Augmenter le PIB ou le bien vivre ?

, par BITTENCOURT Carlos

L’article est une traduction du portugais vers le français par Fernanda Gregoire, traductrice bénévole à Ritimo.

Le 12 juillet dernier, la Présidente Dilma a fait une importante déclaration qui doit être lue et écoutée dans toute sa profondeur : “Une grande nation doit être mesurée par ce qu’elle fait pour ses enfants et pour ses adolescents. Ce n’est pas le Produit Interne Brut.” Cette déclaration a-t-elle pour objectif calmer les esprits des électeurs face à la crise qui s’approche ou montrer une réorientation stratégique pour faire face au prochain cycle économique qui montre une tendance plus récessive que le précédent ?

Ces 10 dernières années, le Brésil a subi une reformulation du pari stratégique de la période précédente. Les vents qui ont balayé la domination du néolibéralisme le plus endurci de toute l’Amérique Latine, ou presque, ont soufflé par ici aussi. L’État brésilien a renforcé son rôle d’inducteur du développement capitaliste, en vue d’un repositionnement du Brésil, même dans le scénario des puissances mondiales. Il a donc renforcé un processus accéléré de concentration de capitaux et d’investissements dans certains secteurs de l’économie, et plus particulièrement certains majeurs, comme Petrobas, Vale et JBS Friboi, tous fortement liés au secteur primaire. En même temps, le Brésil a constitué les bases des infrastructures logistiques – du transport et de l’énergie, par exemple – pour faciliter, en réduisant les coûts et en accélérant la rotation, la reproduction et la circulation de ces capitaux sur le territoire brésilien. Il faut également souligner le renforcement de l’orientation de cette production vers les ports du pays, qui a renforcé une régression de l’exportation primaire qui n’a pas diminué avec les incitations au secteur de l’industrie de transformation.

Ce qui se vérifie, sans avoir besoin d’une analyse très approfondie, c’est que le modèle actuel de développement brésilien est profondément de croissance, c’est-à-dire, tourné principalement vers une croissance du PIB, l’équilibre de la Balance Commerciale et de Paiements et le paiement des intérêts et l’amortissement de la dette. Ce sont là les traits fondamentaux de ce qu’on appelle communément le néo-développement.

Un des piliers de ce modèle est ce que certains penseurs latino-américains, comme Alberto Acosta, appellent de néo-extrativisme. La production de pétrole et minéraux se détache dans ce scénario. Même si la participation de l’industrie extractive minérale dans le PIB a augmenté de 156% ces 10 dernières années, le Plan National de l’Exploitation Minière 2030, approuvé l’année dernière par le gouvernement, précise que l’objectif de plus que doubler la production minière brésilienne. « La production de certains minéraux et produits à base de minéraux, en fonction de 2008, pour la consommation intérieure et les exportations, devra croître de trois à cinq fois (jusque 2030). » (Cette augmentation représente, en plus de la tendance à la re-primarisation, une catastrophe en termes de responsabilité sociale et environnementale, car elle soumettra des milliards de communauté à la dynamique hautement destructive et d’important impact de l’exploitation minière.

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S’il y a effectivement un sérieux intérêt de la part du gouvernement de privilégier l’agrandissement socio-environnemental du pays face à la croissance économique, des mesures concrètes et immédiates de réorientation de sont nécessaires. Le Plan d’Exploitation Minière 2030, par exemple, prévoit des investissements pour le secteur minier de l’ordre de 150 billions de dollars d’ici 2022. La réalisation d’investissements de cette grandeur crée une orientation d’avenir, presque une destinée, pour la stratégie de développement. Pour deux raisons principalement, parce que la matérialisation de ces ressources sur le territoire implique un profond remodelage social, culturel, environnemental et parce que le temps de retour, pour que des investissements de ce calibre deviennent lucratifs, est long, n’est pas immédiat à partir du démarrage des opérations des mines et, par conséquent, il doit prévoir se perpétuer jusqu’à épuisement des mines.

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L’expansion de l’industrie est intrinsèquement associée à la logique de la croissance du PIB et de l’équilibre de la Balance Commerciale et de Paiement. Sans le solde de l’exploitation minière dans la Balance Commerciale brésilienne, le Brésil aurait été déficitaire ces dernières années. En même temps, cette expansion est la cause de bien de malheurs dans la vie de milliards d’enfants et d’adolescents, atteints par l’exploitation minière ; il y a d’innombrables cas de travail infantile et d’esclaves dans les filières qui bénéficient du fer.

Il y a des études qui indiquent l’augmentation de la prostitution, inclusivement infantile, dans de nombreuses zones où l’exploitation minière se développe. Malgré les gains importants de capital qu’elle génère et de son importante participation pour la croissance du PIB, l’exploitation minière emploie très peu de travailleurs et, au lieu de de laisser des bénéfices pour les habitants où elle s’installe, elle laisse des dommages sociaux et environnementaux.

Si ce qu’a dit la Présidente Dilma Roussef, plus que du prosélytisme, représente une réorientation stratégique, il est fondamental et urgent de construit les bases de cette réorientation. La logique qui remplacera la croissance et l’expansion du PIB comme objectif principal cherchera la distribution et la rupture des mécanismes de concentration. En deuxième lieu, il faut chercher à diversifier l’économie pour empêcher sa monotonisation en peu de secteurs. Pour cela, en même temps qu’il faut investir fortement dans l’éducation, la recherche et la technologie pour constituer une production avec une plus grande capacité intellectuelle et technique agrégée, il faut aussi valoriser la petite production, les secteurs d’extraction traditionnels et artisanaux et un production agricole fondée dans la petite propriété. De ce façon, il est possible de prévenir les pénuries et de redistribuer la production, la terre et la richesse, en garantissant certainement, le bonheur pour la plupart des enfants, des adolescents et des citoyens du Brésil, des campagnes et des villes.

Il y a déjà un grand débat naissant, au niveau national et international qui dirige en ce sens. La création d’indicateurs comme le BIB (Bonheur Interne Brut), de mécanismes d’évaluation d’accès à la citoyenneté comme l’Incid (Indicateurs de la Citoyenneté) par Ibase, tout le débat qui se fait autour de la décroissance et plus récemment, en Amérique Latine, la défense d’une stratégie post-extraction, sont des pistes de ce nouveau chemin à parcourir. Dans un pays grand comme le Brésil, avec sa diversité environnementale, culturelle, climatique, sociale, il est possible de créer les bases pour un développement alternatif, tourné vers celui qui vit dans le pays et non pas vers celui qui vit du pays. Reste le défi : que le bonheur et le bien-être de nos enfants et adolescents soit la mesure de grandeur du pays et non plus le PIB.

Observatorio do Pré-sal