Tsunami
Le Tsunami de décembre 2004 a constitué l’une des plus grandes catastrophe naturelle de l’histoire. Ce sont les communautés de pêcheurs qui ont été les plus touchées. Elles constituent 80 % des victimes en Inde, de 30 à 50 % des victimes dans les autres pays. Le Tsunami a été l’occasion pour de nombreuses ONG de manifester leur solidarité et, pour quelques unes de prendre conscience de l’ampleur des problèmes de ces communautés et de leur spécificité. Il a montré aussi que l’accès au littoral et aux ressources de la mer constituent un enjeu majeur pour l’avenir, du fait des pressions multiples qui s’exercent sur le littoral.
Les problèmes de la reconstruction de la pêche à Aceh
FLEURY, Pierre-Gildas - PECHE ET DEVELOPPEMENT, n°76-77, 2007/06, P. 4-8
L'auteur resitue le tsunami du 26 décembre 2004 à Aceh (environ 200 000 victimes et 14 000 bateaux de pêche détruits) et la situation socio-politique de cette province. Les agences de l'ONU et les ONG ont été efficaces dans la phase de l'urgence et l'ouverture de la province a permis un cessez-le-feu dès le 15 août 2005 entre la guérilla et l'armée. Mais les intervenants se heurtent à de nombreuses difficultés pour la réhabilitation : leur train de vie entraîne une inflation et une explosion des coûts ; l'administration est profondément corrompue ainsi que la filière locale du bois ; la filière pêche est très peu organisée, les chantiers navals très rustiques ; les procédures imposées par les donneurs sont trop rigides (appels d'offre, devis...), en décalage avec les savoir-faire locaux ; le choix des bénéficiaires est toujours discutable. L'auteur témoigne ensuite du projet de l'ONG ACTED sur lequel il a travaillé un an : programme de 235 bateaux pontés de 13 m. Il s'avère que ce projet est irréalisable : au bout de 6 mois, seulement 18 bateaux ont pu être mis en chantier avec un process de qualité. Malgré toutes les difficultés et le désengagement des donneurs, 2 grands chantiers navals sont mis en place et 30 bateaux construits, équipés et attribués en 2006 avec, parallèlement, quelques infrastructures portuaires, des ateliers de séchage du poisson et un stage de mécanique marine. Globalement, en 2007, il semble que le bilan global de l'aide a été positif mais que la reconstruction de bateaux soit en panne.
Réhabilitation après le tsunami : aider de façon intelligente
RATHNAWEERA, Erwin; GUNASEKERA, Jayantha - SAMUDRA, n°45, 2006/11, P. 32-37
L'article décrit d'abord les dégâts du tsunami au Sri Lanka, dans le domaine de la pêche, des pêcheurs, des bateaux et des infrastructures. Puis il décrit la méthode de l'ONG Pratical Action-Asie du Sud (ITDG) pour la reconstruction des bateaux : sélection des bénéficiaires, choix des types de bateaux les mieux adaptés, construction et attribution des bateaux. La démarche participative impliquant à la fois les victimes et l'administration des pêches, a donné de bons résultats, sans aggraver les tensions sociales.
Solidarité internationale : qu'a changé le tsunami ?
Economie et Humanisme, 375, 2005/05, p 8-98
Le tsunami du 26 décembre 2004 a donné lieu à une mobilisation humanitaire et économique sans précédent. Les entreprises, les individus, les médias, les collectivités locales, les associations, les Etats... poussés par un gigantesque élan de compassion ont répondu présent au rendez-vous de l'urgence et de la reconstruction. Néanmoins, les attentes et les potentiels des victimes n'ont pas toujours été pris en compte, renforçant ainsi les rapports Nord-Sud dans le sens du déséquilibre "puissants/démunis". Face à ce constat les auteurs du dossier tirent la conclusion que le tsunami et cet afflux de solidarité doivent servir de révélateurs et d'indicateurs pour l'avenir des relations entre sociétés et permettre à chaque peuple de rester maître de son avenir même quand il a besoin d'aide. Le Tsunami de l'océan IndienSamudra, 40, 2005/03, p. 1-73
Dossier comportant de nombreux articles.
L'ensemble des articles a été écrit dans les premiers mois suivant le tsunami, dans la phase de l'aide d'urgence. Pour entamer la reconstruction sur de bonnes bases, il faut que les bénéficiaires soient des acteurs et que la planification tienne compte de leur avis, de leurs organisations et des réalités culturelles, politiques, sociales, foncières et économiques. Le plus important est de rétablir des moyens d'existence pour éviter une assistance durable. Des leçons sont à tirer d'autres catastrophes (Japon, Mexique).
