Palestine : la paix par le droit

Chronologie sur la Palestine

, par CDTM 34

L’histoire des Palestinien·nes remonte loin dans le passé du Proche-Orient. Mais l’histoire tragique du peuple palestinien prend racine dans le désir du peuple juif de créer son propre pays sur un territoire déjà occupé et dans des promesses contradictoires des puissances coloniales du début du 20e siècle. Le désir de création d’un État juif commence à se manifester à la fin du 19e siècle et s’accélère à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

Les prémisses du conflit

1890 : Préoccupé par les pogroms en Russie, le journaliste Theodor Herzl déclare nécessaire la création d’un État juif en Palestine et publie, en 1896, L’État des Juifs.

1897 : Le Congrès de Bâle est considéré comme l’événement fondateur du mouvement sioniste. Un fonds national juif est créé, chargé de l’achat de terres en Palestine.

1915 : Accords Hussein-Mac-Mahon : les Britanniques promettent aux Arabes la création d’un royaume sur l’ensemble de la péninsule arabique, à l’issue de leur victoire sur l’Empire ottoman.

1916 : Accords secrets Sykes-Picot : la Grande-Bretagne et la France conviennent de se partager le Proche-Orient en violation de l’accord Hussein-Mac-Mahon. Il est prévu de placer la Palestine, siège des lieux saints, sous statut international.

1917 : Déclaration Balfour : la Grande-Bretagne promet au mouvement sioniste de l’aider à créer un foyer national juif en Palestine.

Le mandat britannique

1922 : La Société des Nations attribue le mandat sur la Palestine à la Grande-Bretagne.

1933 : Hitler est nommé chancelier de la République de Weimar. La politique antisémite du IIIe Reich stimule l’immigration juive en Palestine. L’accord commercial « Haavara » est signé entre les autorités sionistes et le régime nazi.

1936-39 : Grande révolte palestinienne contre l’occupation britannique et contre la colonisation sioniste ; la répression décime l’élite palestinienne. Les milices sionistes, la Haganah et l’Irgoun, se structurent en véritable armée.

1937 : Plan Peel, premier plan de partage attribuant 30 % de la Palestine au Yishouv (communauté juive).

1938 : Échec de la conférence d’Évian dont l’objectif était de venir en aide aux réfugié·es juif·ves allemand·es et autrichien·nes fuyant le régime nazi.

1939 : Le Livre blanc britannique préconise l’indépendance de la Palestine pour 1947, la soumission de l’immigration juive à l’accord des habitant·es arabes et des mesures limitant l’acquisition de terres par les sionistes.

1941-45 : Génocide des Juif·ves européen·nes.

1942 : Le Programme de Biltmore est adopté à New-York. Les sionistes revendiquent un État juif sur l’ensemble de la Palestine mandataire.

1946 : Affrontements généralisés en Palestine.

Création de l’État d’Israël et conséquences pour les Palestinien·nes

1947 : Les Nations unies votent la résolution 181 qui partage la Palestine en un État juif (56 % du territoire), un État arabe (44%) et une zone sous tutelle internationale (Jérusalem et Bethléem). Les sionistes acceptent, les Palestinien·nes refusent.

1948 : En mars, Ben Gourion met en œuvre le plan Daleth d’épuration ethnique . La moitié de l’expulsion se produit ainsi avant la première guerre israélo-arabe.
L’État d’Israël est proclamé le 14 mai. Le lendemain éclate la première guerre israélo-arabe à l’initiative des pays arabes voisins. Israël occupe 78 % de la Palestine mandataire. Au total, 400 villages arabes sont détruits, entraînant un exode de 800 000 Palestinien·nes, c’est la Nakba, la catastrophe.
L’Assemblée des Nations unies vote le 11 décembre la résolution 194 qui « décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible. »

1950 : La loi sur le retour est votée. Tout·e juif·ve qui le demande peut immigrer en Israël et en devenir citoyen·ne. Israël devient membre des Nations unies.

1956 : Crise du Canal de Suez impliquant les Français et les Britanniques aux côtés d’Israël et seconde guerre israélo-arabe. Massacre des habitant·es du village palestinien de Kafr’Kassem.

