Low tech : face au tout numérique, se réapproprier les technologies

Les articles

À Cusco, des low tech qui ne disent pas leur nom

, par WEILL Caroline

La question des low tech émerge avec force ces dernières années en France. En effet, à l’aune des discours politiques autour du changement climatique, du pic pétrolier (c’est-à-dire de la chute de la production mondiale de pétrole), voire d’un potentiel effondrement civilisationnel à venir, beaucoup s’interrogent sur les outils du quotidien : complexes, rarement réparables, gourmands en ressources et en énergie... Dans le contexte actuel, la question est de savoir comment nous continuerons à produire et à vivre, c’est-à-dire à transformer la matière pour répondre à nos besoins, lorsque nous aurons moins de ressources et moins d’énergie.

Or un grand nombre de personnes dans le monde vivent actuellement avec moins de ressources et d’énergie qu’en France [1]. La question « comment continuer à produire et à vivre » se pose différemment là où, justement, on produit et on vit différemment qu’en France, en Europe ou dans le « Nord » occidental. Dans cet article, nous proposons quelques réflexions sur les low tech d’un point de vue spécifique et situé, celui de l’expérience des habitant·es de la région de Cusco, dans le sud des Andes péruviennes. Si ce cas ne prétend pas être représentatif de la totalité des expériences vécues, difficultés, initiatives, analyses et réflexions des Suds, elle propose néanmoins des pistes pour décentrer son regard sur les questions de technologie, de ressources et de résilience individuelle et collective.

Dans le quartier de San Blas, à Cusco, les câbles électriques s’enchevêtrent de manière chaotique. Crédit photo : Nicolas Nova (CC BY 2.0)

L’accès aux outils, un besoin quotidien et concret

À Cusco, en parodiant la relation entre les humain·es et les animaux, on entend souvent la phrase : « les outils sont les meilleurs amis des humain·es ». Toutes les personnes qui ont une expérience de la zone rurale le savent. Pour couper le bois, percer des trous, lisser des surfaces, réparer un évier, souder une lampe... les outils font économiser un temps et une énergie infiniment précieuse. Ils permettent également d’obtenir une qualité du travail fini (donc une résistance au passage du temps) bien plus importante, ce qui évite de devoir réparer ou refaire le même travail peu de temps après. Lorsque l’on ne dispose pas d’une organisation sociale (internationale) qui externalise la production des biens et services nécessaires à ses besoins, et qu’il faut le faire soi-même, la possession d’outils devient presque une question de dignité.

Au cours d’une conversation, une amie états-unienne m’a raconté comment, lors d’un trajet en mini-bus climatisé dans les Andes, elle observait les paysan·es andin·es travaillant dans les champs, pieds nus, charrue à la main, sous le soleil de plomb du mois de juin tropical, à 3 600 mètres d’altitude. Elle s’extasiait devant ce qu’elle décrivait comme leur lien privilégié à la Pachamama, la Terre Mère, car ils n’uti-lisaient pas de tracteur ni de machine qui « viole la terre » pendant leurs activités agricoles, « préférant » des techniques plus primaires, en contact direct « avec la Terre et le Ciel ». Ce genre d’idéalisation du lien des peuples des Suds avec l’absence de technologie (qui s’apparente à une forme d’exotisation de la pauvreté) ne fait que refléter, en filigrane, son inconscience vis-à-vis des technologies mais aussi de l’organisation sociale qui produit et utilise les technologies, lui donnant, à elle, le luxe d’être assise au frais, pendant que d’autres se brisent le dos, tout au long de leur vie, car ils ne peuvent pas s’acheter un tracteur – ce qu’ils feraient sans y réfléchir s’ils en avaient les moyens.

Ainsi, pour beaucoup, l’accès aux outils et à la technologie est source d’émancipation. Les aspirations au « zéro technologie » ou les discours anti-machines de certain·es luddites ne trouvent donc pas, ou bien peu d’écho dans une région comme Cusco. La plupart de ses habitant·es n’ont que trop conscience de ce que les outils et la technologie leur permettent de faire, et surtout d’arrêter de faire.