Tsunami, la vérité humanitaireWERLY, Richard, Paris : Editions Du Jubile, 2005, 272 p.
L'auteur a parcouru les pays touchés par le Tsunami (sauf l'Inde) pendant toute l'année 2005 pour observer et comprendre la mobilisation de l'aide et ses résultats. Il souligne l'importance et l'efficacité de la solidarité locale. Il s'interroge sur la masse de dons reçus par les ONG internationales et sur le travail de celles-ci, qui peut déstabiliser le fonctionnement des régions aidées. Les questions du passage de l'urgence au développement et des méthodes de reconstruction restent d'actualité d'autant plus que la totalité des fonds est loin d'être utilisée un an après. Il serait scandaleux que le Tsunami soit, finalement, une bonne affaire pour les ONG... Sri lanka : une reconstruction sous influenceLE SANN, Alain, Pêche et Développement, n°70, 2006/01, p. 5-6
Encart présentant l'ONG sri lankaise NAFSO, National Fisheries Solidarity (www.nafso.blogspot.com).
NAFSO se situe au coeur d'une opposition aux orientations mises en oeuvre par le gouvernement sri lankais pour la reconstruction, via TAFREN, composé d'hommes d'affaires liés au secteur touristique. Les pêcheurs contestent la "zone de protection" de 200 m interdite à la construction sauf pour les grands hôtels et la "modernisation" des activités de pêche. NAFSO a mis en place une commission populaire de planification, en mobilisant des appuis locaux et internationaux pour résister aux projets libéraux du gouvernement. Tsunami 2004 : Déclaration commune ICSF-Collectif Pêche et Développement du 22 novembre 2005Bilan des interventions dans le secteur de la pêche après le tsunami
ICSF; Collectif Pêche et Développement; NCRC, Pêche et Développement, n°70, 2006/01, p. 2-4
Du 20 au 30 novembre 2005, près d'un an après le tsunami, le Collectif Pêche et Développement avait invité des délégations de ses partenaires (SIFFS en Inde et NAFSO au Sri Lanka) à rencontrer les ONGs françaises. Les représentants de NAFSO n'ont pas obtenu de visa. Traduction du texte paru le 11 novembre 2005 sur le site du NCRC (voir www.ncrc.in et www.trinet.in).
Les victimes et leurs représentants doivent participer à l'évaluation des résultats de la vague de solidarité soulevée par le tsunami. Elles disposent de structures de gouvernance qui ont la capacité d'organiser et de coordonner les secours et la reconstruction. Les donateurs ont été trop pressés et ont distribué trop de bateaux sans tenir compte des réalités sociologiques des communautés de pêcheurs et en laissant de côté certains groupes sociaux marginalisés (femmes de pêcheurs, Dalits). En Inde du Sud, NCRC permet une bonne coordination entre les parties prenantes de la reconstruction, au contraire du Sri Lanka, toujours touché par la guerre civile. La distribution de matériel sans discernement n'aide pas la communauté visée mais fait plus de mal que de bien. En France, il n'y a pas de coordination des ONGs face aux situations d'urgence. Globalement, la pression sur les littoraux, au Nord comme au Sud, menace les communautés de pêcheurs et peu d'ONGs s'en soucient. D'abord consulter les gensAPWLD, Yemaya, n°19, 2005/08, p. 4-6
APWLD (apwld@apwld.org) est le Forum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit et le développement. Déclaration faite par la Consultation des femmes d'Asie sur les problèmes causés par le tsunami, à Banda Aceh, Sumatra, Indonésie, 25-27 juillet 2005
Les femmes victimes du tsunami dénoncent les nombreuses difficultés qui sont les leurs, 8 mois après la catastrophe : discrimination, alimentation, logements temporaires, problèmes fonciers, problèmes de caste, problèmes des migrants de Birmanie, rôle de l'armée. Elles réclament la consultation des sinistrés, en particulier des femmes, dans les processus d'aide et de reconstruction Capitalisme de catastrophe ?KUMARA, Herman, Yemaya, n°19, 2005/08, p. 2-3
L'auteur (fishmove@slt.lk) est responsable de l'ONG srilankaise NAFSO.
