et autochtones qui agitent le reste du continent : fier·ères de leur réussite économique apparente, les Chilien·nes ne sont pas tou·tes prêt·es à sacrifier leur modèle économique pour le bien commun et les revendications des minorités ethniques n’ont que bien peu de poids face aux profits engrangés par les multinationales qui usent et abusent des ressources du pays.
Pourtant les nouvelles générations se prennent à rêver d’une autre réalité et, en descendant dans les rues, démontrent qu’elles sont prêtes à participer à l’avenir politique de leur pays. Reste à savoir si leur énergie réussira à décoincer les rouages d’une société où l’immobilisme politique est devenu la norme depuis le retour à la démocratie.
En attendant, le Chili oscille en permanence entre désir de pouvoir populaire et consumérisme déchaîné.

Le Chili et le virage très à droite de l’Amérique latine

La présidentielle chilienne de 2017, avec l’élection de Sébastien Piñera, a confirmé la tendance apparue dans la vie politique latino-américaine depuis le milieu des années 2010 : le virage conservateur de droite. Bien que le continent sud-américain connaisse de nombreux problèmes sociaux, la dépendance persistante aux marchés financiers, l’hostilité des plus riches face aux impôts et la peur des classes moyennes face au risque du déclassement social font que les gouvernements de gauche n’ont pu appliquer leurs politiques économiques et sociales. En outre, les partis de gauche sont souvent accusés - à raison - d’avoir cédé, comme les partis historiques, à la corruption.

Sébastien Piñera a su capter le mécontentement d’une partie de la société chilienne conservatrice qui s’est sentie bousculée par le gouvernement de la socialiste Michelle Bachelet, celui-ci ayant bouleversé la société conservatrice en adoptant le mariage homosexuel et en dépénalisant l’avortement.
Il est à noter que malgré l’élection de Sébastien Piñera, la population chilienne a également élu des majorités de gauche au Sénat et à la Chambre des députés.