C’est également le cas pour les technologies numériques. Même en zone rurale, dans les communautés andines sans électricité dans les maisons, sans eau ni évacuation des eaux usées, la plupart des habitant·es ont à présent un téléphone portable. Dans ces régions isolées et arides, pour aspirer à une vie qui aille au-delà de l’agriculture de survie, beaucoup de jeunes et de moins jeunes migrent, temporairement ou définitivement. Dans ce contexte, les liens familiaux et affectifs dépendent grandement de l’accès aux technologies de la communication. Si la radio est le moyen le plus répandu pour faire circuler des informations ou convoquer à des réunions, les jeunes ont de plus en plus recours à Internet pour accéder aux produits culturels dominants : musique pop, vidéoclips des chanteur·ses les plus à la mode, chorégraphie du moment... Dans les zones les plus reculées, ces jeunes aspirent à sortir de la position socio-culturelle périphérique (voire subalterne), qui leur a été imposée avec l’organisation coloniale de l’État créole [2], et à (s’)intégrer (à) ce que signifie être jeune, péruvien·ne et « cool » aujourd’hui.

La question de la continuité des liens affectifs en contexte migratoire important, comme celle de l’auto-estime socio-culturelle, n’est pas une question subalterne. Dans ces régions du monde, la question de l’accès, l’appropriabilité et la durabilité des technologies, dont numériques, est donc un enjeu de taille. Mais, dans ce contexte, les questions ne se posent pas de la même façon.

La nécessité économique, la plus grande promotrice du low tech

L’accès aux outils, dont les technologies numériques, est un enjeu important ; d’autant plus que le Pérou ne produit presque aucun outil numérique. Dans la logique de la théorie économique de l’avantage comparatif, les pays du Sud basent leur économie sur l’extraction des matières premières, ensuite transformées grâce au savoir-faire étranger, qui accapare alors la plus-value. Puis, ces objets transformés, manufacturés, industriels, sont revendus au pays du Sud à un prix équivalent à celui pratiqué en Europe. Ainsi, si un ordinateur vaut 500 euros en France, il vaudra au minimum 1 750 Nuevos Soles péruviens (puisqu’un euro équivaut en moyenne à 3,5 Nuevos Soles). En outre, les frais de transport et le relatif monopole de l’importation de ces technologies vers le Pérou implique que le prix réel pratiqué soit parfois encore plus élevé qu’en Europe. De même, un ciseau à bois à 9 euros dans les grandes surfaces européennes se vend entre 50 et 60 Soles (14-16 euros). Or les Européen·nes gagnent en euros et non en sol péruvien : une heure de travail en France vaut trois heures et demie de travail au Pérou, du fait du taux de change. Pour les Péruvien·nes, il faut travailler 3,5 fois plus pour accéder aux même outils et aux technologies numériques – cet accès est donc profondément inégal au niveau international.

Parce que cet accès est limité, c’est la nécessité économique et matérielle qui pousse à la mise en place de stratégies de sobriété, de réappropriation et de durabilité qui se rapprochent de ce dont on parle à travers le terme low tech.

Tout d’abord, par manque de moyens ou d’alternatives, les Cusquénien·nes utilisent ce qu’ils et elles ont sous la main pour répondre à leurs besoins quotidiens. Une anecdote personnelle reflète cette idée : en déplacement dans une communauté andine, et après avoir aidé les comunerxs (membres de la communauté) à déplacer des pierres pour « retourner » les plants de pomme de terre, notre groupe s’est assis pour manger et se rafraîchir. Un jeune sort de son sac un tube en plastique percé de petits trous et commence à jouer une mélodie locale. Surprise que la flûte ne soit pas en bambou (ce qui serait plus « traditionnel »), j’ai dû me rendre à l’évidence : une flûte en plastique se dégrade moins du fait de l’humidité, a moins de risque de se briser dans le sac et est virtuellement éternelle. Auparavant, les musicien·nes faisaient avec ce qu’ils et elles avaient sous la main, du bambou ; aujourd’hui, les restes de tubes en plastique sont plus résistants et tout aussi pratiques. Au diable les clichés touristiques immuables sur les peuples autochtones avec leurs instruments en bambou. À Cusco, c’est aussi par manque de moyens qu’on utilise des matériaux locaux pour ses activités quotidiennes.

