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Dossier Introduction

Colombie, une paix fragilisée par l’impunité

, par BIOFORCE

"Si a la paz" (oui à la paix). Photo Galo Naranjo, prise le 5 octobre 2016 (CC BY-NC-ND 2.0)

Après plus de quatre ans de tractation, l’année 2016 a été marquée par la signature de l’accord de paix entre le gouvernement colombien et les forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), mettant fin à un demi-siècle de conflit. L’Unité colombienne chargée de l’assistance et de la réparation pour les victimes, instaurée en 2011 par la Loi no 1148, a comptabilisé un total de 8 532 636 victimes pendant les 50 ans qu’a duré le conflit. Ce chiffre comprend 363 374 victimes de menaces, 22 915 victimes d’infractions à caractère sexuel, 167 809 victimes de disparition forcée, 7 265 072 personnes contraintes de quitter leur foyer et 11 140 victimes de mines antipersonnel. Les négociations ont permis de mettre sur la table de nombreuses questions complexes à prendre en compte pour finaliser la paix : la réforme agraire, la restitution des terres, la mise en place d’une justice transitionnelle pendant la période de négociation de paix, la participation politique, le déminage, les réparations à accorder aux victimes et la réintégration des combattants dans la vie civile colombienne.

Depuis la création des FARC en 1964, la situation sociale, économique et politique du pays s’était fortement dégradée [1]. Le conflit a donné lieu à de nombreux recrutements d’enfants soldats, à la dégradation de l’environnement, à une recrudescence des violences sexuelles et sexistes, à une montée exponentielle de l’expropriation des terres et à l’accroissement de l’économie criminelle.
La Colombie doit construire son avenir dans la paix mais, malgré des avancées significatives vers la pacification de la société colombienne, la violence est encore présente au sein des populations vulnérables et ayant peu de ressources : conflits avec d’autres groupes armés comme l’Armée de libération nationale (ELN), conflits en prison, conflits intrafamiliaux, etc.

Malgré les nombreux efforts du gouvernement, une grande majorité de Colombiens n’ont pas confiance dans les intentions pacifiques des différents groupes armés basés en Colombie et, pour beaucoup, la paix ne pourrait être durable, le gouvernement se focalisant sur le désarmement des guérillas et non sur la transformation sociale dont le pays a besoin.

De plus, les actions de centaines de guérilleros FARC dissidents, la trop lente mise en place des dispositifs de substitution de cultures illicites et des accords de paix, ainsi que l’occupation des territoires laissés libres par les FARC par d’autres groupes armés illégaux évoquent une mutation du conflit plutôt que l’installation d’une paix durable.

En effet, pour arriver à une paix totale, il sera nécessaire d’inclure dans le jeu politique les différents groupes armés éligibles au processus de paix (paramilitaires, acteurs de l’économie criminelle, seigneurs de guerre, etc.), notamment ceux ayant récupéré les niches laissées par les FARC.

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