Résistances palestiniennes

1964 : Création à Jérusalem de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) sous l’égide de l’Égypte.

1965 : Première opération armée du Fatah en territoire israélien.

1967 : 3e guerre israélo-arabe déclenchée par Israël, dite « des Six Jours ». Occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza ainsi que du Golan syrien et du Sinaï égyptien. Les Israélien·nes proclament Jérusalem unifiée la capitale d’Israël. Exode de 200 000 Palestinien·nes et de 150 000 Syrien·nes du Golan. Début de la colonisation de la Cisjordanie.

1968 : L’OLP acquiert son indépendance vis-à-vis des États arabes.

1969 : Le Fatah et le Front de libération de la Palestine (FDLP) se déclarent en faveur d’un « État palestinien démocratique et laïque » où juif·ves, chrétien·nes et musulman·es seraient égaux·ales.

1970 : Le conflit dit de « Septembre noir » commence lorsqu’à la demande des États-Unis, le roi Hussein de Jordanie liquide les forces palestiniennes dans le pays. Les combattant·es palestinien·nes se réfugient au Liban.

1972 : L’opération du commando « Septembre noir » aux jeux olympiques de Munich entraîne la mort de plusieurs athlètes israéliens.

1973 : Quatrième guerre israélo-arabe dite du « Kippour » initiée par l’Égypte et la Syrie mais remportée par Israël.

1974 : La Ligue arabe et l’ONU reconnaissent la représentativité de l’OLP et les droits légitimes des Palestinien·nes.

1975 : Guerre civile au Liban. Les Palestinien·nes combattent au côté des forces islamo-progressistes contre les Phalanges de la droite chrétienne soutenues par Israël.
La résolution 3379 de l’Assemblée générale de l’ONU assimile le sionisme à une forme de racisme et de discrimination raciale. Cette résolution sera révoquée en décembre 1991 par la résolution 46/86 de l’Assemblée générale des Nations unies.

1976 : Le 30 mars, une nouvelle vague d’expropriation de terres provoque une importante manifestation et une grève générale. Celle-ci est violemment réprimée. En mémoire, la « journée de la Terre » est consacrée chaque année à cette date.

1977 : En Israël, victoire électorale du Likoud et intensification de la colonisation. Menahem Begin affirme sa volonté de réaliser « Eretz Israël », soit le « Grand Israël ». Visite historique du président égyptien Anouar El Sadate en Israël, premier dirigeant arabe à y poser les pieds. Naissance du mouvement Shalom Akhchav (« La paix maintenant ! »).

1978 : Israël envahit le Liban du Sud. Les accords israélo-égyptiens de Camp David signés à Washington sous l’égide du Président des États-Unis marque la paix « séparée » entre l’Égypte et Israël.

1980 : Annexion de Jérusalem-Est par Israël.

1981 : Annexion du Golan syrien. Assassinat du président égyptien Anouar El Sadate.

1982 : Israël évacue le Sinaï et envahit le Liban.

1982-83 : Opération « Paix en Galilée », l’armée israélienne fait le siège de Beyrouth. L’OLP est contrainte de quitter le Liban. Les phalangistes, une milice libanaise, massacrent les Palestinien·nes des camps de Sabra et de Chatila au Liban, avec le soutien des Israélien·nes.

1987-1989 : Première Intifada (« soulèvement ») dite « la révolte des pierres », une résistance populaire qui durera plus de quatre ans. La répression par l’armée israélienne entraîne la mort de plus de 2 000 Palestinien·nes.

1988 : Lors de la 19e session du Conseil national palestinien, l’OLP proclame l’État indépendant de Palestine, déclare souscrire aux résolutions 181, 242, 338 des Nations unies et réaffirme sa condamnation du terrorisme. Yasser Arafat confirme la reconnaissance d’Israël devant l’Assemblée générale des Nations unies. Fondation du Hamas.

Le temps des négociations

1991 : Guerre du Golfe. Conférence de paix israélo-arabe à Madrid, initiée par les États-Unis et l’URSS.

