France-Rwanda : quels liens et quelles responsabilités ?

Chronologie sur le Rwanda

, par Forum Réfugiés-Cosi

Les périodes pré-coloniale et coloniale

XVIII°s : Après plusieurs siècles de tâtonnement, la monarchie rwandaise se stabilise.

1890  : Le Rwanda entre dans l’espace colonial de l’Allemagne.

1922  : Le Rwanda est sous mandat, puis sous tutelle belge (1945).

1957  : Début des revendications politiques des leaders hutus, jusque-là écartés du pouvoir.

1959  : « Révolution sociale hutue » : jacqueries paysannes, mises en place d’autorités communales hutues.

1961  : Proclamation de la République.

De l’indépendance à 1994

1962  : 1er juillet : Indépendance. Grégoire Kayibanda est Président de la République. Des massacres et exactions contre les Tutsis provoquent l’exil de plus de 100 000 d’entre eux en Ouganda et au Burundi.

1963  : Des attaques de guérilleros tutsis déclenchent des représailles et le massacre de 10 000 Tutsis.

1973  : Coup d’Etat du major Juvénal Habyarimana, précédé d’exactions contre les Tutsis, beaucoup s’enfuient. Seconde République.

1975  : Fondation du Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (MRND), qui deviendra le parti unique.

1978  : Référendum constitutionnel suivi de l’élection du président Habyarimana et d’élections législatives l’année suivante.

1982  : 40 000 réfugiés rwandais sont expulsés d’Ouganda vers le Rwanda.

1983  : Habyarimana réélu président par 99.98 % des voix (idem en 1988).

1987  : Création du Front Patriotique Rwandais (FPR) majoritairement composé de Rwandais tutsis exilés en Ouganda.

1990  : Octobre : l’attaque du FPR [1] depuis l’Ouganda est contrée par l’opération militaire française Noroît (qui durera jusqu’en décembre 1993 et comptera jusqu’à 680 hommes). Aux affrontements s’ajoutent des arrestations d’opposants.

1991  : Cessez-le-feu signé en mars. Juin : nouvelle constitution instaurant le multipartisme.

1993  : Massacres de Tutsis et d’opposants dans le Nord et l’Ouest, suivis d’une nouvelle offensive du FPR en février : un million de déplacés à Kigali.
Août : signature des accords de paix à Arusha (Tanzanie).
Octobre : Création de la Mission d’Assistance des Nations unies au Rwanda (MINUAR).
Décembre : retrait des soldats français et entrée du FPR à Kigali.

Depuis 1994

1994  : 6 avril : Habyarimana est tué dans son avion abattu à Kigali. La guerre reprend dès le lendemain. Les milices Interahamwe éliminent les opposants et massacrent les Tutsis, c’est un génocide : en trois mois 1 000 000 de Rwandais sont tués. Le 9, évacuation des expatriés (opération française Amaryllis). Exode de centaines de milliers de Hutus en Tanzanie.
Mai-juin : l’affrontement entre Forces armées rwandaises (FAR) et FPR tourne à l’avantage de ce dernier ; les deux armées se rendent coupables de crimes de guerre.
22 juin : le conseil de sécurité de l’ONU confie à la France le mandat d’une intervention humanitaire de 2 mois (opération Turquoise : 2 500 hommes déployés depuis le Zaïre) ; trop tardive, elle ne permet de sauver que quelques milliers de vies.
Juillet : le FPR contrôle progressivement Kigali et l’intérieur du pays et désigne Pasteur Bizimungu Président de la République et le général Paul Kagame vice-président et ministre de la Défense. Un million de réfugiés rwandais affluent au Zaïre – parmi eux 30 000 soldats. Envoi de soldats américains et britanniques à Kigali (opération Support Hope).
Août : mise en place de la MINUAR II. Le pays compte 2 millions de réfugiés à l’étranger et autant de déplacés internes.
Novembre : création par l’ONU du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
L’Ouganda, le Burundi et le Rwanda attaquent les camps de réfugiés hutus du Zaïre, où s’abritent militaires et miliciens ayant participé au génocide : 700 000 personnes rentrent au Rwanda, 200 000 sont tués ou meurent d’épuisement. La coalition porte au pouvoir la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila qui renverse Mobutu (mai 1997).

