Introduction
L’Etat angolais, dirigé depuis plus de trente ans par le MPLA (Agostinho Neto et depuis 1979 José Eduardo Dos Santos), s’est construit à travers les conflits armés. L’indépendance du pays a été acquise au terme d’une guerre de quatorze ans (1961-1974) avec le Portugal. S’en est suivi un conflit civil jusqu’en 2002 entre les deux principaux mouvements politico-militaires issus de la décolonisation (le troisième, le FNLA (Front de Libération National de l’Angola) se rallie à l’Unita en 1975) et alimenté par le contexte de guerre froide : d’un côté le MPLA parti autoritaire et hypercentralisé d’inspiration marxiste-léniniste appuyé par le bloc de l’Est et Cuba, de l’autre l’Unita (Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola) « mouvement rebelle entièrement tourné vers la conquête du pouvoir pour lui-même et pour son « peuple » et qui à la faveur de la guerre ethnicise son discours et sa base tout en glissant vers une gestion totalitaire » (PECLARD Didier, « Les chemins de la « reconversion autoritaire » en Angola » in Politique Africaine, n°110, juin 2008 ; p. 6) soutenue par l’Afrique du Sud puis les Etats-Unis. La lutte armée prit fin à la mort de son chef Jonas Savimbi tué en février 2002 par les FAA (Forces Armées Angolaises).
Aujourd’hui, l’Angola donne l’image d’un pays pacifié, stabilisé économiquement et ouvert au multipartisme. En effet, la reconstruction a été financée en partie par l’exploitation du pétrole dont la production a atteint plus d’un million de barils par jour en 2004 et 2005 complétée par la forte croissance des revenus du diamant (jusqu’à début 2009), l’augmentation des investissements étrangers dans la télécommunication, la banque, l’immobilier et le secteur foncier. La part du budget consacrée au secteur social n’a cessé d’augmenter depuis la fin de la guerre atteignant 31 % du budget total en 2008.
Néanmoins les besoins restent énormes et l’entourage de Dos Santos s’arroge la plupart des profits de tous ces secteurs économiques névralgiques, de plus la gestion des revenus pétroliers reste très opaque. Le nouveau paysage futuriste de la capitale Luanda ne doit pas faire oublier que 68.2 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour. L’état sanitaire fragile provoque régulièrement des épidémies de choléra (dont la plus virulente eut lieu en 2006), enfin l’Angola dispose d’un indice de développement encore faible (0.446) le classant au 162ème rang sur 177 (PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008 la lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé, Paris : La Découverte, 2008).
Ces inégalités entraînent le développement de mouvements sociaux (2004-2005) dénonçant les atteintes aux droits des citoyens et la corruption au sommet de l’Etat. Dans ce face à face, le régime choisit une voie dure et piétine les droits humains : contrôle de la justice, verrouillage du champ politique et renforcement du MPLA comme parti-Etat, contrôle du calendrier et du processus électoral, campagne d’exaltation du patriotisme, arrestations et détentions arbitraires, usage de la torture et des mauvais traitements.
Longtemps reportées, des élections législatives multipartites ont eu lieu en septembre 2008 : les résultats sans surprise ont consacré une large victoire au MPLA (plus de 80% des voix) face au principal parti d’opposition l’UNITA qui n’a recueilli que 10.6 % des voix. De nombreuses irrégularités ont été constatées : absence de listes d’émargement, manque de bulletins de vote et délais de dépouillement trop longs.
De part son contexte historique et politique particulier, la province de Cabinda montre les limites du régime à une ouverture démocratique avec la persistance d’un climat de conflit contre toute forme d’opposition au régime à laquelle s’ajoutent les intérêts pétroliers.

© Ritimo, Cosi Lyon, septembre 2009
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