Par nécessité matérielle, les Cusquénien·nes gardent précieusement tous les restes, matériaux et rebuts possibles et imaginables. Les pelures de pomme de terre vont aux animaux (si on n’en a pas, on les garde pour les animaux du cousin ou de la voisine) et les sacs en plastique sont soigneusement pliés et entreposés : imperméables, étanches, souples et légers, ils se révèlent d’une incroyable utilité au quotidien. Les morceaux de bois et de fer s’accumulent à l’infini dans les garages, au cas où cela pourrait servir. Dans ce contexte, la récupération et la réutilisation sont des pratiques quotidiennes, au point que les installations électriques publiques souffrent des vols répétés de câbles en cuivre. L’exclusion du marché de la consommation de masse rend la relation aux objets beaucoup plus précieuse : les stands de réparation de vêtements, de chaussures, mais aussi de téléphones portables et d’ordinateurs, font légion dans une ville comme Cusco ainsi que dans les petites villes avoisinantes. On garde, on récupère, on répare, on réutilise, car remplacer une machine ou un objet défaillant reviendrait trop cher.

La mutualisation des biens et des services numériques en particulier est une réalité quotidienne. Les cybercafés qui proposent, pour un sol de l’heure, l’utilisation d’un, deux ou trois ordinateurs connectés à Internet pullulent aux quatre coins de la région. Dans les petits villages reculés, on les trouve dans les échoppes multifonctions, où l’on peut également acheter des babioles chinoises en plastique pour peigner son enfant ou acheter du pain fabriqué dans l’arrière-cour. Pourquoi acheter soi-même un ordinateur quand on peut l’utiliser, de temps en temps, pour y faire des opérations précises et concrètes ? Dans une société peu numérisée, la plupart des services se font en face à face, au terminal de bus pour acheter des billets, à la banque pour retirer son salaire ou déposer sur le compte d’un parent, ou encore au guichet du coin de la rue pour payer ses factures d’eau et d’électricité. La mutualisation des machines est donc plus logique et économique pour les utilisateur·rices, comme en témoignent les « ventes d’appel » dans la rue par des femmes aux gilets fluorescents, qui font payer quelques Nuevos Soles les appels depuis les trois ou quatre téléphones portables qu’elles portent autour du cou.

Un panneau annonce la présence d’un Internet café dans une boutique de la Vallée Sacrée des Incas, près de Cusco. Crédit photo : Nicolas Nova (CC BY 2.0)

L’absence d’un marché légal de consommation de produits culturels (livres, musique, films, etc.) a donné lieu à une explosion de vente de disques par téléchargement illégal. À Cusco, même les livres achetés sur les marchés sont des copies illégales, comme en témoignent les nombreuses fautes de frappe. Les logiciels qu’on installe sur l’ordinateur sont des copies illégales de Microsoft et les bidouilleurs électroniques sont nombreux. Le droit à la propriété intellectuelle privée est sapé par le besoin pressant de nombreuses personnes sans grandes ressources d’avoir accès aux technologies numériques et par un contrôle de l’État très laxiste. De la même façon, pour obtenir un accès à Internet que l’entreprise commerciale refuse (dans les zones considérées « en périphérie » de la ville), il suffit de tirer un câble depuis chez les voisin·es et diviser la facture par deux.

C’est donc bien par nécessité économique que la plupart des habitant·es de Cusco et de sa région font avec les matériaux disponibles localement, réutilisent, recyclent, réparent et mutualisent les outils disponibles. Les enjeux de la question autour des technologies, et les questions sociales, environnementales et politiques qu’elle pose, prennent un visage différent ici et là : au Pérou, plus qu’un enjeu écologique, il s’agit d’un enjeu de décolonisation.

Décoloniser les imaginaires collectifs et les relations sociales, un enjeu majeur du low tech au Pérou

Par nécessité, la plupart des personnes qui vivent en marge du système économique et culturel mondial ont recours aux pratiques low tech, sans le nommer. Mais leur intégration progressive au marché, via des programmes publics ou privés de « développement », va de pair avec une logique euro-centrée. En effet, qu’est-ce que le « développement » sinon l’adéquation avec le mode d’organisation socio-économique occidental, malgré tous les maux qu’on peut lui reconnaître ? Or, cette logique d’évolution sociale se traduit au Pérou par l’idéologie de la modernité, que le sociologue Anibal Quijano [3] a amplement décrit par le concept de colonialité du pouvoir et du savoir : l’association du capitalisme, de l’euro-centrisme et du racisme. Une idéologie de la modernité, qui cherche à remplacer des modes d’organisation et de production sobres, adaptés socialement et environnementalement et qui ont fait leur preuve dans l’héritage des sociétés pré-colombiennes, par des formes plus « compatibles » avec le capitalisme à l’occidentale, introduit par le processus de colonisation et renouvelé par les pratiques de « développement ».

