Introduction
Entre 1980 et 2000, les Péruviens ont vécu deux décennies de conflits internes ayant entraîné la mort ou la disparition de près de 70 000 personnes, victimes d’attaques des guérillas d’extrême gauche (le Sentier Lumineux et le mouvement révolutionnaire Tupac Amaru) et aussi de la répression exercée par les forces de sécurité de l’Etat péruvien. Les violences qui ont été brutales et barbares laissent encore aujourd’hui des traces dans la vie sociale et politique du pays.
Une société construite sur l’exclusion
75% des victimes de ces violences sont d’origine indigène, 51% d’entre elles sont des paysans originaires des régions les plus pauvres du pays. Le drame des disparus laisse indifférents une majorité de Péruviens, la population des hauts plateaux andins étant ignorée et méprisée depuis toujours. Contrairement aux pays voisins, la revendication des origines ethniques est très minoritaire au Pérou, où l’on constate encore une stigmatisation des membres des communautés andines. Ce n’est que depuis le début des années 1970 que l’on parle officiellement de paysans, et non plus d’Indiens ou d’indigènes
Cette exclusion est manifeste dans tous les aspects de la vie quotidienne des communautés indigènes : le système éducatif, la santé, l’espérance de vie, le système agraire, l’accès à l’eau, une alimentation insuffisante...
La concentration sociologique de la violence dans la population la plus exclue peut expliquer la faible importance que les gouvernements ont accordée aux massacres et disparitions et l’impunité dont les responsables de ces violences ont bénéficié pendant ces vingt années.
A la recherche de la vérité
Après la défaite des mouvements révolutionnaires, en juin 2001, une Commission de la vérité et de la réconciliation est créée au Pérou, avec pour mission de faire la lumière sur les violences perpétrées pendant ces deux décennies, notamment par le mouvement maoïste du Sentier Lumineux et par les forces de sécurité de l’Etat péruvien. La Commission a pour objectif de mettre en place un processus de réconciliation nationale avec la participation de l’ensemble de la société et de formuler des recommandations à l’Etat péruvien pour que plus jamais une telle situation ne se reproduise.
La commission accomplit un très gros travail d’information et de sensibilisation des populations pour faire connaître son existence et ses objectifs et convaincre les personnes touchées par les violences de s’associer à ce processus en apportant leurs témoignages. Elle organise des auditions publiques donnant la parole aux victimes, dans de nombreuses localités du pays. Parallèlement, elle mène des enquêtes pour identifier les auteurs des exactions, afin d’établir les responsabilités pénales, mettre en œuvre un processus juridique et rétablir la vérité historique.
En 2003, la publication du rapport de la Commission de la vérité et de la réconciliation, est un événement marquant dans la vie du pays. Il ressort de ses travaux que le Sentier lumineux s’est imposé par la terreur mais que les forces de sécurité sont les principales responsables des disparitions forcées dans le pays. Certains affirment que les crimes commis par les militaires étaient lamentables mais nécessaires pour en finir avec le terrorisme, d’autres au contraire affirment que la vérité et la justice sont indispensables pour que le pays se reconstruise durablement dans la paix. « Un peuple qui n’a pas pu se réconcilier avec son passé ne peut en aucun cas bâtir son avenir » nous rappelle la Commission dans son rapport final.
La longue lutte contre l’impunité
Aujourd’hui encore, ce débat n’est pas clos. En 2009, la condamnation pour crime contre l’humanité de l’ex-président A. Fujimori, dans son pays, a été saluée comme une victoire historique par tous ceux qui luttent contre l’impunité .
La création d’un « Musée de la mémoire » suscite un vif débat dans le pays : le rôle positif d’un tel projet est contesté notamment par ceux qui pensent que la ré-ouverture des plaies du passé n’aide pas à la réconciliation nationale.
L’absence de volonté politique pour mettre en œuvre les recommandations de la Commission vérité et réconciliation est manifeste : des affrontements meurtriers ont eu lieu en juin 2009, entre les forces de police et les populations indiennes du nord du Pérou, ces dernières contestant l’exploitation et la privatisation de leurs territoires et de leur ressources naturelles au mépris de leurs droits vitaux.
En septembre 2010, grâce à l’intervention des défenseurs des droits de l’homme, le gouvernement a retiré le décret promulgué quelques jours auparavant, permettant de classer définitivement tous les cas de violations des droits de l’homme commis avant 2003.
La violence, l’impunité et la responsabilité pénale des militaires restent un enjeu politique alors que se préparent des élections générales, présidentielle et législatives en 2011.
© Ritimo, Cdtm Montpellier, octobre 2010
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