Un développement économique inégalitaire
Une croissance génératrice d’inégalités
Après une période de crise et de stagnation économique, qui a entraîné de nombreuses pertes d’emplois et une baisse considérable du pouvoir d’achat, le Mexique voit depuis 2004 une reprise et une stabilisation de son activité économique. En 2004, la croissance du PIB était de 4,44 % (contre 1,3 % en 2003) et les transferts financiers des migrants augmentaient de 24%.
Mais cette croissance ne profite pas à tous et n’a pas été génératrice d’emplois. Le taux de chômage officiel a continué d’augmenter (+ 3,75 %). De plus le PIB par habitant révèle une forte polarisation Nord/Sud : il s’élève à 13 000 dollars dans les états frontaliers du Nord, contre 3 500 dollars dans les états du Sud. Quant à la capitale, Mexico, elle se détache nettement avec un PIB de 22 000 dollars par habitant (elle concentre à elle seule 50% de l’activité économique du pays).
L’ALENA, à qui profite l’ouverture des marchés ?
En 1992, les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ont signé un traité de libre échange, l’ALENA pour faciliter les échanges commerciaux. Depuis son entrée en vigueur en 1994, le Mexique a connu une dynamique économique importante (nette augmentation des exportations mexicaines vers les Etats-Unis). L’ouverture des marchés et des frontières a permis le développement, à la frontière Mexique - Etats-Unis de maquiladoras. Ce sont des usines d’assemblage de produits manufacturés, importés des Etats-Unis puis réexportés.
Cependant cette libéralisation n’a pas été génératrice de suffisamment d’emplois et a renforcé la dépendance du Mexique vis-à-vis des Etats-Unis (environ 87 % des exportations sont à destination de ce pays). De plus les entreprises des Etats-Unis se tournent vers des sous-traitants tels que la Chine qui emploient une main d’œuvre « meilleur marché » (cinq fois moins chère qu’au Mexique), et abandonnent les ateliers mexicains.
Le pouvoir des Etats a également été évincé au profit d’une logique économique et commerciale faisant le jeu des grandes entreprises. On peut regretter que les volets initiaux du traité sur les politiques de soutien au développement économique et la réglementation environnementale aient été mis de côté.
Vers la fin de la sécurité et de la souveraineté alimentaire
Face à l’arrivée massive de produits agricoles américains à très bas prix, une partie du secteur agricole mexicain, fragile et mal protégé (pas ou peu de subventions) n’a pas pu résister. L’écart entre l’agriculture commerciale destinée à l’exportation et l’agriculture traditionnelle de subsistance s’aggrave.
C’est un bouleversement qui a fortement marginalisé une majorité de petits paysans qui pratiquent une agriculture traditionnelle. Il s’agit là d’une crise profonde qui entraîne un exode rural massif. De plus un volet de l’ALENA prévoit pour 2008 une levée totale des barrières douanières sur des produits essentiels pour le Mexique (tels le maïs et les haricots), rendant la situation encore plus préoccupante.
Le coût de la vie est renchéri par la perte du contrôle de l’Etat sur la régulation des prix - au profit de la régulation « naturelle » du marché. Les Mexicains ont ainsi vécu l’augmentation des prix (environ 13%) de produits de première nécessité comme le lait, la tortilla (galette de maïs, équivalent du pain).
Face à cet appauvrissement, les Mexicains et Mexicaines sont de plus en plus nombreux chaque année à tenter leur chance en dehors de leur village. Les petits paysans migrent soit vers les Etats-Unis (migrations souvent temporaires), soit vers la capitale en venant gonfler le secteur informel.
Des chiffres impressionnants caractérisent ces bouleversements de l’économie : Le secteur informel représente par exemple 40% de la population active et l’argent des transferts des émigrés aux Etats-Unis (« migradollars » ou remesas) constitue le deuxième rang des ressources du pays (estimé à 23 milliards de dollars ce qui représente environ 2,5% du PIB mexicain). Sur ce dernier point, le président précédent Vicente Fox (PAN, conservateur), a affiché une volonté politique de négociation avec les Etats-Unis pour entretenir et valoriser ces transferts monétaires.
© Ritimo, Cides, 2007
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