Ainsi, les maisons traditionnelles du Pérou, construites avec des briques de terre mélangées à du foin, gardent parfaitement la chaleur pendant les longs mois de « harto frío » (froid intense). Cependant, vivre dans une maison de terre crue est aujourd’hui considéré comme un marqueur social de pauvreté, voire pire, d’« indigénéité ». Il convient au contraire de construire avec des « matériaux nobles », c’est-à-dire du ciment et du béton, même si la maison devient un frigidaire : c’est cela, le « progrès », qui associe plus la personne à l’occidental·e blanc·he qu’au·à la paysan·ne marron·ne. L’ascension sociale passe également par la consommation de produits de marques comme KFC, McDonald’s ou Starbucks, au mépris des produits locaux, bien qu’ils soient plus nutritifs et de meilleure qualité. Dans cet imaginaire, ce qui vient de l’étranger, d’Europe et des États-Unis, est nécessairement meilleur. La résistance à des produits et des technologies gourmandes en ressources mais marqueurs de statut social (4x4, voyages réguliers en avion , etc.) implique d’identifier la rhétorique du progrès et de la modernité, afin de mieux y opposer des modes d’organisation socio-économique décolonisés, donc culturellement adaptés et environnementalement viables. Cette idéologie est évidemment soutenue par le fait que le chauffage, absent de la plupart des maisons dans la ville de Cusco, est éservé aux hôtels pour touristes, tout comme la disponibilité d’eau 24 heures sur 24 , l’eau chaude avec une bonne pression dans les douches, l’accès à Internet à haut débit de façon illimitée dans chaque pièce. La lutte décoloniale, si elle doit passer par le biais idéologique, ne peut pas se passer de la dimension concrète de la colonialité du pouvoir : à l’heure actuelle, on ne demande pas à tout le monde de faire le même effort d’inconfort face à un monde dont les ressources s’épuisent ; et les fractures restent liées à l’organisation coloniale du monde.

De façon plus large, la position du Pérou dans la division internationale du travail est celle d’un territoire pourvoyeur de matières premières : minerai pour les composants micro-électroniques, pétrole pour l’énergie, fruits et légumes issus de monoculture pour la consommation quotidienne, etc. Le modèle de développement extractif, nécessaire à l’accumulation, dans les Nords, de richesse et de technologies utilisant ces matières premières, est soutenu par un arsenal idéologique et matériel : une rhétorique de « Pérou, pays minier » [4] et de diabolisation systématique de toutes les voix critiques, d’un côté ; de l’autre, un territoire national d’ores et déjà accordé à 60 % en concession à des multinationales étrangères, à des projets qui dégradent l’environnement et provoquent des conflits sociaux, soutenus par une police nationale qui sert de milice privée aux entreprises [5] et fait régulièrement des morts en zone rurale. Parallèlement, comment parler de voiture low tech, plus légère et moins consommatrice, si les seules voitures accessibles à la population moyenne sont les vieilles voitures qui ne respectent plus les standards européens et sont envoyées en Amérique du Sud pour une seconde vie ? Ainsi, l’enjeu, pour le Pérou, d’une transition vers un modèle de société et de production low tech signifie nécessairement s’affranchir des relations capitalistes hiérarchiques issues de la colonisation, dans lesquelles ces territoires sont pillés depuis cinq siècles [6]

Mais le pendant de cette logique est également important. Dans un contexte de profonde dépendance vis-à-vis de l’Europe et de l’Amérique du Nord (la « théorie de la dépendance » en sciences sociales a montré que la pauvreté, l’instabilité politique et le sous-développement des pays du Sud sont la conséquence de processus historiques mis en place par les pays du Nord ayant comme résultat la dépendance économique des uns vis-à-vis des autres), se réapproprier les outils et les technologies est un acte fort de décolonisation. Comme le rappelle Loreto Bravo, anthropologue et spécialiste des communications communautaires, « il faut démystifier l’idée selon laquelle la technologie est un domaine exclusivement masculin, celui des spécialistes et des ingénieurs » [7]. Selon elle, pour se réapproprier les technologies, il faut rendre les connaissances accessibles : décoloniser le langage technique, les inter-relations sociales hiérarchiques, racistes et misogynes, récupérer les espaces de communalité existants dans les formes d’organisation autochtones, s’exprimer et s’organiser en marge de la société néo-coloniale qui nie ces droits au quotidien.

