Evolution politique
Un totalitarisme tropical
Installée en 1967, la dictature de simplement autoritaire devient à partir de 1969, et surtout de 1974, authentiquement totalitaire. C'est la variante fasciste: un discours révolutionnaire couvrant le plus grand conservatisme social. On ne demande plus au peuple une obéissance fondée sur la peur : il faut désormais l'enthousiasme obligatoire de tous, entraîné par une propagande délirante
Très vite, le système, où ne fonctionne plus aucun contrepoids, se met à multiplier les absurdités économiques. Toute remarque avertissant d'une erreur possible est stigmatisée comme opposition au Guide Bien Aimé de la Nation, ce qui est fort dangereux.
Militarisation et ethnicisation
Eyadema, fasciné par le modèle Mobutu, président du Zaïre, engage une politique militaire invraisemblable, pour un si petit pays dans une époque sans turbulence. Il lance aussi une campagne "d’authenticité culturelle", sur fond de discours anticolonialiste.
Commence le temps où les Kabyé, le groupe ethnique dont est issu le Président, occupent une place de plus en plus importante aux postes-clé de la vie politique et économique, particulièrement dans l’armée. L’opposition est vite en situation difficile, aux prises aux tracasseries et à la brutalité ; d’ailleurs elle n’attire pas les masses tant qu’une certaine modernisation se poursuit et que la propagande n’est pas oppressante.
L'opposition relève la tête
Les choses semblent changer vers le milieu des années 80 quand la croissance chute : il y a une tentative de coup d’Etat en 1986 ; mais la vague de démocratisation des années 90 fait long feu au Togo.
En mars 1991, sous la pression de la rue (grèves dures et mouvements de contestation) Eyadema doit accorder une amnistie, puis le multipartisme. Une Conférence nationale est convoquée en juillet, mais l’armée entre en scène et assaille le palais du gouvernement. Le Haut Conseil de la République, organe législatif dominé par les "forces du changement", entre en opposition, à la fois contre le Président et le Premier ministre.
La communauté internationale s'émeut
En octobre 1992 la situation s’aggrave : des militaires prennent en otage de hauts responsables politiques, dans un contexte de grèves qui paralysent le pays. En janvier 1993, l’armée tire sur la foule et provoque un exode massif vers le Ghana surtout, si proche de Lomé. La communauté internationale intervient enfin en retirant toute aide au gouvernement togolais.
Ensuite, les élections de 1993, 1998, 2003 se déroulent dans une fraude manifeste et dans le désintérêt grandissant des électeurs. Parfois c’est l’émeute. En 2003, les opposants non-résidents (c’est-à-dire réfugiés à l’étranger) ne peuvent se présenter à la présidentielle. Le Togo disparaît de la chronique … jusqu’à ce 5 février 2005 où l’on apprend le décès du dictateur.
Une dictature héréditaire
La disparition du chef de l'Etat donne lieu à un coup de force des militaires qui intronisent son fils, Faure Gnassingbé. Les pressions internationales et la médiation de la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) amènent un recul du régime qui consent à organiser en avril des élections présidentielles remportées par Faure Gnassingbé, avec plus de 60% des voix. Des manifestations de protestation de l'opposition sont violemment réprimées : 400 à 500 personnes auraient trouvé la mort et plusieurs dizaines de milliers d'autres ont pris le chemin de l'exil. Le nombre et la vitalité des sites web montrent que l'opposition, en exil, est active, mais divisée.
© Ritimo, Cdtm Montpellier, 2007
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