Cartographie du surplomb

Ce que les résistances au concept d’intersectionnalité nous disent sur les sciences sociales en France

, par Mouvements

Élaboré il y a plus de trois décennies par des théoriciennes féministes non-blanches, le concept d’intersectionnalité se réfère à la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société – en particulier de classe, de race et de genre. Bien qu’ayant fait ses preuves, aussi bien dans le champ politique que scientifique, cet article rappelle qu’une partie du monde académique s’attache à décrédibiliser cette approche.

Cette délégitimation du concept d’intersectionnalité est souvent le fait d’universitaires ignorant délibérément ou s’accrochant à leurs privilèges de classe, genre et de race ; cet article revient sur leurs principales critiques pour les déconstruire :
 les détracteurs de ce concept l’accusent de « prendre en compte de mauvaises identités » et de « donner lieu à l’essentialisation et l’assignation des individus à des catégories jugées douteuses, en particulier pour les identités raciales ». Une partie du monde académique, dans les faits, considère encore qu’il y aurait des identités légitimes et d’autres illégitimes, ce qui, ce faisant, reflète le tabou français colonial sur la question raciale, en refusant de la nommer. 

  Ils et elles jugent, en outre, que l’intersectionnalité prend mal en compte les identités, qu’elle les réifie. Alors que pour les autrices de l’article, l’approche intersectionnelle tient au contraire à examiner la construction des identités au croisement de rapports sociaux multiples, vécus comme des processus articulés. La réification des identités proviendrait plutôt des analyses ne s’intéressant qu’à un seul axe identitaire.

  Ils et elles pensent que l’intersectionnalité privilégie « le genre et la race sur la classe sociale » alors qu’en réalité l’intersectionnalité « offre plutôt une complexification de l’analyse des régimes d’oppression et donne, sur le plan pratique, la possibilité de construire, avec un souci d’égalité et de réciprocité, des causes communes. »

Comme le font remarquer les autrices, ces considérations apparemment théoriques sont cruciales, car elles ont une implication politique essentielle : refuser la primauté de la catégorie de classe sociale sur les catégories de genre et de race signifie effectivement le refus d’ « une hiérarchie des luttes où la question de la classe sociale prévaudrait sur d’autres expériences minoritaires. »

Les autrices observent par ailleurs que le rejet de l’intersectionnalité de la part d’une partie du monde académique reflète leur incapacité à inclure les personnes provenant de groupes minoritaires dans l’institution universitaire (maintenant l’institution universitaire comme un bastion d’hommes blancs de classe moyenne-haute) ou leur possibilité de penser les questions minoritaires autrement que sous l’angle du communautarisme : « c’est bien son pouvoir de remise en cause et sa capacité à pointer les aveuglements majoritaires qu’il faut défendre et affirmer à l’heure qu’il est, pour mieux regarder en face les apories du monde académique français et montrer qui ses mécanismes de recrutement et de promotion continuent de privilégier et quelles formes d’inégalités il reconduit encore. »

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