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L'enjeu alimentaire

Introduction

Sommaire de la page
La situation alimentaire dans le monde / Le droit à l’alimentation / La faim, c’est quoi ? / La faim pourquoi ? / Quelles solutions ? / Pour faire reculer la faim

La situation alimentaire dans le monde


L’agriculture pourrait nourrir la population mondiale. Pourtant, aujourd’hui dans le monde,  plus de 850 millions d’hommes et de femmes ne mangent pas à leur faim. Se nourrir reste une préoccupation majeure pour les populations défavorisées dans un très grand nombre de pays. La faim sévit majoritairement dans les zones rurales et dans les pays en développement, principalement en Afrique, où la situation dans certaines régions est catastrophique (Soudan, Nigeria…).
Dans les pays industrialisés aussi des millions de personnes n’ont pas accès à une alimentation suffisante.  En France, quelque 2, 5 millions de personnes ont recours chaque année à l’aide alimentaire.
Pourquoi cette situation ? Quelles sont les causes de ces inégalités ? Pourquoi les paysans, qui sont censés nourrir la planète, ne parviennent-ils pas à se nourrir eux-mêmes ?

Le droit à l’alimentation


La reconnaissance de ce droit a une histoire. Il est reconnu dans plusieurs textes juridiques internationaux dont l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948 qui stipule  que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation… »
L’apparition de la notion de "sécurité alimentaire", dans les années 70, correspond à une avancée dans la prise de conscience de la communauté internationale de la nécessité d’identifier les causes du problème de la faim et de définir des stratégies pour lutter contre elle. Pour prévenir la sécurité alimentaire, chaque pays devrait avoir la liberté d’exercer sa propre souveraineté alimentaire, c’est à dire de définir ses politiques agricoles et d’assurer l’autosuffisance alimentaire pour les principales productions agricoles de base (riz, blé…).

La faim, c’est quoi ?


Lorsque nous entendons le mot « faim » nous avons en tête les images choc diffusées sur nos écrans de télévision, de personnes décharnées, d’enfants au ventre gonflé qui souffrent des conséquences de famines au Soudan, au Libéria ou ailleurs dans le Tiers Monde. Ce sont des situations extrêmes.
Il convient de préciser les termes que l’on utilise et de bien faire la différence entre sous-alimentation, malnutrition, disette ou famine. Chacune de ces situations a des conséquences dommageables, souvent très graves ; leurs causes et les moyens pour y remédier ne sont pas les mêmes.

La faim pourquoi ?


- Trop de monde sur la planète ?
L’idée que l’augmentation de la population met en danger la subsistance du monde naît à la fin du XVIIIe siècle avec les travaux de Malthus.  Elle a donné naissance à diverses théories et débats. L’expansion démographique ne se poursuit pas de la même façon dans tous les pays du monde. Dans certaines régions, la croissance exponentielle de la population est à l’origine de la surexploitation des terres et de la dégradation de l’environnement, créant une situation catastrophique.

- Catastrophes naturelles, guerres…
Les événements climatiques exceptionnels (cyclones, sécheresses…), les catastrophes biologiques (invasion d’insectes ravageurs…), les conflits et les guerres peuvent expliquer des situation de sous-alimentation mais n’aboutissent à la famine que dans les régions du monde où de larges couches de la population souffrent déjà d’une pauvreté si grande qu’elles ne disposent pas de moyens pour lutter efficacement contre ces fléaux et dont le gouvernement n’est pas en mesure, de remédier à ces désastres.

- La pauvreté est la première cause de la faim
La raison majeure des situations de sous nutrition, de disette ou de famine est l’impossibilité d’accéder à une nourriture suffisante. Elle concerne les populations pauvres qui ont de sérieuses difficultés d’approvisionnement que ce soit à cause de leurs faibles capacités productives ou de leur absence de revenus suffisant pour acheter de quoi manger à leur faim. Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, affirme que le problème est avant tout dans la répartition des ressources sur la planète, dans les inégalités et la misére.

