Introduction
Sommaire de la page
Un peu d’histoire /
Une grande puissance économique… mais à quel prix ? / Quel développement durable ? / Une vie politique pleine de contradictions /
Une société inégalitaire et métissée
Oui, le Brésil, ce pays/continent 16 fois plus grand que la France, est bien en mouvement. Non seulement parce qu’il a vu fin 2002, et ce pour la première fois de son histoire, l’élection d’un candidat de la gauche brésilienne, dite alternative, Luis Inacio da Silva,dénommé « Lula ». Mais aussi et surtout parce qu’y fleurissent le Mouvement des sans terre, les expériences d’économie solidaire, le mouvement des sans domicile, sans oublier l’expérimentation si exceptionnelle du « Budget participatif » de Porto Alegre. Et ce n’est assurément pas par hasard que cette ville du sud du Brésil a été le siège de trois forums sociaux mondiaux.
Ce dossier accorde certes une place significative à ces mouvements et à ces acteurs sociaux qui attestent de la vitalité et de l’inventivité sociales et solidaires de la société brésilienne. Expériences qui sont autant de matrices d’un nouveau Brésil qui reste à naître. Mais nous n’occultons pas pour autant les problèmes « structurels » auxquels est confronté ce pays : injustice, inégalités criantes, développement souvent anarchique et incontrôlé, exploitation intensive de l’Amazonie, extension foudroyante et inquiétante des surfaces de soja transgénique, absence de réelle protection des Indiens qui ont survécu à tant de massacres, exode rural, villes tentaculaires et violence urbaine... La liste des « dysfonctionnements » est impressionnante. Quand on observe par exemple que 60% des terres cultivées sont aux mains de 3% de gros propriétaires, on a résumé le coeur du problème agraire...
Qu’en est-il de l’espoir formidable, le terme n’est pas trop fort, suscité par l’élection de Lula, il y a maintenant plus de deux ans et demi ? Comment apprécier sa « stratégie » fondée sur l’acceptation des règles imposées par les institutions internationales, sa volonté de rembourser intégralement la dette extérieure brésilienne pourtant écrasante, à l’opposé de l’attitude beaucoup plus intransigeante de Kirchner, l’actuel Président argentin ? Et son acceptation au moins partielle de l’agriculture intensive et transgénique ? Et son programme « Faim zéro », présenté comme réalisé et réussi ? Bilan pour le moins contradictoire et discuté...On est encore bien loin d’un développement solidaire et durable.
Brésil : fabuleuse réserve de richesses naturelles, traversée d’âpres luttes pour leur mise en valeur et leur partage effectif. Puissance mondiale de premier plan à l’industrie souvent performante, mais affligée d’une déchirure sociale omniprésente encore renforcée par son insertion dans l’économie-monde battant pavillon néo-libéral. Terre d’avenir habitée par des hommes et des femmes si chaleureux, si créatifs, qui luttent pour un autre Brésil, plus égalitaire. Les mouvements sociaux, en plein essor, tracent un réel espoir pour le peuple brésilien et l’ensemble des peuples de l’Amérique Latine.... A nous, citoyens du Nord, d’accompagner cette lutte et de nouer, pourquoi pas, des liens de coopération et de solidarité.
Un peu d’histoire
On fait souvent remonter l’histoire du Brésil à 1500, date à laquelle le navigateur Pedro Alvares CABRAL prit pied dans le Nordeste de ce qui s’appellera le Brésil. C’est oublier un peu vite que 5 millions d’Indigènes y vivaient. Indigènes, dénommés plus tard Indiens, qui ont aussi une histoire.
L’histoire du Brésil, c’est aussi celle des Noirs amenés dans des conditions effroyables d’Afrique, notamment pour travailler dans les fazendas du Nordeste où l’on cultivait le café.
Cette histoire ne se réduit pas à l’ « épopée glorieuse » des « Bandeirantes », conquérants qui découvraient et défrichaient ce véritable continent qu’est le Brésil.
L’histoire contemporaine, c’est d’abord celle d’une « dictature des colonels », qui a duré plus de vingt ans (1964-1985). C’est ensuite celle de l’élection historique de Lula comme président du Brésil (entré en exercice le 1er janvier 2003), qui incarnait à ses débuts l’espoir de tout un peuple. Mais l’histoire du Brésil, c’est surtout le réveil d’un peuple qui n’accepte plus la misère, la malnutrition, la privation de terre... Et qui a su créer l’un des mouvements sociaux les plus dynamiques du continent latino-américain, à savoir le mouvement des sans terre.
Une grande puissance économique… mais à quel prix ?
