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Jamais on n'a produit tant de richesses. Jamais les technologies
n'ont été aussi développées. Jamais
les échanges n'ont été aussi nombreux entre
les pays. Pourtant les inégalités et la pauvreté
ne cessent de s'accroître. La mondialisation, phénomène
marquant depuis une trentaine d'années, générée
par les progrès des transports et des télécommunications,
a amplifié les relations économiques, financières,
culturelles entre les sociétés humaines, mais n'a
pas à ce jour amélioré le bien-être
des Hommes.
L'expansion des communications (facilitant la circulation des
marchandises, des capitaux et des hommes) pourrait permettre d'améliorer
les relations entre les hommes, de réduire les inégalités,
d'augmenter la coopération entre Etats, mais ce n'est pas
ce qu'on constate.
Des problèmes à l'échelle de la planète
La mondialisation pourrait être positive pour les populations
et la planète, mais, les choix actuels ont plutôt
entraîné des phénomènes d'appauvrissement
et un pillage généralisé des ressources.
Ainsi, le monde n'a jamais été aussi riche, mais
n'a jamais été aussi injuste. Les richesses mondiales
ont certes augmenté, mais l'écart entre les plus
riches et les plus pauvres a été multiplié
par 3 ces 30 dernières années. Certains se sont
peut-être enrichis mais globalement, la pauvreté
augmente dans les pays pauvres comme dans les pays riches (il
y a plus de 50 millions de pauvres en Europe).
On ne peut certes tout imputer à la mondialisation. Les
guerres, régimes politiques dictatoriaux, catastrophes
naturelles sont responsables en bonne partie de l'appauvrissement
des populations. Néanmoins, la mondialisation a des effets
directs indéniables. Ainsi la concurrence entre les travailleurs
du monde entier pousse les entreprises à payer toujours
moins leurs employés, entraînant au nord, notamment,
une lente destruction des droits sociaux. Par ailleurs beaucoup
d'échanges internationaux non contrôlés tendent
à fragiliser les économies locales. Du point de
vue environnemental également, l'accroissement des transports
est une catastrophe et contribue au réchauffement climatique
(avant d'arriver sur nos étals en France, grande quantité
de fruits et légumes ont souvent parcouru des milliers
de Kms). La surconsommation des ressources, les pollutions variées,
le manque de respect des ressources naturelles (polluer une nappe
phréatique est malheureusement plus facile en Inde qui
ne dispose pas de législation sévère sur
la question qu'aux Etats-Unis ou en Suède).
Une mondialisation capitaliste et néolibérale
La mondialisation actuelle est commerciale. Les distances n'étant
plus un problème, les entreprises de différents
pays commercent de plus en plus à l'échelle internationale.
Elle est financière, on assiste à la globalisation
des marchés financiers et à l'intensification des
mouvements internationaux de capitaux. Elle est économique,
pour de plus en plus d'acteurs économiques les frontières
n'existent plus : les entreprises peuvent produire à Taiwan,
assembler en Tunisie, construire leur campagne de Pub en Italie
et vendre aux Etats-Unis.
La mondialisation a de multiples facettes qui sont liées
les unes aux autres. Mais ces
évolutions se sont faites principalement dans le sens d'une
liberté toujours plus grande des entreprises, d'un accroissement
de la spéculation et d'une course effrénée
aux profits.
Des instances internationales en question
Aujourd'hui, les décisions majeures sont prises directement
au niveau international, dans le cadre d'Institutions financières
internationales telles que la Banque Mondiale ou le
Fonds Monétaire International, et au sein de l'Organisation
Mondiale du Commerce. Ces Institutions, qui ont pris une place
centrale dans les orientations financières et économiques
mondiales, sont de plus en plus critiquées pour les effets
de leurs décisions mais aussi pour leur opacité
et leur illégitimité, car les peuples ne sont pas
associés aux décisions. La Banque Mondiale et le
FMI, censés lutter contre la pauvreté, sont accusés
d'aggraver la situation des pays pauvres en leur imposant des
choix qui ne profitent pas à leurs populations. Quant à
l'Organisation Mondiale du Commerce, elle, impose progressivement,
avec l'aide des gouvernements du Nord, des normes qui privilégient
les intérêts privés sans considérer
les droits et le bien-être des populations.
De son côté l'ONU, l'Organisation des Nations Unies,
qui regroupe les gouvernements en vue du maintien de la paix,
peine à faire appliquer certaines résolutions du
Conseil de sécurité ou les textes de droit établis
sous sa responsabilité du fait de la mauvaise volonté
croissante de nombreux Etats.
Il est plus que temps de donner la priorité aux droits
de l'homme et non aux intérêts économiques.
Pour cela il semble indispensable de transformer profondément
les règles du jeu et de mettre en place des modes de représentation
des citoyens au niveau international afin de démocratiser
les institutions internationales.
L'absence de contrôle
La mondialisation actuelle, essentiellement régie par
des intérêts privés, est rendue d'autant plus
violente qu'elle est caractérisée par une "dérégulation"
(la diminution des règles). Les gouvernements, en effet,
ne cessent d'abaisser les différentes formes de contrôles
et de règles qui pourraient encadrer les activités
économiques. Ceci a des conséquences néfastes
tant au niveau social qu'environnemental. On voit s'accroître,
à l'échelle planétaire, des formes de concurrence
de plus en plus dures entre les travailleurs (l'incitation pressante
aux délocalisations a des effets destructeurs dans de nombreuses
régions). Au lieu de pousser les entreprises à respecter
les règles de l'Organisation Internationale du Travail,
l'absence de contrôle pousse au contraire à s'en
affranchir. Et si les entreprises, notamment les multinationales,
ont une grande responsabilité, le refus de renforcer les
contrôles autorise tous les abus.
D'autre part, la généralisation de ce qu'on appelle
l'économie criminelle (drogue, corruption, blanchiment
d'argent, criminalité financière, travail clandestin)
s'explique aussi par la multiplication des opportunités
qu'a entraîné la libéralisation financière.
Une mobilisation internationale pour une autre mondialisation
Ce système d'échanges économiques profite
bien évidemment à de nombreux acteurs, mais ses
conséquences humaines et sociales négatives touchent
une population massive dans tous les pays (chômage, précarité
sociale, inégalités criantes).
Ceci pousse une part de plus en plus importante de citoyens et
d'organisations à contester le fonctionnement de certaines
institutions, à déconstruire le dogme libéral
et à mettre à jour les motivations et les stratégies
des entreprises multinationales. Beaucoup réclament l'instauration
de nouvelles formes de contrôles, le changement d'orientation
des politiques nationales et internationales et la primauté
de la défense des droits des personnes sur les intérêts
privés et les équilibres financiers.
Ainsi le lien entre les citoyens du monde entier se fait plus
net et la nécessité de s'unir plus évidente
: il ne s'agit plus d'être solidaire pour aider certains,
il s'agit d'agir ensemble contre les mêmes dysfonctionnements.
Et c'est ce qui motive les "altermondialistes" ou plus
largement les nombreux mouvements sociaux et citoyens qui développent
des alternatives à tous les niveaux.
© Ritimo, novembre 2007
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