Au Sri Lanka, le Tsunami a déplacé 90 000 personnes. Huit mois après, malgré les sommes allouées à l'aide aux victimes, celles-ci ne peuvent réintégrer leurs terrains car une zone tampon a été instaurée le long du littoral par la TAFREN (Task Force for Rebuilding the Nation). C'est un organisme d'Etat, mais il est composé d'hommes d'affaire en lien avec l'industrie touristique. Son plan concerne 62 villes, des ports importants, des grandes routes, 15 zones touristiques et de nombreuses privatisations. Les sinistrés refusent de laisser leur espace sur le front de mer entre les mains des promoteurs. En Inde, l'Etat, les ONG et les pêcheurs après le tsunamiLE SANN, Alain et Danièle, Pêche et Développement, n°68-69, 2005/10, p. 6-8
Cet article fait suite à une mission sur le terrain en août 2005.
Sur les côtes du Tamil Nadu, les principales victimes du tsunami ont été les pêcheurs. L'Etat a largement délégué aux ONG la responsabilité des secours et de la reconstruction. Celles-ci, avec de gros moyens financiers, ont agi dans la précipitation et sans connaissance du milieu. En fait, les structures villageoises traditionnelles, les panchayats, ont mieux géré l'urgence. L'organisation de pêcheurs de la région, SIFFS, a réussi à coordonner l'action des divers intervenants (Etat, ONG, villages) en créant le NCRC (NGO Coordination and Resource Centre). Les abris provisoires sont bien précaires, surtout à l'approche de la mousson. Par contre la pêche artisanale a repris de plus belle et le problème de la surpêche se posera vite. Il faudra, d'une part, maintenir les kattumarans traditionnels bien adaptés et, d'autre part, concevoir des bateaux de pêche au large plus adaptés que les chalutiers détruits. Le problème actuel est que trop de bateaux neufs ont été distribués, portant les noms des donateurs...Par ailleurs les problèmes spécifiques des femmes et des Dalits ne sont pas résolus par la distribution de bateaux. Enfin l'enjeu actuel est la reconstruction participative des villages. Dans ce domaine aussi, l'action de SIFFS est remarquable. Finalement le danger de l'aide massive est de briser la dynamique des sociétés touchées par la catastrophe. Tsunamis et population côtière, vers la conquête de nouveaux droitsKURIEN, John, Pêche et Développement, n°68-69, 2005/10, p. 2-5
L'auteur est à l'origine de la création de ICSF. Il est aussi vice-président du Comité consultatif pour la recherche halieutique de la FAO à l'ONU.
Le tsunami a attiré l'attention sur l'importance et la fragilité des zones côtières dans les pays concernés. Ces écosystèmes riches sont de plus en plus occupés par les villes, le tourisme, l'industrie, les ports de commerce, et ils subissent les effets des activités polluantes d'amont. Non seulement plages, arbres et surtout mangroves reculent, mais surtout les communautés de pêcheurs, premiers occupants, supportent toutes les externalités négatives de ce développement côtier et perdent leurs droits fonciers coutumiers. La générosité suscitée par le tsunami doit permettre une réhabilitation dans une perspective de développement durable pour réduire la vulnérabilité côtière, et en particulier celle des plus pauvres des gens vivant du littoral, par une mise en valeur de leurs capacités et de leurs droits. Il faudra réserver une "zone verte de non développement" le long de la mer et protéger des aires marines côtières gérées par les communautés côtières, à leur profit. Asie : ce que disent les femmesICSF, SHARMA, Chandrika; KOSHY, Neena; DEVI, Vasanthi; QUIST, Cornelie, Yemaya, n°18, 2005/05, 12 p.
Numéro spécial de Yémaya consacré à l'après tsunami du point de vue des femmes.
Le tsunami du 26 décembre 2004 a fait plus de victimes parmi les femmes que parmi les hommes. Les aides d'urgence et les aides à la reconstruction profitent davantage aux hommes qu'aux femmes survivantes, leurs activités antérieures n'étant pas prises en compte. La reconstruction devrait être l'occasion de faire un peu mieux qu'avant, en particulier pour l'égalité hommes-femmes et pour la participation des communautés concernées. Il faut tenir compte des recommandations très concrètes émises par les femmes, sans se cantonner dans l'assistance mais en leur permettant de reprendre des activités générant des revenus. Il faut aussi veiller aux droits fonciers des familles et des communautés. La question des droits des travailleurs immigrés birmans en Thaïlande est particulièrement épineuse : ayant perdu leurs papiers, ils se cachent... Le Tsunami, et après...
