La Chine aide-t-elle l’Afrique ?
La Chine qualifie son aide de coopération Sud-Sud avec les pays africains.
Plusieurs principes régissent l’aide chinoise : l’égalité entre les partenaires, les bénéfices mutuels, la non-ingérence, l’utilisation de dons ou de prêts sans intérêts et l’allègement des charges. C’est une aide liée, c’est-à-dire que les Chinois consentent des prêts aux pays qui leur ouvrent des marchés.
Le montant de l’aide chinoise est difficile à chiffrer d’autant plus que la Chine ne publie pas de statistiques à ce sujet. La comparaison est complexe avec les autres pays donateurs car les critères ne sont pas les mêmes. Ainsi l’aide publique au développement est aujourd’hui augmentée d’un partenariat économique soutenu des entreprises et sociétés chinoises qui s’implantent en Afrique, de dons destinés à réaliser des projets sociaux (écoles, hôpitaux, etc.) ou culturels (centres culturels, bourses d’études aux Africains), de prêts à taux zéro ou préférentiels ou encore d’une assistance technique ou militaire souvent sous-évaluée.
La Chine envoie régulièrement des équipes médicales et des ingénieurs agronomes, soutient les pays africains en matière de construction d'infrastructures (routes, voies ferrées), annule leurs dettes, etc. A cette énumération s’ajoute le partenariat des provinces chinoises qui ont une autonomie d’interventions dans le cadre de la coopération décentralisée.
Toutefois, les Chinois n’hésitent pas à défendre leurs intérêts économiques. Les exportateurs gabonais de bois en ont fait les frais. Ils ont dû baisser le prix du bois à l’exportation sous la pression des importateurs chinois en position de force. Peut-on alors encore parler d’aide à l’Afrique ?
L’ambivalence des relations avec les Africains
Les chiffres sur la présence chinoise en Afrique sont très imprécis parce qu’ils ne s’appuient sur aucun recensement sérieux. Des estimations évoquent 130 000, d’autres un million de Chinois vivant en Afrique.
Le plus souvent, les entrepreneurs chinois font venir de Chine leurs ouvriers au détriment de la main-d’œuvre locale. Le manque de qualification de cette dernière serait la raison de ce recours extérieur. Mal payés et logés dans de mauvaises conditions, ces ouvriers immigrés ne se mêlent pas à la population locale et les échanges avec les Africains sont très restreints. Les mauvaises conditions de travail et les bas salaires sont aussi le lot d’Africains qui sont embauchés par les Chinois.
Les commerçants chinois s’implantent également sur le continent africain. Les Chinois exportent vers l’Afrique des produits manufacturés (petit électroménager, téléphonie mobile, industrie automobile, etc.) dont les consommateurs africains apprécient le bas prix. La législation africaine étant moins exigeante que celle de l’Union européenne, ces produits « made in china » sont de basse qualité et non conformes parfois aux normes de sécurité. Ces exportations chinoises ne sont pas sans conséquences négatives pour les producteurs nationaux dans le domaine du textile par exemple. Elles concurrencent également des produits importés d’autres pays et commercialisés par les commerçants africains. Mais ceux-ci élaborent des stratégies de résistance. Ainsi certains ont restructuré leurs filières d’approvisionnement et vendent eux aussi des produits chinois dont ils ont négocié en amont le meilleur prix. D’autres dénigrent les produits fabriqués en Chine.
L’achat et la location de terres agricoles par les Chinois sont également source d’un ressentiment contre ces derniers, alimenté, entre autres, par le fait que la production agricole issue de ces terres est le plus souvent exportée vers la Chine. Plus discrètement que le pétrole, le foncier devient un enjeu pour les Chinois qui prennent le contrôle d’exploitations agricoles au Zimbabwe, en Tanzanie ou en Afrique du Sud. En 2007, Le directeur de la Banque d’export-import de Chine avait incité les paysans sans terre chinois à s'installer en Afrique. Dans plusieurs pays africains, des producteurs, des entrepreneurs, des commerçants se plaignent de la concurrence chinoise. Tout cela contribue à la montée du sentiment anti-chinois que les dirigeants des deux entités vont avoir à gérer.
La fin des pré-carrés ?
Les Occidentaux ne sont pas franchement ravis de ce rapprochement entre la Chine et l’Afrique. Ils sont eux-mêmes en perte de vitesse sur le continent africain et voient d’un mauvais œil la main mise de la Chine sur les matières premières africaines.
C’est un nouveau concurrent dans leur zone privilégiée d’approvisionnement. La Chine met en avant qu’elle respecte la souveraineté des Etats africains et que le partenariat économique et commercial qui se met en place est basé sur les principes du « gagnant/gagnant ».
Alors que les démocraties occidentales disent se soucier de la démocratisation des pays africains, les Chinois investissent et construisent sans faire de tel discours et ne se soucient pas des contraintes des IFI (Institutions financières internationales) sur la capacité des pays à rembourser par exemple ou des programmes anticorruption de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Il leur est reproché d’investir dans des pays qui ne respectent pas les droits de l’homme, voire de les soutenir militairement. Ils disent ne pas vouloir interférer dans la politique interne des pays avec lesquels ils commercent, et n’ont aucune exigence en matière de bonne gouvernance ce qui fait l’affaire de certains dirigeants africains. Ainsi la Chine a utilisé plusieurs fois son droit de veto à l’ONU contre les sanctions qui visaient le Soudan avec lequel elle entretient une coopération bilatérale très soutenue. Ce rapprochement avec le Soudan lui permet de se mettre en avant dans un possible règlement du conflit au Darfour, là où les Américains et les Européens ont échoué, et de se positionner sur la scène internationale.
Trop tôt pour conclure
Attention à ne pas tirer des conclusions trop hâtives sur la présence de la Chine en Afrique ! Les spécialistes sino-africains eux-mêmes n’ont pas tous le même regard sur ce phénomène. Il est important de distinguer ce qui relève des stratégies des gouvernements chinois et ce qui relève des décisions des entrepreneurs qui choisissent seuls de s’installer en Afrique. La pluralité des acteurs chinois qui interviennent en Afrique et la diversité des pays africains sont des éléments essentiels à toute analyse sur les relations sino-africaines.
La présence des Occidentaux n’a pas fait décoller le développement de l’Afrique et elle n’a pas contribué à élever le niveau de vie des populations africaines. Et pour cause. Les Occidentaux ont surtout cherché à satisfaire leurs intérêts économiques. En est-il de même pour la Chine, cherche-t-elle sur le continent son seul profit ? Réussira-t-elle là où les Occidentaux ont échoué ? A qui profitera l’aide chinoise ? Aux dirigeants africains ? A la population ? Pour l’instant, l’économie de rente résultant de l’exploitation des ressources naturelles n’améliore pas le quotidien des Africains. A ce jour, les échanges commerciaux restent inégaux et à l’avantage de la Chine.
La société civile a certainement un rôle à jouer pour que cette coopération entre la Chine et l’Afrique ne se fasse pas au détriment des populations africaines. Les ONG doivent rester attentives pour dénoncer les pratiques chinoises qui iraient à l’encontre d’un travail décent et d’un développement durable en Afrique.
Sources statistiques : Cyclope, les marchés mondiaux, 2009
© Ritimo, CRD, octobre 2009
|