1992 : Victoire électorale du parti travailliste. Yitzhak Rabin devient Premier ministre d’Israël.

1993 : Accords dits « d’Oslo », suite à des négociations secrètes entre l’OLP et le gouvernement Rabin. Ils mettent fin à la première Intifada.

1994 : Installation de l’Autorité nationale palestinienne (ANP) à Gaza et Jéricho. Massacre par un colon israélien de 29 Palestinien·nes au Caveau des Patriarches à Hébron. Accords de Paris sur des questions économiques. Traité de paix entre Israël et la Jordanie.

1995 : Accord de Taba, « Oslo II ». Les zones A, B et C sont délimitées dans les Territoires occupés. Yitzhak Rabin est assassiné par un utra-nationaliste israélien.

1996 : Création et élection du Conseil législatif palestinien. Yasser Arafat est élu président de l’ANP. L’ANP supprime de la Charte nationale palestinienne les articles mettant en cause l’existence d’Israël. Victoire électorale de Benyamin Netanyahou (Likoud).

1997 : Protocole sur le redéploiement israélien à Hébron. Intensification de la colonisation à Jérusalem-Est.

1998 : Projet israélien de municipalité unique pour Jérusalem qui équivaut à l’annexion des colonies du « Grand Jérusalem ».

1999 : Fin de la période d’autonomie intérimaire durant laquelle les parties devaient trouver une solution définitive aux questions majeures (Jérusalem, réfugié·es, frontières…). Victoire électorale d’Ehud Barak, travailliste et Premier ministre israélien.

2000 : Retrait israélien du Liban. Échec du sommet de Camp David. La provocation d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées provoque la seconde Intifada. Israël détruit les installations de l’Autorité palestinienne à Gaza. De nombreux attentats suicides ont lieu en Israël. Échec des accords d’Oslo.

2001 : L’intransigeance d’Ehud Barak sur Jérusalem, les frontières et la question des réfugié·es entraîne l’échec des négociations de Taba. Ariel Sharon remporte les élections et devient Premier ministre. Claustration forcée de Yasser Arafat à Ramallah. Attentat du World Trade Center à New-York.

2002 : Ariel Sharon rejette l’initiative de paix arabe adoptée à l’unanimité par les États de la Ligue arabe. Le lendemain, l’opération « Rempart » mène à la réoccupation brutale des zones autonomes palestiniennes. Début de la construction du mur « de séparation ». Georges W. Bush conditionne la création d’un État palestinien à une « direction palestinienne nouvelle et différente ».

2003 : Les États-Unis forcent la nomination de Mahmoud Abbas comme Premier ministre de l’ANP. Présentation du Pacte de Genève. L’UE place la branche politique du Hamas sur la liste des « organisations terroristes ». Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU demandant l’arrêt de la construction du mur. Invasion de l’Irak par les États-Unis.

2004 : Exécutions extra-judiciaires par Israël, du cheikh Ahmed Yassine et d’Abdelaziz Al-Rantissi, chefs spirituels du Hamas. Marwan Barghouti, militant palestinien et député, est condamné cinq fois à la prison à vie. La Cour internationale de justice déclare la construction du mur contraire au droit international. Décès de Yasser Arafat. Retrait israélien unilatéral de Gaza.

2005 : Mahmoud Abbas est élu président de l’ANP. Israël se retire de la bande de Gaza dont il contrôle néanmoins toutes les issues, la transformant en ghetto. La société civile palestinienne lance l’appel BDS (Boycott Désinvestissements Sanctions).

2006 : Victoire du Hamas aux élections législatives dans les Territoires occupés. Malgré la reconnaissance de la loyauté du processus électoral, l’UE suspend son aide à l’ANP. Israël suspend la rétrocession des droits de douanes à l’ANP. L’armée israélienne lance les opérations « Pluie d’été » contre la bande de Gaza et « Punition adéquate » contre le Liban.

2007 : Malgré un accord sur la formation d’un gouvernement d’union, des affrontements inter-palestiniens à Gaza aboutissent à la prise de contrôle de ce territoire par le Hamas.