KURIEN, John, Altermondes, n°1, 2005/03, p. 9
Fin décembre 2004, le tsunami qui a ravagé l'Asie du Sud-Est a fait près de 230 000 victimes parmi les pêcheurs et habitants de la côte, qui faisaient partie de la population la plus pauvre. Cette catastrophe naturelle aurait été moins meurtrière si les intérêts particuliers n'avaient pas empêché l'application correcte de la loi sur le littoral. Des moyens accrus devraient être donnés désormais aux collectivités locales pour prévenir de tels désastres, gérer les crises et indemniser les victimes. La mobilisation forte de l'aide, qu'elle soit publique ou privée, ne règle en effet pas tous les problèmes. Pour sa part, l'Inde tente d'apprendre à se passer de l'aide internationale pour affirmer peu à peu son indépendance. Tsunami : vu par la presse asiatiqueCourrier International, n°740, 2005/01/06, p. 27-33
Dossier comprenant les articles :
* Les peuples oubliés d'Andaman, "The Times of India" (New Delhi)
* Ce que dure la compassion, "The Jakarta Post" (Jakarta)
* Repenser le tourisme, "Banghok Post" (Bangkok)
* Atjeh en plein chaos, "Kompas" (Jakarta)
* Mangeurs de lotus, "Daily News" (Colombo)
* L'occasion manquée, "Tempo" (Jakarta)
* Un pays uni dans la douleur, "Kompas" (Jakarta)
* "Je suis là" crie New Delhi, "The Week" (Conchin)
* Musulmans au grand coeur, "The Indian Express" (Bombay)
* Malaise dans les armées, "The Strats Times" (Singapour)
* Pour prévenir il faut éduquer, "Newsweek" (New York).
La presse asiatique invite les dirigeants des pays touchés par le tsunami à prendre toutes les mesures nécessaires au suivi des populations dans le besoin, à agir sur du long terme, tant sur le plan humain que matériel pour éviter qu'une telle catastrophe puisse se reproduire. Va-t-on recevoir aussi des bateaux ?MATHEW, Sebastian, Pêche et Développement, n°66, 2005/01, p. 7
Tableaux chiffrés des besoins par catégories d'aide.
Les pêcheurs qui ont tout perdu à cause du tsunami de décembre 2004 s'inquiètent de l'aide qu'ils vont recevoir. Plutôt que des dons en nature parfois inutiles et dont le transport est très cher, plutôt que de construire dans les pays riches des bateaux pour lesquels ils ne pourront pas payer le carburant, il vaut mieux donner de l'argent. Ces fonds permettront la reprise de l'activité dans son ensemble : chantiers navals locaux, filets, moteurs adaptés, fabrication de glace, sites de débarquement etc... Il faut aussi reloger les gens, pêcheurs et clients, car à quoi sert d'aller à la pêche s'il n'y a pas d'acheteurs. SIFFS : une coopérative au cœur de la tragédieVIVEKANANDAN, V., Pêche et Développement, n°66, 2005/01, p. 4
Il existe en Inde une Fédération des Sociétés Coopératives de Pêche du Sud de l'Inde (SIFFS). Ses adhérents sont surtout sur la côte ouest de l'Inde, zone mieux protégée des catastrophes naturelles. Après le Tsunami cette fédération s'est rapidement occupée d'organiser des équipes pour coordonner les aides d'urgence et mobiliser des fonds. Cette fédération doit étendre son action à l'avenir à toutes les régions côtières indiennes
Pour un avenir moins précaireKURIEN, John, Pêche et Développement, n°66, 2005/01, p. 2-3
Devant une catastrophe comme le tsunami de décembre 2004, il convient bien sûr d'accepter les aides d'urgence mais surtout il faut prévoir sur le long terme. L'Inde par exemple est victime d'inondations récurrentes. Reloger les victimes dans des zones moins risquées est du devoir de l'Etat. La gestion du littoral est du domaine du politique : plantations, constructions , réseaux de surveillance en mer. Il convient aussi d'assurer la formation des pêcheurs, de créer des caisses de solidarité pour faire face aux pertes matérielles ou aux décès.

© Ritimo, Crisla, décembre 2007.
Références extraites de la base de données bibliographique Ritimo. Tous les documents cités sont consultables dans les centres Ritimo.
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