La coalition ougando-rwandaise entre en guerre contre Kabila en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) et appuie une nouvelle rébellion congolaise.

L’ONU demande le retrait des troupes « non invitées » de la RDC. Ouganda et Rwanda s’affrontent en RDC, directement et par milices interposées. Le TPIR [2] prononce ses premières condamnations contre des coupables du génocide ; très lent pour juger ces derniers, il ne jugera aucun des auteurs de crimes de guerre commis par le FPR.

2000  : Le président Bizimungu, « démissionné » et incarcéré, est remplacé par le général Kagame qui a désormais les pleins pouvoirs. 2nd et 3ème affrontements rwando-ougandais à Kisangani (RDC) : victoire des troupes rwandaises.

2002  : Accord de paix entre le Rwanda et la RDC, suivi du retrait de l’armée rwandaise du Congo.

2003  : Référendum constitutionnel, dont il sort un régime au multipartisme très encadré. Les élections présidentielles et législatives sont remportées par le FPR après une campagne qui a privé les opposants de moyens d’action.

2004  : Des unités rwandaises appuient une mutinerie de soldats congolais tutsis à Bukavu (RDC). Le gouvernement réduit progressivement toute opposition politique et tout contre-pouvoir (presse, ONG).

2005  : Juridictions populaires inspirées de tribunaux traditionnels, créées en 2001 pour juger les 120 000 prisonniers inculpés des crimes les moins graves commis durant le génocide, les Gacaca débutent leurs sessions ; des milliers de Hutus fuient au Burundi. L’annonce des Forces démocratiques de libération du Rwanda, un groupe rebelle hutu basé au Congo qui inclut d’anciens miliciens ayant pris part au génocide, de renoncer à la lutte armée, est récusé à Kigali.

2006  : Elections locales : nombreuses irrégularités. L’insécurité alimentaire touche 300 000 Rwandais. Le juge français Bruguière lance des mandats d’arrêt internationaux contre 9 proches du président Kagame, accusés d’avoir ordonné l’attentat en 1994 contre l’avion présidentiel, piloté par un équipage français. Kigali rompt les relations diplomatiques avec Paris.

2007  : juin : abolition la peine de mort par l’Assemblée Nationale.
Septembre : Reporters Sans frontières émet de vives préoccupations sur la liberté d’expression des journalistes indépendants. Rapprochement France-Rwanda : nomination du général rwandais Karenzi Karaké, proche du général Kagame au poste de commandant adjoint de la future force conjointe Nations-Unies-Union Africaine au Darfour, avec appui de la France. Bernard Kouchner, ministre français des Affaires Etrangères s’entretient avec son homologue rwandais Charles Murigande à New York.

2008  : Février : le juge espagnol Adreu Merelles émet un mandat d’arrêt à l’encontre de 40 officiers de l’armée rwandaise, la réaction de Kigali est virulente. Vote d’une loi au parlement réprimant l’idéologie du génocide.
Mai : le TPIR oppose une fin de non-recevoir à Kigali refusant de remettre l’un des accusés du génocide à la justice rwandaise.
Septembre : Les élections législatives ont concédé une large victoire au FPR (42 sièges sur 80 auquel s’ajoutent les sièges de six micro partis acquis au FPR) : les partis d’opposition n’ont pu réellement s’exprimer.
Novembre : Arrestation de Rose Kabuye, chef de protocole, dans le cadre de l’enquête menée par la justice française et relative à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana en 1994.

2009  : Février : La condamnation d’un militant des droits de l’homme, François-Xavier Byuma, à 19 ans de prison par un tribunal Gacaca suscite une forte indignation.
Mars : la France lève son mandant d’arrêt contre Rose Kabuye.
7 mai : Nomination d’un ambassadeur du Rwanda à Kinshasa. Levée du contrôle judiciaire à l’encontre Rose Kabuye. Fuite de 300 000 habitants hutu du sud du pays au Burundi : ils affirment être victimes de violences politiques alors que, selon les autorités, ils fuient les tribunaux Gacaca.
Octobre : Le Conseil d’Etat français confirme le rejet de la demande d’asile de la veuve d’Habyarimana visée par une information judiciaire pour complicité de génocide.
Novembre : Deux juges françaises sont à Kigali pour enquêter sur l’implication présumée dans le génocide de 1994 de Rwandais se trouvant en France. Mais, le TPIR se plaint du manque de coopération de la France. Rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda.
Décembre : Réélection de Kagame à la tête du FPR.