Impasse : la colonisation continue en totale impunité

2008 : Après cinq mois de trêve, Israël reprend les assassinats extrajudiciaires de membres du Hamas qui riposte par des tirs de roquettes. Opération « Plomb durci » contre la bande de Gaza.

2009 : L’armée israélienne fait usage d’armes prohibées contre les habitant·es de Gaza. Rapport du juge Goldstone sur l’attaque israélienne contre Gaza. L’ONU cède aux pressions des États-Unis et reporte le vote sur la saisine de la Cour pénale internationale.

2010 : L’armée israélienne attaque la Flottille de la liberté initiée par le mouvement international de solidarité avec le peuple palestinien en vue de briser le blocus de Gaza ; l’assaut fait au moins neuf morts parmi les passagers. Barack Obama force Mahmoud Abbas à reprendre des discussions directes avec Benyamin Nethanyahou à Washington, sans résultat.

2011 : Demande d’adhésion de l’État palestinien à l’ONU. Vote d’adhésion de la Palestine à l’UNESCO. Veto des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU sur la condamnation de la colonisation.

2012 : La Palestine devient État observateur à l’ONU. Assassinat, par les services israéliens, d’Ahmed Jabari, responsable du Hamas et principal interlocuteur du gouvernement israélien. Opération israélienne « Colonne de nuée » contre la bande de Gaza.

2013 : Reprise des discussions entre les forces israéliennes et palestiniennes à Washington.

2014 : Nouvel échec des négociations de paix Palestine-Israël portées par le Secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry. Opération israélienne « Bordure protectrice » contre Gaza. Soulèvement des Palestinien·nes de Jérusalem pour protester contre la colonisation.

2015 : Benyamin Nethanyahou remporte les élections sur le programme « Non à un État palestinien ». Rapport de l’organisation « Breaking the silence » sur les crimes de guerre israéliens. Multiplications des attaques de villages palestiniens en Cisjordanie par des groupes de colons. La colonisation israélienne se poursuit.
La Palestine devient le 123ème membre de la Cour pénale internationale (CPI). Elle peut désormais agir en qualité d’État au sein cette organisation internationale et y voter.

2016 : Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 2334 condamnant, comme en 1980, la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens occupés.

Un peuple debout qui résiste

2017 : Le gouvernement israélien, l’armée et les colons accélèrent les violences. Les Palestinien·nes, par des mobilisations non violentes, font reculer le pouvoir. Il·Elles obtiennent notamment le retrait des portiques de contrôle aux entrées de l’Esplanade des mosquées.
Le Président des États-Unis reconnaît Jérusalem capitale d’Israël mais l’Assemblée générale de l’ONU désapprouve, à une large majorité, cette reconnaissance unilatérale.

2018 : Le 30 mars, à l’occasion de la journée de la Terre en Palestine (journée de protestation contre la confiscation des terres palestiniennes par Israël), commencent les « Grandes marches du retour » à Gaza [1]. Ces manifestations organisées chaque vendredi jusqu’en décembre 2019 sont violemment réprimées par l’armée israélienne 348 Palestinien·nes ont été tué·es par des tirs de l’armée israélienne et 7 800 autres ont été blessé·es par balle, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les États-Unis inaugurent officiellement leur ambassade à Jérusalem le 14 mai.

19 juillet  : Promulgation par Israël de la loi dite de « l’État-nation du peuple juif » qui fait de la colonisation un valeur nationale à encourager et prend des mesures discriminatoires à l’égard des Arabes israéliens qui représentent 20% de la population, retirant notamment à l’arabe son statut de langue officielle au même titre que l’hébreu .

2019 : La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) confirme que les produits issus des colonies israéliennes des Territoires occupés doivent comporter une indication explicite de leur origine.

2020 : Janvier : Le plan de paix du Président des États-Unis, Donald Trump, qui prévoit l’annexion des colonies, est immédiatement rejeté par les Palestinien·nes.
17 mai : Le gouvernement d’union de B. Netanyahou et B. Gantz déclare qu’Israël prévoit d’annexer, en juillet prochain, la vallée du Jourdain et les colonies situées en Cisjordanie.