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La normalisation et ses effets sur les producteurs du Sud

Bolivie, Bénin : regard croisé d’expériences de mise en place du commerce équitable

, par ISF - Ingénieurs sans frontières

Les producteurs du Sud qui souhaitent mettre en place une filière d’exportation sont confrontés à un véritable parcours du combattant : respect des normes qualité et sanitaires, difficultés de communication. L’enjeu en vaut-il la chandelle ? Ingénieurs Sans Frontières a fait se rencontrer deux expériences d’organisation de producteurs, l’une récente sur la filière Ananas au Bénin, et l’une plus ancienne concernant la production de Café en Bolivie. Toutes deux ont fait le choix de la labellisation Commerce Équitable et en relatent l’impact et leur perception.

Le parcours du combattant des producteurs d’Ananas Béninois

Les producteurs d’ananas béninois se sont organisés pour faire face à deux principaux problèmes : la difficulté d’écoulement des produits sur les marchés locaux et la mauvaise maîtrise de l’itinéraire technique par les producteurs non accompagnés par les services de l’État qui ne maitrisent pas cette filière.

Pour surmonter ces difficultés, les producteurs sont entrés en relation avec des programmes de formation existants portés par des institutions internationales. Albert Houngnibo, producteur d’ananas et responsable de l’UGPAT (Union des Groupements de Producteurs d’Ananas du Toffo), une organisation de producteurs, témoigne : « Communication à distance, manuels de formation en Anglais : les moyens proposés n’étaient pas adaptés et ont rendus nos premiers pas difficiles. » Lorsque l’organisation s’est tournée vers un programme national d’État, elle s’est trouvée insatisfaite : « L’organisation fédérative a dû se rapprocher de l’État pour envisager un accompagnement national par une organisation interprofessionnelle. Celle-ci n’avait pas les connaissances et moyens pour nous accompagner dans ce processus. »

Pour la question de l’accès aux marchés, les producteurs ont dû prendre directement contact avec les transformateurs locaux (exemple ananas séché). Albert Houngnibo poursuit : « la certification était obligatoire pour pouvoir vendre à l’international. Les difficultés de communication, l’absence de présence d’interlocuteurs sur le terrain ont rendu le processus difficile. »

Pour les normes volontaires, comme le commerce équitable, l’adaptation a été plus facile. Les producteurs ont pris contact avec Fairtrade Labelling Organisation pour s’informer et avancer sur ce point, le certificateur était là pour également jouer un rôle de conseiller tant auprès des producteurs que du responsable d’organisation. Tout le monde a été impliqué dans le processus.

Un challenge atteint avec le Commerce Équitable : la structuration des organisations de producteurs

« Tout au long de ce parcours de mise en place d’une filière d’exportation, les responsables de l’organisation apprennent, montent en compétence et en compréhension des enjeux », témoigne Hubert De Beaumont, Responsable de l’ONG TechDev en charge de l’appui technique à la mise en place de cette filière.

Pour autant, les producteurs à la base de l’organisation ne sont pas intéressés par les normes mais focalisés sur les moyens de vendre plus. Une distance se créée à l’intérieur des organisations de producteurs, et « la restitution des apprentissages et des connaissances auprès de la base n’est pas aisée.", indique Albert Houngnibo.

C’est face à cet enjeu qu’a été mobilisée la prime pour le développement local acquise grâce à la vente sous Label Commerce Équitable : ainsi le renforcement de l’organisation fédérative a privilégié l’équipement du territoire communal au profit de l’ensemble des habitants.

Du niveau local au niveau national, s’est structuré et a émergé un acteur collectif « ananas ». La filière ananas est maintenant organisée sur l’ensemble du territoire national. Des acteurs locaux ont pu émerger et sont maintenant reconnus comme interlocuteurs et sont impliqués dans la définition des politiques agricoles régionales.

En Bolivie, quelles leçons tirer de 10 années de commerce équitable ?

Agronomes & Vétérinaires Sans Frontières interviennent depuis 15 ans, avec d’autres ONG, pour l’appui des coopératives boliviennes engagées dans l’exportation de café sous label Commerce Équitable. 20 000 producteurs de café sont aujourd’hui concernés. L’appui a pu se dérouler dans la durée et de manière multiforme, aussi bien en matière de techniques que de gestion d’entreprise. Des échanges sud-sud entre la Bolivie et le Pérou ont également été organisés et contribuent à cette démarche de formation et de valorisation.

Après dix années d’aventure dans le commerce équitable, le principal impact, outre de meilleurs revenus pour les producteurs, tient aussi à la structuration de leur organisation. Les coopératives de producteurs valorisent mieux leur café, tant en commerce équitable que sur le marché conventionnel : elles évitent les intermédiaires et parviennent même à les concurrencer. Outre les coopératives, les acteurs politiques locaux et nationaux informés et conscientisés, mettent en place eux-mêmes des réglementations adéquates pour appuyer le secteur du café dans la zone. Enfin, les coopératives sont en mesure de participer au processus d’élaboration des normes.

Faire face à la complexité des normes Commerce Équitable

De part et d’autre de l’Atlantique, en Bolivie comme au Bénin, ces normes sont perçues comme trop complexes par les producteurs et leurs coopératives. Pour Albert Houngnibo, « Ces normes visent trop de choses et sont difficiles à suivre dans leur globalité. Seuls quelques responsables comprennent les exigences, celles-ci ne sont pas comprises par les producteurs à la base. » Frédéric Laloy, d’AVSF ajoute :« Les clients à l’exportation exigent une production homogène, dans la durée, or les moyens techniques et financiers disponibles localement sont limités. »

Deux conclusions sont tirées du regard Béninois : la réalité des primes de développement ne financent finalement pas les infrastructures collectives. Elles devraient d’abord renforcer les OP avant de renforcer la commune. Enfin, les producteurs demandent un peu de souplesse dans l’application progressive des contraintes et standards liés aux différentes normes.

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