2010  : Janvier : Visite de Bernard Kouchner à Kigali. Le Rwanda a également normalisé ses relations avec l’Allemagne (interrompues lors de l’arrestation de Rose Kabuye). Le FDU-Ikingi [3] investit Victoire Ingabire comme candidate à l’élection présidentielle. Publication du rapport Mutsinzi [4], attribuant la responsabilité de l’attentat de 1994 contre l’ex-président Habyarimana à des extrémistes hutus.
Janvier-avril : Convocations multiples par la police de V. Ingabire accusée de collaboration avec les FDLR, le président du parti B. Ntaganda est lui accusé d’idéologie génocidaire, puis arrêté en juin.
Février : Visite de Nicolas Sarkozy à Kigali. Trois partis d’opposition forment une plate-forme (FDU, CCCCP, Parti social Imberakuri). Attaques à la grenade à Kigali, accusation par le pouvoir contre des officiers de haut rang de tentative de déstabilisation. Annonce de la fermeture prochaine des tribunaux gacaca dont le bilan reste mitigé. L’ex-général Faustin Kayumba Nyamwasa part en exil en Afrique du Sud et dénonce le régime Kagame (il sera victime d’une tentative de meurtre en juin. Agathe Habyarimana -veuve du Président Juvénal Habyarimana- fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en octobre 2009 par les autorités rwandaises pour génocide et crimes contre l’humanité. Elle a été brièvement arrêtée et entendue par la justice française, et elle s’est vue notifier un refus de séjour en France.
Avril : Suspension de deux journaux indépendants Umuseso et Umuvugizi. Insécurité grandissante, arrestation de V. Ingabire libérée sous caution, elle n’est pas autorisée à quitter Kigali.
Mai : Arrestation de Peter Erlinder avocat américain de V. Ingabire libéré en juin pour raisons médicales.
Juin : Assassinat du journaliste Jean-Léonard Rugambadge qui avait révélé que des hauts responsables rwandais étaient impliqués dans la tentative de meurtre de Nyamwasa.
Juillet : Disparition d’André Kagwa Rwisereka vice-président du Parti démocrate vert (opposition) retrouvé mort.
Août : R éélection sans surprise de Kagame avec 93 % des voix, l’Union européenne et la Maison Blanche saluent le bon déroulement des élections tout en s’inquiétant de certains événements « dérangeants ».
Octobre : Arrestation de Victoire Ingabire.

Notes

[1FPR : Front Patriotique Rwandais : Parti présidentiel de Paul Kagame

[2TPIR : Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

[3FDU-Ikingi : Forces Démocratiques Unifiées du Rwanda
Principal parti d’opposition.

[4Rapport Mucyo/ Rapport Mutsinzi
Le rapport Mutsinzi a été produit par la Commission du même nom composée de sept membres nommés par le gouvernement rwandais en avril 2007. Elle a été chargée d’enquêter sur l’attentat présidentiel contre le président rwandais en fonction Juvénal Habyarimana, événement majeur considéré comme le « déclencheur » du génocide. La commission d’enquête s’est appuyée sur les documents du TPIR et sur des témoignages, et a conclu à l’implication des extrémistes hutus dans cet attentat. Cette thèse est diamétralement opposée à celle défendue par le juge Bruguière saisi dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Paris en 1998 à la suite des plaintes des familles de l’équipage français qui pilotait le Falcon 50 du président rwandais : imputant l’attentat au Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion tutsie rwandaise dirigée, à l’époque, par Paul Kagame, "Le rapport de la commission Mutsinzi n’est pas un document politique comme celui de la commission Mucyo « sur l’implication de l’Etat français dans la préparation et l’exécution du génocide ». Il reste donc aussi factuel que possible. Mais ses conclusions s’attachent à dédouaner le FPR, et à répondre point par point aux conclusions de l’ordonnance Bruguière, qui avait entraîné la mise en examen de neuf proches de Paul Kagame." (AYAD Christophe « Rwanda le rapport qui contredit la justice française » in Libération, 8 janvier 2010).

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