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L’enjeu alimentaire

1er avril 2010

L’agriculture pourrait nourrir la population mondiale. Pourtant, en 2009, dans le monde, 1 milliard 20 millions d’hommes et de femmes ne mangent pas à leur faim. Ce chiffre n’a jamais été aussi important depuis 1970.

Cette situation est plus visible aux yeux du grand public depuis les émeutes de la faim, en 2008 ; ces manifestations ont éclaté dans les villes.

Dans les campagnes, une population silencieuse souffre de la faim depuis des décennies. Les ¾ sont des paysans et leur famille. Le continent le plus touché par la faim est l’Asie, où vivent 63 % des personnes sous-alimentées du monde. Dans les pays du Nord aussi des millions de personnes n’ont pas accès à une alimentation suffisante. En France, plus de 2, 5 millions de personnes ont recours chaque année à l’aide alimentaire.

Pourquoi cette situation ? Quelles sont les causes de ces inégalités ? Pourquoi les paysans, qui sont censés nourrir la planète, ne parviennent-ils pas à se nourrir eux-mêmes ?

Le droit à l’alimentation

La reconnaissance du droit à l’alimentation a une histoire. Il est reconnu dans plusieurs textes juridiques internationaux, dont l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948 qui stipule que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation… ».

L’apparition de la notion de "sécurité alimentaire", dans les années 70, correspond à une avancée dans la prise de conscience de la communauté internationale de la nécessité d’identifier les causes du problème de la faim et de définir des stratégies pour lutter contre elle. Pour préserver la sécurité alimentaire, chaque pays devrait avoir la liberté d’exercer sa propre souveraineté alimentaire, c’est à dire de définir ses politiques agricoles et d’assurer l’autosuffisance alimentaire pour les principales productions agricoles de base (riz, blé…).

La faim, c’est quoi ?

Lorsque nous entendons le mot « faim » nous avons en tête les images choc diffusées sur nos écrans de télévision, de personnes décharnées, d’enfants au ventre gonflé qui souffrent des conséquences de famines au Soudan ou au Libéria. Ce sont des situations extrêmes.

Il convient de préciser les termes que l’on utilise et de bien faire la différence entre sous-alimentation, malnutrition, disette [1] ou famine.
Chacune de ces situations a des conséquences dommageables, souvent très graves ; leurs causes et les moyens pour y remédier ne sont pas les mêmes.

La faim pourquoi ?

Trop de monde sur la planète ?
L’idée que l’augmentation de la population met en danger la subsistance du monde naît à la fin du XVIIIe siècle avec les travaux de Malthus. Elle a donné naissance à diverses théories et débats. L’expansion démographique ne se poursuit pas de la même façon dans tous les pays du monde. Dans certaines régions, la croissance exponentielle de la population est à l’origine de la surexploitation des terres et de la dégradation de l’environnement, créant une situation catastrophique.

- Catastrophes naturelles, guerres…
Les événements climatiques exceptionnels (cyclones, sécheresses…), les catastrophes biologiques (invasion d’insectes ravageurs…), les conflits et les guerres peuvent expliquer des situations de sous-alimentation mais n’aboutissent à la famine que dans les régions du monde où de larges couches de la population souffrent déjà d’une pauvreté si grande qu’elles ne disposent pas de moyens pour lutter efficacement contre ces fléaux et dont le gouvernement n’est pas en mesure, de remédier à ces désastres.

- La pauvreté est la première cause de la faim
La raison majeure des situations de sous nutrition, de disette ou de famine est l’impossibilité d’accéder à une nourriture suffisante. Elle concerne les populations pauvres qui ont de sérieuses difficultés d’approvisionnement que ce soit à cause de leurs faibles capacités productives ou de leur absence de revenus suffisant pour acheter de quoi manger à leur faim. Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, affirme que le problème est avant tout dans la répartition des ressources sur la planète, dans les inégalités et la misère.