Le Brésil est certes toujours la plus grande puissance économique de l’Amérique du Sud mais cette puissance est fragile et confrontée à de nombreux défis. On pense bien sûr à la dette, d’un montant faramineux de 235 milliards de dollars, que le Président Lula s’est engagé à ne pas contester et à régler « rubis sur ongles », au grand dam d’une partie des membres de son parti. Et le service écrasant de la dette mobilise des fonds très importants, aux dépens des impératifs sanitaires et éducatifs.
Points positifs: l’inflation est à peu près jugulée et le déficit public est comblé. Mais ces indicateurs ne reflètent pas la situation sociale du pays où les inégalités abyssales de revenus persistent.
Les performances de l’économie brésilienne sont impressionnantes, mais outre que leurs retombées profitent bien peu aux plus démunis, elles posent un problème de fond : faut-il s’adapter purement et simplement à la logique libérale du « toujours plus » et du tout exportation, ou poser les jalons d’une économie « alternative » et qualitative, basée sur un respect de l’environnement et des écosystèmes? Le Brésil est à la croisée des chemins, et l’on veut croire qu’il n’est pas trop tard pour que le gouvernement Lula infléchisse sa politique économique en direction d’un développement durable et solidaire.
Quel développement durable ?
Au début de son mandat, en janvier 2003, Lula avait cité comme l’une de ses priorités un « développement durable et maîtrisé ». Le moins qu’on puisse dire est que cet engagement n’a guère été tenu. L’Amazonie continue d’être un vaste champ d’expérimentations le plus souvent destructrices voire mortelles (pour les Indiens). La déforestation est toujours aussi intense, le pillage et le vol des terres est constant, le développement de l’élevage bovin, en vue de l’exportation vers l’Europe et les Etats-Unis, est régulier, les superficies dédiées au soja transgénique s’étendent... Des groupes de paysans, sous l’impulsion du Mouvement des Sans Terre, des ONG essaient de freiner cette folle course en avant et résistent à l’implantation des cultures transgéniques. Le combat pour un développement durable est bien difficile au Brésil, car il se heurte à une logique qui remonte à très loin basée sur l’exploitation et la prédation sans limites des ressources en vue d’une exportation et d’une marchandisation rentables...
Une vie politique pleine de contradictions
Après trois échecs Luiz Inacio “ Lula ” da Silva a été élu Président du Brésil en octobre 2002. Lula incarnait l’espoir de millions de Brésiliens... Deux ans et demi après sa prise de fonction, faut-il déjà parler de “ rendez-vous manqué ” avec le peuple brésilien et l’Histoire ? Ce qui est certain, c’est que la politique monétariste de Lula, son obéissance scrupuleuse aux règles du marché, son engagement de régler la dette (235 millions de dollars !), son acceptation des cultures transgéniques, son laxisme apparent face au saccage de l’Amazonie ont engendré déceptions et frustrations.
Quant aux mouvements sociaux, comme le mouvement des sans terre, ils ont recommencé les mobilisations : occupations de terres, initiatives et manifestation des sans domicile, dénonciations du nouveau droit du travail, opposition des étudiants et des professeurs à la réforme universitaire... Les habitants de Porto Alegre demandent la reconduction de l’expérience si exceptionnelle du Budget participatif, malgré un changement de majorité municipale. Paradoxes de la vie politique et sociale du Brésil : Lula est encore relativement populaire, et en même temps la société civile prend ses distances et ne renonce nullement à ses revendications et à ses aspirations...
Une société inégalitaire et métissée
Le Brésil doit faire face à une multitude de défis sociaux. Si la politique sociale est en progrès et certains indicateurs tels les taux de scolarisation ou de mortalité infantile témoignent d’une amélioration, le pays compte encore 53 millions de pauvres, dont 22 millions de totalement exclus et la société reste profondément inégalitaire : le dixième le plus riche représente près de la moitié du revenu national, alors que le dixième le plus pauvre en détient moins de 1 % (OCDE 2001)
C’est dans les grandes villes que les inégalités sont les plus flagrantes, conséquence d’une urbanisation trop rapide et anarchique, d’où la désagrégation familiale et la violence. Mais de façon plus générale, les victimes de ces inégalités sont surtout les ruraux, les femmes et les noirs.
Inégalité sociale donc mais aussi inégalité raciale : le concept de métissage célébré dans le discours officiel ne doit pas occulter les manifestations de racisme et de discrimination dans la société.
Au foisonnement des mouvements sociaux correspond également un foisonnement sur le plan religieux : églises évangéliques, sectes et cultes afro-brésiliens progressent au détriment de la religion catholique jusque là largement dominante.
© Ritimo, Ciip, 2005
Ce travail a été réalisé par le CIIP à partir d'un dossier de synthèse que vous pouvez acquérir (télécharger le bon de commande).
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