Lula au pouvoir
Originaire d’une famille ouvrière du Nordeste et installé par la suite à Sao Paulo, Lula commence sa carrière de syndicaliste à 21 ans en 1966. Deux ans après le coup d’Etat militaire, les syndicats sont très fortement réprimés par le pouvoir. L’Eglise se joindra bien souvent aux mouvements sociaux et donnera le jour à la théologie de la libération.
En 1979, Lula va participer à la grande grève des “ métallos ” qui secouera la dictature durant 41 jours.
Au début des années 80, Lula créera un nouveau syndicat, la CUT (Centrale Unique des Travailleurs). Plus tard, réclamant la démocratie et des élections libres, il créera le PT (Parti des Travailleurs). En 1989, Lula se présente pour la première fois aux élections présidentielles. Il se distingue des autres hommes politiques par sa grande fidélité partisane et sa réputation d’homme “ proche des réalités ” mais on lui reproche son manque de carrure pour assurer la présidence.
Ses positions radicales sur nombre de sujets sont également mal perçues ainsi que son ambition d’accéder à la présidence alors qu’il n’a aucun diplôme d’études supérieures.
Après trois défaites, Lula comprend qu’il doit changer d’apparence. Il remanie son “ look ” et polisse son discours pour rassurer les classes moyennes. Du coup, il crée le doute sur sa volonté réelle de mettre en oeuvre ses engagements en faveur des classes sociales les plus modestes.
A peine élu, tous les analystes politiques se demandent ouvertement comment Lula va bien pouvoir engager des réformes sociales profondes alors que le pays est surendetté, qu’il s’est aussi engagé à respecter tous les équilibres macro-économiques, qu’il est étroitement surveillé par le FMI et qu’il n’a pas la majorité parlementaire... Malgré toutes ces interrogations, Lula va créer la surprise en donnant un style à sa présidence. La première mesure prise : refuser l’achat, pourtant mûrement préparé par l’ancien gouvernement, d’une flotte d’avions de chasse pour l’armée brésilienne. Lula estime qu’il n’en a pas les moyens. Concernant les marchés publics prévus pour l’entretien des routes, Lula les annule purement et simplement annonçant qu’il s’agit d’un travail d’intérêt général pouvant tout à fait être assuré par l’armée brésilienne. Lula économise ainsi 2 milliards de dollars et cloue, au passage, le bec du FMI et de la Banque Mondiale ne pouvant critiquer une telle mesure dans la droite ligne d’une rigueur budgétaire qu’elles ne cessent de prôner.
Mais l’enthousiasme de la première année va s’émousser. Après deux ans de présidence, le bilan politique de Lula fait débat.
Le plan “ Faim zéro ” destiné à éradiquer la faim dans l’ensemble du pays n’a pas eu les effets escomptés. La question cruciale de la réforme agraire est loin d’être réglée et Lula ne parvient pas à cacher son manque de volontarisme sur les questions environnementales notamment.
Sur le plan international, il montre une réelle volonté de créer un axe latino-américain de gauche capable de faire obstacle au projet états-unien de ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques). Pour cela, il s’emploie à recréer un Mercosur renforcé et multiplie les rencontres bilatérales, notamment avec le Venezuela.
Au-delà de ces rencontres régionales, Lula multiplie aussi les rencontres “ Sud-Sud ”. A la recherche de nouveaux marchés, mais aussi de liens diplomatiques plus étendus, il va se rendre au Moyen-Orient d’où il reviendra avec de nombreux contrats commerciaux conclus en Arabie Saoudite et au Qatar.
Mais cela ne suffit plus à rétablir la confiance entre Lula et le peuple brésilien encore victime de la faim et de la pauvreté. Au sein même de son parti, le PT, il n’est plus aussi soutenu que par le passé.
Tiraillé par des impératifs contradictoires, Lula perd progressivement la confiance des militants du PT et des classes populaires déçues de sa politique sociale trop modérée.
On lui reproche d’avoir “ perdu son âme ” et oublié son passé d’ouvrier de Sao Paulo.
Le plan “ faim zéro ” a contribué à augmenter les minimas sociaux dans certaines zones particulièrement touchées par la pauvreté, mais il n’a pas eu d’incidence sur les causes structurelles de la pauvreté : le chômage.
Face à ce bilan très mitigé, les mouvements sociaux brésiliens continuent de s’organiser et de protester. En premier lieu, celui qui fait sans doute le plus parler de lui, le MST.
© Ritimo, Ciip, 2005
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