- L’inégal accès aux moyens de production
Parmi les populations pauvres, les principales victimes de la malnutrition, sont les petits paysans des pays du Sud et leurs familles. Ces petits paysans ne disposent, bien souvent, que d’une petite parcelle de terre ou parfois même n’ont aucun accès à la terre. Ils n’ont pas accès à l’eau pour irriguer leur culture, ni au crédit pour s’équiper. Ils n’arrivent pas à produire assez pour se nourrir et nourrir leur famille. Les brevets sur le vivant constituent également une menace pour ces paysans. En effet, des multinationales revendiquent des droits de propriété intellectuelle sur des plantes cultivées depuis des siècles par des paysans, notamment en interdisant le droit de ressemer le grain récolté.

- La libéralisation des échanges affaiblit les plus pauvres
La libéralisation des échanges est une des causes majeures de la faim dans le monde : les petits paysans qui n’ont que des outils manuels, ne peuvent résister à la concurrence de ceux qui ont des tracteurs et moissonneuses batteuses.
Le prix des matières premières est fixé en fonction du coût le plus bas des cours mondiaux. Ce prix se base sur les prix imposés sur le marché mondial par les exploitations les plus compétitives du monde, 20 000 fois plus productives que les exploitations les plus petites.
Cette situation est responsable d’une baisse des prix agricoles réels. Ainsi les paysans du Sud ont, en 2010, un pouvoir d’achat moins élevé qu’en 1950.
Dans un même temps, la politique des institutions financières internationales accentue cette concurrence en encourageant une spécialisation des pays par secteur (ex. le soja en Argentine).

Quelles solutions ?

- L’aide alimentaire, ses limites
La distribution de denrées alimentaires aux populations pour assurer leur survie en cas de famine, répond à une nécessité d’urgence mais elle peut avoir des effets secondaires néfastes et n’est pas une solution à long terme.

- Les OGM en question
Depuis une vingtaine d’années se pose la question de l’utilisation de variétés nouvelles de plantes performantes obtenues grâce à des modifications du gène de la plante, les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), supposés apporter une solution au problème de la faim dans le monde. Cette affirmation n’est pas démontrée et le développement de ces biotechnologies doit faire l’objet d’une totale transparence et du principe de précaution,

- La « Révolution verte », lancée dans les années soixante, qui avait pour objectif d’apporter une solution au problème de la faim, a amélioré la productivité de cultures vivrières importantes (riz, maïs, manioc…) et la sécurité alimentaire d’un pays comme l’Inde, mais elle est loin d’avoir bénéficié à la majorité des paysans du monde.

- La promotion de l’agriculture durable est une dynamique qui respecte les milieux naturels (eau, sol végétation…) et les sociétés qui y vivent et qui permet aux petits agriculteurs de se développer sans détruire leur milieu naturel. Elle vise à atteindre un prix juste qui permette aux petits paysans et à leurs familles de se nourrir correctement, de vivre décemment, et d’investir dans leurs productions. En cela, elle rejoint le commerce équitable.

Pour faire reculer la faim

La réduction de la malnutrition et de la faim dans le monde passe par un ensemble de mesures visant à :
- Permettre aux petits paysans d’avoir accès à la terre et à l’eau.
- Favoriser le renforcement des organisations paysannes.
- Consolider les services aux petits producteurs (accès aux semences, aux engrais, aux crédits, à l’information…)
- Protéger les producteurs du Sud afin qu’ils puissent vendre leurs produits à un prix rémunérateur..
- Réguler le commerce international pour que soit respecté le droit des peuples et des nations à la sécurité et à la souveraineté alimentaires.
« Il ne suffit pas de produire des aliments. Il faut encore qu’ils puissent être achetés et consommés par les groupes humains qui en ont besoin. » disait, il y a cinquante ans déjà, le Brésilien Josué de Castro.

Notes

[1Diminution occasionnelle et passagère de la ration alimentaire. Les femmes enceintes et les enfants en sont les premières victimes.

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