Conclusion

De nombreux théoriciens ont montré que la technologie n’est pas neutre mais qu’au contraire, elle est le produit du monde, qu’elle façonne à son tour. À l’évidence, les enjeux autour des outils et des technologies ne sont pas les mêmes dans des sociétés différentes, d’un côté ou de l’autre de la relation mondiale d’exploitation des ressources et de la main d’œuvre. À Cusco, de très nombreuses pratiques low tech existent déjà au quotidien, bien qu’elles ne soient jamais conceptualisées comme telles, ni dans une perspective écologique – mais partant des contraintes matérielles et économiques quotidiennes : dans cette région du monde, la résilience est un atout de survie dont on hérite de génération en génération.

Cependant, des enjeux restent similaires, notamment celui lié aux médias et aux technologies numériques. La recherche de la souveraineté technologique (autonomie sur les infrastructures, production énergétique, autogestion dans des espaces numériques autonomes) est une réelle nécessité pour les luttes sociales. Par exemple, ces dernières années, les mouvements féministes ont réussi à faire irruption sur la scène politique péruvienne grâce aux groupes Facebook, aux hashtags sur Twitter et à la communication interne via Whatsapp. Mais, au Pérou comme ailleurs, les risques de surveillance et de répression via Internet, ou encore de perte des contenus, sont réels. Comme le rappelle Loreto Bravo (voir son article dans cette publication), il est urgent de tisser des liens entre les communautés de hackeurs et les mouvements sociaux en ébullition, pour créer des espaces sociaux décolonisés, autonomes et durables.

Notes

[1Dans cet article, par manque de place, les différences de consommation de ressources par classe sociale en France ne pourront pas être abordées, bien qu’elles soient évidemment déterminantes et doivent être prises en compte pour nuancer le propos avancé.

[2L’indépendance du Pérou, comme celle de tous les autres pays d’Amérique latine sauf Haïti, ne s’est pas construite sur une « révolution » qui modifierait les structures sociales. Au contraire, ce sont les élites dites « créoles », nées en Amérique de parents espagnol·es, qui se soulèvent contre le strict contrôle exercé par la métropole et qui les empêchaient d’accéder à certains postes clés de responsabilité. L’État et la république péruvienne naît donc d’une continuité assez forte entre l’ordre socio-économique et politique colonial puis républicain. Dans cette organisation sociale, ce sont les Blanc·hes, descendant·es des Espagnols, installé·es à Lima et sur la côte, propriétaires de très grandes étendues de terres et des semi-esclaves qui y sont associé·es, qui occupent la place centrale, alors que les peuples autochtones notamment andins et amazoniens sont relégués à une position périphérique et dépendante.

[3Quijano Aníbal, « « Race » et colonialité du pouvoir »,
Mouvements, 2007/3 (n° 51), p. 111-118. URL : https://www.cairn.info/revue-mouvements-2007-3-page-111.htm.

[4Cet adage, répété maintes fois par des responsables politiques et des journalistes, reflète l’idée que l’économie du Pérou soit basée sur et dépende de la rente minière pour vivre ; mais au-delà de ça, que l’identité même du Pérou soit lié à l’extraction minière, ce qui est symboliquement extrêmement chargé.

[5Au Pérou, selon la loi, les policiers ont le droit de louer leurs services à des tiers privés en dehors de leurs heures de service, en utilisant leur équipement de la police nationale. Des conventions sont ainsi signées entre les entreprises extractives et la police, celle-ci servant de service de sécurité privée.

[6Voir en particulier, « Les Veines Ouvertes de l’Amérique Latine » d’Eduardo Galeano, 1971.

[7Dans : « Décoloniser les médias et les technologies numériques », dossier ritimo Médias libres : enjeux, défis et propositions, juillet 2018. Disponible en ligne.