- L’inégal accès aux moyens de production
Parmi les populations pauvres, les principales victimes de la malnutrition, sont les petits paysans du Tiers Monde et leurs familles. Ces petits paysans ne disposent, bien souvent, que d’une petite parcelle de terre ou parfois même n’ont aucun accès à la terre. Ils n’ont pas non plus accès à l’eau pour irriguer leur culture, ni au crédit pour s’équiper.  Ils n’arrivent pas à produire assez pour se nourrir et nourrir leur famille.

- La libéralisation des échanges affaiblit les plus pauvres
La libéralisation des échanges est une des causes majeures de la faim dans le monde : les petits paysans qui n’ont que des outils manuels, ne peuvent résister à la concurrence de ceux qui ont des  tracteurs et moissonneuses batteuses. Ce sont les exploitants les plus compétitifs qui, sur le long terme, président à la formation des prix sur le marché mondial et ces prix sont devenus  trop faibles pour rémunérer correctement les paysans moins équipés du Tiers-Monde. Lorsque ces petits paysans sont en mesure de vendre leur surplus de production, ils rencontrent des problèmes de transport jusqu’au marché, et ensuite de prix de vente, trop bas pour leur procurer un revenu décent. Le prix des produits agricoles, comme le riz en Afrique, ne cesse de diminuer. La libéralisation des échanges a accru les inégalités et des centaines de millions de petits paysans n’ont même pas de quoi se nourrir.

Quelles solutions ?


- L’aide alimentaire, ses limites
La distribution de denrées alimentaires aux populations pour assurer leur survie en cas de famine, répond à une nécessité d’urgence mais elle peut avoir des effets secondaires néfastes et n’est pas une solution à long terme.

- Les OGM en question
Depuis une dizaine d’années se pose la question de variétés nouvelles de plantes performantes  obtenues grâce à des modifications du gène de la plante, les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM),  supposés apporter une solution au problème de la faim dans le monde. Cette affirmation n’est pas démontrée et le développement de ces biotechnologies doit faire l’objet d’une totale transparence et du principe de précaution, notamment pour les raisons suivantes :

- leur innocuité à long terme n’est pas établie,
- elles mettent en danger la biodiversité végétale,
- elles font l’objet de brevets qui en rendent difficiles l’accès pour les paysans du Tiers Monde et augmentent la dépendance des petits agriculteurs au profit des plus puissants, notamment des multinationales.

La « Révolution verte » lancée dans les années soixante, qui avait pour objectif d’apporter une solution au problème de la faim a amélioré la productivité de cultures vivrières importantes (riz, maïs, manioc…) et la sécurité alimentaire d’un pays comme l’Inde, mais elle est loin d’avoir bénéficié à la majorité des paysans du monde.

La promotion de l’agriculture durable est une dynamique qui respecte les milieux naturels (eau, sol végétation…) et les sociétés qui y vivent et qui permet aux petits agriculteurs de se développer sans détruire le milieu naturel. Elle vise à atteindre un prix juste qui permette aux petits  paysans et leurs familles de se nourrir correctement, de vivre décemment, et d’investir dans leurs productions. En cela, elle rejoint le commerce équitable.

Pour faire reculer la faim


La réduction de la malnutrition et de la faim dans le monde passe par un ensemble de mesures visant à :

- Permettre aux petits paysans d’avoir accès à la terre et à l’eau.

- Favoriser le renforcement des organisations paysannes.

- Consolider les services aux petits producteurs (accès aux semences, aux engrais, aux crédits, à l’information…)

- Protéger les producteurs du Tiers Monde afin qu’ils puissent vendre leurs produits à un prix rémunérateur..

- Réguler le commerce international pour que soit respecté le droit des peuples et des nations à la sécurité et à la souveraineté alimentaires.
« Il ne suffit pas de produire des aliments. Il faut encore qu’ils puissent être achetés et consommés par les groupes humains qui en ont besoin. » disait, il y a cinquante ans déjà, le Brésilien Josué de Castro.

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© Ritimo, Cdtm34, Cridev, 2006

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